Catégorie : notes d’atelier

  • Notes d’atelier #12

    7 janvier 2026 :

    Le commencement de la semaine a été mauvais, mais maintenant ça reva, pour retomber bientôt sans doute. J’ai toujours ainsi des hauts et des bas. La fétidité du fond, jointe aux difficultés de la forme, m’accable parfois. Mais ce livre, quelque mauvais qu’il puisse être, sera toujours une œuvre d’une rude volonté et, une fois fini, corrigé, achevé d’un bout à l’autre, je crois qu’il aura une mine hautaine et classique (…) À défaut d’autre mérite, c’en est un que la patience. Le mot de Buffon est impie ; mais quand le génie manque, la volonté, dans une certaine limite, le remplace. — Gustave Flaubert, à Louise Colet, le 22 avril 1853

    Après 20 min de méditation en début d’après-midi, suivi d’une sieste d’une heure, j’ai finalement repris le manuscrit de Babylone dévastée, et retravaillé la première moitié de la toute fin du livre.

    Je désespérais d’y arriver ce matin. Du repos, et un peu de volonté sont venus à bout de mes atermoiements !

    8 janvier 2026 :

    J’ai travaillé aujourd’hui au plan d’une nouvelle de SF. J’avance à petits pas. J’ai mon idée, et comme souvent, le début et la fin. Comment on va de l’un à l’autre, c’est autre chose.

    J’étais impatient de m’y mettre quand j’ai eu l’idée générale, mais maintenant qu’il me faudrait écrire, je trouve tout poussif. Mais je vais le faire. À force de creuser le scénario, des éléments se mettent en place, de nouvelles idées surgissent qui rendront peut-être l’histoire intéressante.

    C’est paradoxal : c’est vraiment le genre d’histoire que j’écrivais autrefois, et au fond de moi, une petite flamme brûle toujours pour ce genre de récit, mais aujourd’hui, ce n’est plus vraiment moi, et je peine à m’y remettre. Et pourtant, mon Babylone dévastée n’est pas si éloigné de ça…

    12 janvier 2026 :

    Il me faut, pour écrire, l’impossibilité (même quand je le voudrais) d’être dérangé. (Flaubert, à Louise Colet, le 6 juin 1853)

    Réflexion oh ! Combien moderne, en ces temps de notifications et d’alertes permanentes sur nos smartphones, d’informations en continu sur nos téléviseurs, qui, pour finir, ont conduit le monde d’aujourd’hui à un état d’angoisse et d’insatisfaction permanent.

    Je m’astreins chaque matin à lire quelques pages de la correspondance de Flaubert, et, chaque soir, je m’endors en lisant Proust.

    Le reste du temps, je dors et je rêve ; j’écris jusqu’à deux ou trois heures dans les bons jours (qui sont encore trop rares), j’écoute mes disques, je procrastine, et trop souvent, oubliant mes bonnes résolutions, je me laisse rattraper par le bruit du monde. Il faut être un moine, j’imagine, ou un ermite, pour réussir à s’abstraire des autres humains.


    Ah ! Flaubert encore, même lettre adressée à Louise Colet :

    Voilà (…) le conte égyptien qui me trotte dans la tête. J’ai peur seulement qu’une fois dans les notes, je ne m’arrête plus et que la chose ne s’enfle. J’en aurais encore pour des années ! Eh bien, après, qu’est-ce que ça fait, si ça m’amuse et que ce soit bon plus tard ? Au fond, c’est fort bête de publier.

    Propos qui me console un peu de la masse accumulée de notes pour mes deux prochains projets.

    13 janvier 2026 :

    Terminé hier en fin de journée la réécriture de la dernière partie de Babylone dévastée, et la mise au propre des modifications.

    J’ai écrit ensuite une lettre d’accompagnement, évitant soigneusement les mots qui fâchent (roman postapocalyptique ! zombies !), et j’ai envoyé l’ensemble à trois éditeurs.

    Je suis à la fois satisfait de mon texte, et inquiet de la manière dont il sera finalement perçu.

    Une dystopie, vraiment ? Des zombies ?!

    Mais enfin, le livre est maintenant achevé, et je peux passer à autre chose.

