Philippe Castelneau fait des livres et des photos. Il co-dirige la revue la piscine.


Rien Que Du Bruit — une lettre électronique mensuelle : littérature, photographie, internet et divagations.


Derniers articles :

Jeu de lumière

Non, il ne s’agit pas d’une fuite de lumière liée à un défaut de mon matériel, mais d’un jeu avec un bout de verre épais, sale, trouvé par terre et placé devant l’objectif. Bref, plutôt que d’écrire, je m’amuse avec mes chats et mon appareil photo (mais j’écris aussi, hein ! Ça avance même bien en […]

Nature morte, plante vivace

J’éprouve une joie immense à voir la nature reprendre le dessus chaque fois qu’elle le peut, s’infiltrant à travers le béton, les interstices des murs, l’asphalte de nos trottoirs surchauffés, se dressant contre l’adversité, et toujours tournée vers la lumière.

Longs formats :

No direction home : l’Amérique derrière l’Amérique

Un panneau à l’orée du désert : Do not cross. Passage interdit. Pourtant, si l’on passe outre l’injonction, un voile se déchire, qui donne à voir le vrai visage de l’Amérique. Nous sommes tellement abreuvés d’Amérique, qu’on peut se demander s’il est possible d’échapper aux images préconçues, de crever l’écran, de passer de l’autre côté du miroir.

Avec ce projet photographique, qui entre en résonance avec mon roman Motel Valparaiso, je vise non pas à défaire, mais à mettre à jour les ressorts du mythe américain, qui continue de nourrir notre imaginaire collectif.

De fait, il n’y a pas une Amérique, mais autant d’Amériques que nous avons de rêves. […]

« Francese, si ? » — Une visite à Bussana Vecchia

La casa aperta, la maison ouverte à tous, et aux quatre vents. Visite gratuite et boissons offertes, et le concert d’Amy Winehouse de 2007 au Shepherd’s Bush Empire de Londres en fond sonore. C’est un chemin en terre à la sortie du village, une entrée façon patchwork, bric-à-brac d’objets improbables — un antique Piaggio Ape bleu hors d’usage sur lequel on a peint des smileys, un poupon sur un tricycle, des abat-jours chinois rouge et jaune accrochés aux branches, la façade d’un vieux syntoniseur Marantz fixé dans un mur de pierre — , un peu le palais du facteur cheval, un peu la cabane à l’entrée de la digue aux chats, dans le quartier de la Pointe Courte à Sète. La casa aperta. […]

THE STUDIO (Jones, Kaluta, Smith, Wrightson)

The studio : quatre amis, dessinateurs et peintres, officiant faute de mieux dans le milieu des comic books et qui décident de louer un loft dans le district de Chelsea à Manhattan, un ancien atelier d’usinage reconverti en atelier d’artistes. En 1979, un livre sobrement baptisé The Studio est publié, consacré à cette aventure tout à la fois collective et individuelle. Un livre devenu introuvable, sauf à débourser une somme considérable.
Par une espèce de petit miracle, je viens de mettre la main sur un exemplaire, certes un peu défraîchi, mais pour un prix tout à fait dérisoire. L’occasion de republier ici un chapitre de mon projet NO DIRECTION HOME, qui adresse plus particulièrement cette histoire méconnue. […]

Le journal de L’appel de Londres

J’avais mon journal de voyage, un peu de documentation et pas encore de titre, mais une idée assez claire d’où je voulais aller (sans forcément savoir comment y arriver).

Le 13 novembre, j’avais atteint mon objectif, et j’avais un titre : L’appel de Londres. Surtout, j’avais encore des choses à écrire. Le 20 décembre, enfin, je notais dans mon journal : le voyage à Londres est fini. L’écriture est finie.
J’envoyai bientôt le texte à publie.net accompagné d’une note d’intention : c’est Londres, mais c’est tout à la fois l’Angleterre, et c’est aussi Paris. C’est un récit de voyage et un rêve, un fantasme et une mélancolie, ce sont des larmes et du sang et quelques notes de rock’n’roll. […]

Et aussi :

L’île singulière (la littérature à l’époque de sa reproductibilité numérique) : N’en déplaise aux cassandres qui prédisent régulièrement sa fin, le livre, sous sa forme communément admise, continue d’exister. Seulement, il a perdu de sa superbe, et surtout, il n’est plus ni la fin ni le seul but de la littérature. Il en est tout au mieux un possible. La littérature de nos jours s’écrit souvent en ligne, où discrètement elle conquiert de nouveaux espaces, elle réinvente les lieux oubliés, détourne les outils sociaux : le feuilleton, les revues en ligne, les blogs où elle s’écrit en fragments, participent d’une expérience globale, qui n’est plus nécessairement linéaire. Le financement participatif, la POD accessible pour presque rien, les programmes sur nos ordinateurs qui permettent la création d’un ebook en deux clics ont fait tomber les barrières et ouvert grand les digues aux projets les plus fous. []

L’auteur n’est plus disponible, il se cherche une nouvelle forme : Nous assistons depuis dix ans à un changement en profondeur du livre que presque tous nous feignons d’ignorer. Le marché du livre, comme on l’appelle, s’est modifié en profondeur, et pas comme on pouvait l’imaginer ou le craindre : fragilisées par la vente en ligne et le développement des chaines en périphérie des villes, les librairies indépendantes s’accrochent pourtant, et les ouvertures sont aujourd’hui plus nombreuses que les dépôts de bilan ; les grands groupes d’éditions fusionnent à tour de bras et réalisent trop tard qu’ils ont des pieds d’argile qui supportent mal leur nouveau poids, quand les petits éditeurs qu’on croyait disparus réapparaissent et font des succès de librairie qu’on n’espérait plus. []