No direction home

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18 h 05, dimanche 27 octobre, quelque part au-dessus de la côte est des États-Unis, à bord du vol Iberia IB6274, Airbus A340 à destination de Madrid.

Après le petit déjeuner et le check out, nous laissons nos bagages en consigne à l’hôtel, et sortons faire un dernier tour dans la ville, dépensant les derniers dollars que nous avons encore en poche. De retour, en tout début d’après-midi, nous faisons une petite halte dans les salons qui jouxtent le lobby, le temps de jeter un œil à nos mails, puis c’est l’heure de partir, 10 minutes à pieds jusqu’au métro Clarke/Lake, puis 40 minutes jusqu’à l’aéroport. Le voyage, l’enregistrement, les douanes et les couloirs interminables nous conduisent jusqu’à l’heure du départ.

Par le hublot, je vois l’Amérique s’éloigner, qui n’est déjà plus qu’une bande de terre mangée par la mer, et je laisse derrière moi le soleil de Californie, les premiers jours chez P. à San José, je laisse la route et les motels, le désert aride du Nevada, l’Arizona, la chaleur du Nouveau-Mexique et le vent froid dans les rues de Chicago. Je laisse Bob et Angelina, Angela et Byron, je laisse Randy, je laisse John et je laisse tous ceux qui remontent du passé, je laisse New York et je laisse Phoenix, Los Angeles, Barstow et Topeka, je laisse Jason, je laisse Laurell, je laisse Shawn, Melody et Laura, le Grand Canyon et Acoma. J’écris avec ma plume trempée dans le sang de mes veines. Mon âme est balayée par des vents contraires. Je trace un sillon profond dans les terres, je suis de ce pays et je ne suis pas d’ici, je suis le vagabond, l’étranger, le juif errant. Je suis le maudit à genoux sous les portes d’Eden. Je suis un souvenir, un bus traversant les plaines du Kansas, un taxi à New York, un paysage qui s’estompe, un rêve qui passe par Duluth et Hibbing, qui va jusqu’à Pasadena, je suis un rocher à Big Sur, une ferme isolée en Californie, un oiseau au-dessus du Rio Grande. On m’a jeté un sort, je porte en moi une mojo hand, une prière dans un sac, une amulette fixée sur mon cœur qui me retient prisonnier du rêve qui m’a fait grandir. Je ne sais plus d’où je suis. Je rentre chez moi sans plus savoir où je vais. Je regarde derrière, et il n’y a plus rien. No direction home.

Une photo par jour : 217 — La côte Est depuis mon hublot
Fragments d’un voyage : USA, octobre 2013

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2 réflexions sur “No direction home

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