  • Notes d’atelier #11

    1er janvier 2026 :

    « Qu’est-ce qu’un livre achevé sinon la fin d’un feu qui brûle en soi lentement et nous porte d’une semaine à l’autre, d’un mois à l’autre, à explorer ce germe qui s’est manifesté au commencement sans qu’on sache pourquoi », écrit Françoise Renaud dans son journal de décembre.

    « Parfois une image d’hommes marchant dans une forêt, un animal s’abreuvant dans une fondrière, un rocher offert au soleil, des choses simples qui frappent soudain l’esprit et prennent possession du plus profond de soi.
    Avoir des manuscrits en attente serait une garantie que le feu dure en dedans… et la vie avec lui », écrit-elle encore.

    Voilà : mes projets plus ou moins avancés sont le petit bois que je jette dans les flammes du feu qui me maintient en vie !

    2 janvier 2026 :

    Flaubert, à Louise Colet, dans la nuit de dimanche, 1 h 30, 27-28 février 1853 :

    Tout cède et tout pète à la fin, devant les obstinations suivies.

    Françoise et moi entamons ce mois-ci une correspondance d’auteur à auteur. Je lui écrivais hier que j’avais mes trois projets que je voulais mener de front cette année. Il y a aussi cette nouvelle que je veux écrire en janvier, et peut-être envisager un recueil de mes haïkus. Si je m’astreins à une certaine discipline, au moins deux heures de sport chaque semaine, sept heures de sommeil chaque nuit, une heure de lecture et vingt minutes de méditation chaque jour et, levé tôt chaque matin, écrire au moins deux heures, j’y arriverai peut-être !

    Du travail, et de la méthode. Toujours Flaubert :

    Méfions-nous de cette espèce d’échauffement, qu’on appelle l’inspiration, et où il entre souvent plus d’émotion nerveuse que de force musculaire (…) Tout doit se faire à froid, posément.

    4 janvier 2026 :

    Toujours ce sentiment de ne pas être à ma place. J’écris, mais trop peu à mon goût. Je m’astreins à me lever tôt pour écrire. L’écriture n’est jamais — ou trop peu souvent — un plaisir. C’est un besoin, mais c’est toujours difficile. Je trime et je sue. Parfois, je trouve le mot juste, la phrase qui emporte tout et me conforte dans le choix que j’ai fait d’assumer écrire.

    Des jours comme aujourd’hui, c’est le syndrome de l’imposteur qui l’emporte. Je me force tout de même. Ce soir, j’ai écrit un court texte à partir d’une de mes photos, que j’ai publiés sur mon site.

    Chaque jour, écrire. Bon an mal an, s’y tenir. La méditation m’aide à accepter que certains jours soient plus durs que d’autres. C’est normal d’éprouver des difficultés. C’est normal de batailler.

    5 janvier 2026 :

    Flaubert ! Encore Flaubert !, qui écrit le 10 avril 1853 :

    Dieu ! que ma Bovary m’embête ! J’en arrive à la conviction quelquefois qu’il est impossible d’écrire.

    En regard de ce que j’ai écrit ici hier, voilà qui devrait me rassurer, m’encourager !

    Dans cette même lettre, adressée à Louise Colet, il écrit :

    J’ai à faire un dialogue de ma petite femme avec un curé, dialogue canaille et épais, et parce que le fond est commun, il faut que le langage soit d’autant plus propre. L’idée et les mots me manquent. Je n’ai que le sentiment.

    Combien de fois me suis-je retrouvé privé d’inspiration, incapable d’arriver à formuler clairement un passage que je savais essentiel, pour n’en avoir que le sentiment, sans jamais réussir à trouver les mots justes, la disposition qui rendrait la scène mémorable ?

    En y revenant plus tard, cependant, il arrive que tout se mette enfin en place. Écrire un livre demande de la patience, un temps long que la vie extérieure n’est pas toujours décidée à nous donner.

    Que dit-il ensuite, justement, Flaubert (la nuit du 13 au 14 avril) :

    … lorsqu’on travaille dans nos idées, dans les miennes du moins, on n’a pour se soutenir rien, oui, rien, c’est-à-dire aucun espoir d’argent, aucun espoir de célébrité, ni même d’immortalité (quoi qu’il faille y croire pour y atteindre, je le sais). Mais ces lueurs-là vous rendent trop sombre ensuite, et je m’en abstiens. Non, ce qui me soutient, c’est la conviction que je suis dans le vrai, et si je suis dans le vrai, je suis dans le bien, j’accomplis un devoir, j’exécute la justice. Est-ce que j’ai choisi ? Est-ce que c’est ma faute ? Qui me pousse ? Est-ce que je n’ai pas été puni cruellement d’avoir lutté contre cet entraînement ? Il faut donc écrire comme on sent, et se foutre de tout le reste sur la terre.

