Martín Mucha — Tes yeux dans une ville grise (Éd. Asphalte)

Oubliez l’image de cartes postales que vous pourriez avoir du Pérou. Les costumes traditionnels, les bonnets péruviens et les joueurs de flute de pan.
Martín Mucha vous embarque à bord de vieux bus déglingués ou de combi à bout de souffle recyclés en transports publics, à la suite de Jeremías, un étudiant qui traverse chaque jour Lima pour se rendre à ses cours.
Désabusé, lucide, il raconte les lâchetés, les violences, l’absence de révolte, aussi, face aux injustices toujours plus grandes. Il dit la corruption, qu’ici on accepte comme une fatalité, l’innocence qui lorsqu’elle se manifeste est aussitôt salie, bafouée. En chemin, il se souvient de son enfance, il évoque ses amis, les filles, qu’il voudrait, mais n’arrive pas à aimer, la ville — la ville surtout : Lima, personnage à part entière, figure schizophrène coupée en deux par un mur que personne ne semble voir, qui pourtant sépare la misère la plus grande de quartiers insolemment riches, où une élite vit dans l’opulence la plus crasse.

Des chapitres courts, durs, un style affuté et fragmentaire, « tes yeux dans une ville grise » est un livre que vous ne lâcherez pas, une lecture dont vous ne sortirez pas indemne.


Martín Mucha — Tes yeux dans une ville grise (Éd. Asphalte) — 18€

Michael Christie — lorsque le dernier arbre (Albin Michel)

On connaissait Michael Christie pour ses nouvelles. Avec « Lorsque le dernier arbre », il se révèle un formidable conteur, à travers un récit de plus de 600 pages, qui nous entraine à rebours, depuis un futur proche ravagé par le réchauffement climatique, jusqu’aux années 1930 de la grande dépression. Roman choral aux personnages forts, parfois extrêmes — des femmes et des hommes malmenés par la vie et qui s’accrochent tant bien que mal à ce qui leur est donné pour trouver un sens à leurs existences dans ce monde déraisonnable — ; fresque familiale, récit d’anticipation, roman historique tout à la fois, ce livre est aussi un magnifique plaidoyer pour la préservation de nos forêts.


Michael Christie — Lorsque le dernier arbre (Albin Michel) — 22,90€

Villa Wexler – Jean-François Dupont (Éditions Asphalte)

Années 90. Les Wexler s’installent dans une belle villa nichée à flanc de montagne, à l’orée d’une forêt. Les enfants fascinent ceux qui les côtoient ; le père, professeur de français au lycée, envoûte ses élèves — trouble les jeunes filles. Il propose à sa classe de tourner un film en forêt, près de la maison. Et tout bascule…
Vingt ans plus tard, Mathias revient sur les lieux de son adolescence. Il cherche à percer le mystère qui continue d’entourer la villa et ses anciens locataires, découvrir ce qu’il est advenu de Charlotte, la fille ainée dont il était tombé amoureux fou. Et comprendre pourquoi son amie d’enfance, Aurore, si lumineuse autrefois, est aujourd’hui internée.
Un roman noir et moite, façon Twin Peaks, tout en délicatesse, porté par une belle écriture.


Villa Wexler – Jean-François Dupont (Éditions Asphalte) — 208 pages / 18€

Cet article a paru dans le Midi Libre daté du 29 septembre 2021.

Antoine Volodine — Les filles de Monroe (Seuil)

Un futur indéterminé, une ambiance post-apocalyptique (ou post-exotique, pour reprendre le néologisme forgé par Volodine), quelque part entre les écrits de Philip K. Dick et le cinéma de Tarkowski. Un récit tout à la fois drôle, hypnotique, angoissant et paranoïaque, où des morts-vivants et des policiers schizophrènes affrontent des guerrières surentrainées venues d’un monde parallèle, envoyées ici par un certain Monroe pour rétablir l’ordre au sein du Parti.On rit beaucoup ici avec Volodine, jusqu’à se rendre compte que c’est de nous-mêmes que l’on rit, tant ce monde triste et gris qui nous est décrit n’est peut-être que le reflet déformé du nôtre, une réalité en passe d’advenir que nous feignons de ne pas voir.


Antoine Volodine — Les filles de Monroe (éditions du Seuil) — 19,50€

Night life

Le Mas Blanc

Patios

L’incongru se cache parfois à deux pas de chez soi. Le quotidien le plus banal recèle toujours une petite touche de magie. Il suffit d’être attentif aux détails. Ne pas hésiter à faire un pas de côté, photographier à l’instinct.

Palissade

Hors du temps

Un dimanche après-midi