    Ainsi soit-il !

    6 janvier 2026 :

    J’étais plein d’énergie hier, je me sens vidé aujourd’hui. Pire ! J’avais un plan précis de là où je voulais aller : finir Babylone dévastée tout début janvier, écrire ma nouvelle de SF et l’envoyer avant la fin du mois, poser le premier jet d’un nouveau roman en février, et celui de mon récit de non-fiction en mars.

    Le mois vient à peine de commencer (l’année vient à peine de commencer !) et je me décourage déjà ! Pourtant, j’ai bien avancé ces derniers jours sur Babylone dévastée. Mais qui voudra de ce livre ?

    « Que c’est bête de se donner tout ce mal-là et que personne n’appréciera jamais », écrit Flaubert à propos de Madame Bovary.

    Ça devrait me rassurer, ça m’assomme. Misère.


  • Notes d’atelier #10

    14 décembre 2025 :

    J’ai des idées de théâtre, depuis quelque temps et l’esquisse incertaine d’un grand roman métaphysique fantastique et gueulard, qui m’est tombé dans la tête il y a une quinzaine de jours. Si je m’y mets dans cinq ou six ans, que se passera-t-il depuis cette minute où je t’écris jusqu’à celle où l’encre se séchera sur la dernière rature ? Du train dont je vais, je n’aurai fini la Bovary que dans un an. Peu m’importe six mois de plus ou de moins ! Mais la vie est courte. Ce qui m’écrase parfois, c’est quand je pense à tout ce que je voudrais faire avant de crever, qu’il y a déjà quinze ans que je travaille sans relâche d’une façon âpre et continue, et que je n’aurai jamais le temps de me donner à moi-même l’idée de ce que je voulais faire. (Gustave Flaubert, lettre à Louise Colet, nuit du 8 au 9 mai 1852)

    Flaubert encore ! Il y a plus de Flaubert que de moi dans mon journal d’atelier ! Je ne lui arrive pas à la cheville, et d’ailleurs, il est mort à 58 ans, laissant une œuvre colossale derrière lui, et moi, au même âge, j’ai quoi ? Un récit, un roman et une poignée de nouvelles.

    Parti comme je l’étais il y a un an, je pourrai tout aussi bien être mort aujourd’hui. J’ai gagné une victoire peut-être décisive sur la maladie. Je ne sais pas combien de temps il me reste, mais je sais que ce temps est précieux. Et si écrire est ce qui me donne le goût de vivre, je dois m’y consacrer, sinon à temps plein (oh ! Contingences matérielles !), du moins je dois lui accorder tout le temps que je peux.

    Les trois principaux livres qui m’occupent en ce moment, je dois les mener de front si je veux rapidement des résultats. Simplement, je dois m’habituer à changer de focus, pour pouvoir, le temps d’une séance d’écriture, ou même plusieurs jours, me consacrer prioritairement à l’un plus qu’aux autres. Les trois sont suffisamment différents pour qu’aucun ne contamine les autres, ne leur nuise ou ne les cannibalise !

    16 décembre 2025 :

    Déjà cent pages de Babylone dévastée 1relues et corrigées. Quelques améliorations notables apportées ici et là, mais l’ensemble se tient toujours très bien. Je comprends le refus de la maison d’édition à qui je le destinais, mais je m’en désole. Quelqu’un voudra-t-il de ce texte ?

    Je me décourage inutilement. Je verrai bien, quand j’enverrai le manuscrit, qui me répond.

    18 décembre 2025 :

    J’ai toujours vu le but se reculer devant moi, d’années en années, de progrès en progrès. Que de fois je suis tombé à plat ventre au moment où il me semblait le toucher. Je sens pourtant que je ne dois pas mourir sans avoir fait surgir quelque part un style comme je l’entends dans ma tête et qui pourra bien dominer la voix des perroquets et des cigales.(Gustave Flaubert, lettre à Louise Colet, 12 juin 1852)

    29 décembre 2025 :

    Ne te laisse pas tant aller à ton lyrisme. Serre, serre, que chaque mot porte.(Gustave Flaubert, lettre à Louise Colet, 1er septembre 1852)

    J’ai presque terminé la relecture du manuscrit de Babylone dévastée. Du lyrisme, il y en avait parfois, que je me suis attaché à gommer.

    Il me reste à écrire quelques paragraphes à la toute fin du livre pour expliciter un peu mieux le rôle et l’importance d’un des personnages dans le récit. Tout est clair pour moi, mais peut-être pas pour le lecteur.

    Ce travail terminé, je reporterai au propre toutes mes corrections, et le texte sera prêt à être envoyé.

    À qui ? Surtout : qui voudra le lire ? A-t-on besoin d’un roman post-apo de plus ? A-t-on seulement besoin d’un roman de plus ?! Cette dernière pensée devrait paradoxalement me rassurer !

    Je prévois d’occuper tout janvier à l’écriture d’une nouvelle de SF, ainsi qu’à la note d’accompagnement et à l’envoi de Babylone dévastée.


    1. Babylone dévastée : le nom de code de mon roman post-apo. Par superstition, et aussi parce que je trouve ça cool, j’essaie de donner un nom de code à chacun de mes projets. ↩︎
  • Notes d’atelier #9

    7 décembre 2025 :

    The anxious avaricious tentacles of the self1 dont parle Iris Murdock, c’est avec ça que je me débats, cela dont j’essaie de me débarrasser. La méditation aide. Le sport aide. Les balades, l’appareil photo à la main.

    Mais je n’y arrive jamais vraiment, et cela me paralyse quand je dois écrire. Je procrastine, me dit Laurence. C’est juste, mais c’est aussi une manière d’être qui me permet de rester créatif. Paradoxal ? Sans doute. Hypocrite ? Certaines fois, mais pas toujours.


    The fact is that the materials of the fiction writer are the humblest. Fiction is about everything human and we are made out of dust, and if you scorn getting yourself dusty, then you shouldn’t try to write fiction. It’s not a grand enough job for you.2 — Flannery O’Connor


    C’est ce qui manque peut-être à mon récit post-apo, dont j’ai dit hier à Laurence que j’allais reprendre le manuscrit : de la poussière. Je dois y revenir en n’ayant pas peur de me salir les mains ; je dois y revenir en me mettant tout entier au service du texte, des personnages, m’oublier au profit du récit, prêt à verser pour lui sang et eau.


    Objective, external truth (admittedly unatteinable) is the standard by which we are to be redeemed, and not by what’s inside. Any attempt at wholeness will require humility in the face of the real.3 — Tim Carpenter


    Ceci, qu’écrit Tim Carpenter, vaut pour la photographie aussi bien que pour l’écriture.

    Je dois revenir au texte en poète.


    9 décembre 2025 :

    Reprise ce matin du manuscrit. Je crois en ce livre, la meilleure chose, peut-être, que j’ai écrite. Ce n’est pas un roman postapocalyptique, pas plus que La route de McCarthy pouvait l’être. C’est un cri d’amour à l’art, à la littérature, seuls à même de sauver le monde — de nous sauver de nous-mêmes.

    Je crois en ce texte. Très immodestement, je le crois bon, je crois que c’est un livre qui peut compter. Peut-être même, de ceux qui font un succès de librairie !


    11 décembre 2025 :

    J’avance dans la relecture du manuscrit. J’en ai terminé avec la première partie. Quelques modifications à la marge, mais l’ensemble se tient bien : j’ai ressenti un plaisir de lecteur au cours de ce travail, ce qui est sans doute bon signe. Il manquait un élément pour expliquer la soudaine disparition d’un des personnages, et je crois avoir réussi à résoudre le problème, en glissant dans le livre qu’emporte B. une lettre d’adieu, dont je suis assez fier, écrite pratiquement d’un seul trait.


    12 décembre 2025 :

    Mes voyages, mes souvenirs d’enfant, tout se colore l’un de l’autre, se met bout à bout, danse avec de prodigieux flamboiements et monte en spirale — Gustave Flaubert (lettre à Louise Colet, le 3 mars 1852)


    Je sais l’ambition qui m’anime. Je connais la valeur de mon écriture. Et je crois en mes projets. Je dois lutter pied à pied contre moi-même, et ne pas laisser le doute et le découragement s’installer.


    13 décembre 2025 :

    « … ma peau est devenue surface à écrire… » note Françoise Renaud dans son carnet de murmures, qui témoigne de son emménagement en terres limousines.

    Je n’ai pas déménagé de lieu, mais j’ai déménagé de corps. Celui que j’habite désormais est plus rugueux et fragile en même temps. Chaque jour, j’arpente les limites de ce nouveau territoire. Et j’apprends à l’aimer.

    Lisant les premières pages du beau livre de Françoise, je réalise que cet autre livre que je porte est déjà écrit4. Tout est déjà là, les mots ont été posés, qui m’attendent dans un fichier de mon ordinateur. Il n’y a plus à écrire : il y a à trouver un chemin, un agencement, et à donner un sens à tout cela.



    1. Les tentacules angoissés et avides de l’ego ↩︎
    2. Le fait est que les matériaux dont dispose l’auteur de fiction sont les plus humbles qui soient. La fiction traite de tout ce qui est humain, et nous sommes faits de poussière. Si vous méprisez l’idée de vous salir, alors vous ne devriez pas essayer d’écrire de la fiction. Ce n’est pas un travail assez prestigieux pour vous. ↩︎
    3. La vérité objective et externe (certes inaccessible) est la norme selon laquelle nous devons être rachetés, et non par ce qui est à l’intérieur. Toute tentative d’atteindre la plénitude exigera de l’humilité face à la réalité. ↩︎
    4. Il ne s’agit pas d’un roman cette fois, mais d’un récit, dont ma newsletter s’est fait l’écho tout au long de l’année 2025. ↩︎
  • Notes d’atelier #8

    24 novembre 2025 :

    Il y a en moi, littérairement parlant, deux bonshommes distincts : un qui est épris de gueulades, de lyrisme, de grands vols d’aigle, de toutes les sonorités de la phrase et des sommets de l’idée ; un autre qui fouille et creuse le vrai tant qu’il peut, qui aime à accuser le petit fait aussi puissamment que le grand, qui voudrait vous faire sentir presque matériellement les choses qu’il reproduit; celui-là aime à rire et se plaît dans les animalités de l’homme. — Gustave Flaubert, lettre à Louise Colet, 16 janvier 1852

    Il y a des après-midi qui me sont restés dans la tête, des conversations de six heures consécutives, des promenades sur nos côtes et des ennuis à deux, des ennuis, des ennuis ! Tous souvenirs qui me semblent de couleur vermeille et flamber derrière moi comme des incendies. […] Je suis un homme-plume. Je sens par elle, à cause d’elle, par rapport à elle et beaucoup plus avec elle. Je passerai trois hivers à user quelques escarpins. Puis je rentrerai dans ma tanière où je crèverai obscur ou illustre, manuscrit ou imprimé. Il y a pourtant au fond quelque chose qui me tourmente, c’est la non-connaissance de ma mesure. Cet homme qui se dit si calme est plein de doutes sur lui-même. Il voudrait savoir jusqu’à quel cran il peut monter et la puissance exacte de ses muscles. Mais demander cela, c’est être bien ambitieux, car la connaissance précise de sa forme n’est peut-être autre que le génie. — Gustave Flaubert, lettre à Louise Colet, 1er février 1852

    Dans mon exemplaire de Préface à la vie d’écrivain de Flaubert, l’édition de 1963, il y a, de plusieurs mains, des passages surlignés, des notes raturées. De ces notes, une seule est lisible page 65, qui dit : je suis ici, et qui m’émeut. À 60 ans de distance peut-être, je suis là, et j’en suis là, moi aussi, avec cette personne inconnue, là où était Flaubert ce 1er février 1852. Cet homme qui se dit si calme est plein de doutes sur lui-même.

    5 décembre 2025 :

    Alors que les nouvelles sont bonnes, le moral ne l’est pas. Découragement, anxiété. Peut-être de voir se profiler des échéances que je m’étais fixées et que je n’atteindrai pas ?

    Le froid, la pluie, la fatigue — fatigue et douleurs chroniques, lancinantes, qui m’accompagnent désormais, du fait des traitements —, cela n’aide pas à me sentir mieux. Mais je connais ma valeur, et ma force de résilience. Je reviendrai demain, plus fort.

    6 décembre 2025 :

    Il a plu cette nuit. Les feuilles mortes envahissent le jardin. Il faudrait tailler le murier. Et j’ai un livre à écrire.