« Francese, si ? » — Une visite à Bussana Vecchia

Il est dangereux de ne pas correspondre à l’idée que le monde se fait de nous car il ne recule pas volontiers dans ses avis. c’est par où on lui échappe que la légende va son train. (Jean Cocteau — la difficulté d’être)


Bussana Vecchia


La casa aperta, la maison ouverte à tous, et aux quatre vents. Visite gratuite et boissons offertes, et le concert d’Amy Winehouse de 2007 au Shepherd’s Bush Empire de Londres en fond sonore.
C’est un chemin en terre à la sortie du village, une entrée façon patchwork, bric-à-brac d’objets improbables — un antique Piaggio Ape bleu hors d’usage sur lequel on a peint des smileys, un poupon sur un tricycle, des abat-jours chinois rouge et jaune accrochés aux branches, la façade d’un vieux syntoniseur Marantz fixé dans un mur de pierre —, un peu le palais du facteur cheval, un peu la cabane à l’entrée de la digue aux chats, dans le quartier de la Pointe Courte à Sète. La casa aperta. J’ai à peine franchi le seuil qu’un couple de cochons nains vient m’accueillir. Ils s’amusent à courir de l’entrée jusqu’au bout du chemin et retour, comme s’ils faisaient la course. On dirait deux jeunes chiens qui attendent que je leur jette une balle, heureux d’avoir de la visite. Meet you downstairs in the bar chante Amy ; en bas, ici, une bassecour  : le bar est à l’étage. Je remonte le sentier. Une jeune femme, le visage grêlé par l’acné, survivance d’une adolescence difficile, en short ultra court, lovée dans un fauteuil et occupée à se rouler un spliff de la taille de mon pouce, m’adresse un signe de bienvenue et un large sourire. Un peu plus loin, un type barbu, cheveux longs tenus par un bandana, 25 ans tout au plus, d’emblée sympathique, s’occupe de réunir du petit bois en vue d’allumer le four à pizza. « No politics, religion, sports, urlare, shouting perfavore please », les seules règles qui s’appliquent ici sont inscrites à la craie en italoglobish sur une ardoise suspendue au mur. À côté, le bar, et derrière, le dortoir : une pièce où sont posés en vracs lits et matelas. Un peu plus loin, une table avec posés dessus une vieille machine à coudre, quelques bouteilles et des verres, un sofa sur lequel est couché le chien avec l’air le plus triste qu’il ne m’ait jamais été donné de voir, sorte de Cavalier King Charles Spaniel en descente d’acide, un épagneul aux yeux kawaii et aux oreilles frisées, qui remue paresseusement la queue lorsqu’il me voit venir vers lui. À droite, un auvent, des guitares fixées au mur au-dessus d’un canapé deux places, un fauteuil club en cuir rouge défoncé sous une énorme enceinte d’où s’échappent les dernières notes du concert d’Amy diffusé sur l’écran plat posé en face. Je reviens sur mes pas, commence à discuter avec la fille. Avant, ici, c’était une décharge, elle m’explique. On est sept à vivre à la casa aperta en permanence, ajoute le garçon. Chacun peut venir, donner un coup de main au chantier. On peut y manger et même dormir.
En contre-bas, quelqu’un gueule, avec un fort accent américain : « looks like an abandoned shack here ! ». Déboule un grand gaillard roux, l’air sévère, qui ne peut s’empêcher de lâcher un sourire en voyant ma mine déconfite. « Y’a pas de musique ici, on dirait une baraque abandonnée » il me dit. « He’s the boss ! » me glisse la fille, hilare. Le type passe devant le chat occupé à sa toilette sur la rambarde, caresse le chien qui s’agite mollement dans le canapé, avant de disparaitre sous l’auvent. Presque aussitôt l’enceinte balance du drum’n’bass à un volume sonore déraisonnable, qui explique peut-être la neurasthénie de l’épagneul et l’euphorie des cochons nains.
Pizza, bière, boissons, tout est gratuit ici, me dit encore la fille. Disons qu’il y a une boîte aux lettres près du bar où chacun glisse ce qu’il estime devoir.
Je ne prends rien, mais glisse quand même, avant de partir, quelques euros dans la boîte, en remerciement pour la visite.


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Le 23 février 1887, mercredi des cendres, à 5 h 43, un violent séisme toucha la Ligurie, qui sera ressenti jusqu’à Nice, fera 643 morts et plus de 600 blessés. À Bussana, petit village médiéval situé sur les hauteurs de San Remo, la secousse arrive à 6 h 21 et détruit presque toutes les maisons. 53 morts ici, autant dire une hécatombe. Les survivants se regroupent d’abord dans des habitations de fortune à l’entrée du bourg, avant de se décider, après sept ans, à reconstruire en dur beaucoup plus bas, au pied de la colline. Ils baptisent le nouveau site Bussana Nuova et abandonnent l’ancienne cité à la végétation, aux fantômes et aux chats errants.
53 ans plus tard, le chemin qui y conduit est envahi par les ronces, les murs se soulèvent sous la pression des racines des arbres qui poussent à l’intérieur des ruines, la nef de l’ancienne église est à ciel ouvert, comme si elle était désormais consacrée à quelque dieu païen solaire. Peu importe que le village soit abandonné de Dieu : les hommes qui viennent s’y installer en 1947 sont eux abandonnés des hommes, la fange de la fange, immigrants en provenance du sud de l’Italie. On les laissera trois ans à peu près tranquilles, avant de les faire évacuer par la police, et pour éviter qu’ils reviennent, on fait détruire les escaliers et les toits des maisons qui sont encore debout.
Dix ans passent, et un certain Clizia, sculpteur et potier de Torino, décide de réinvestir le village, où il anime l’été des retraites artistiques. Trois ans encore, il s’y installe définitivement avec une dizaine d’autres artistes. Ils sont peintres, sculpteurs, musiciens ou poètes et viennent bientôt de toute l’Europe pour le rejoindre. Il n’y a ni électricité ni eau potable à Bussana, mais une envie un peu folle d’établir ici une Colonia Internazionale degli Artisti, une internationale des artistes, qu’on dote même d’une constitution en 1964. Bussana Vecchia, comme on l’appelle désormais, c’est un peu la version baba cool du coup d’éclat de Gabriele D’Annunzio à Fiume 40 ans plus tôt.

Un jour de 1959, à une soirée mondaine à Saint Jean Cap Ferrat — le genre de sauterie où se côtoient, chez quelques nouveaux riches, gens bien nés et artistes placés —, un type obséquieux, grand et fin, les lèvres et le cul également pincés, une coupe de champagne à la main, se dirige bientôt vers Elizabeth Wilmot, une Anglaise tout juste rentrée d’un long séjour à Singapour ; Elizabeth « Wendy » Wilmot, écrivain, un peu actrice, parfois journaliste, souvent excentrique — « Wendy » du nom sous lequel elle signe les livres pour enfants qui lui valent un certain succès.
« Mrs Wilmot », dit-il en s’approchant, ou « Elizabeth, dear », ou peut-être même un condescendant « Liz » — c’est une femme, après tout, et elle écrit pour les enfants —, enfin il l’aborde, et avec quelques manières (Elisabeth n’est pas sans charme, peut-être espère-t-il lui faire impression en se tortillant de la sorte) il lui parle avec force détails de cette « affreuse » colonie d’artistes qui s’est installée sur les hauteurs de San Remo. Elizabeth Wilmot juge que l’affreux, c’est lui, ce type à l’esprit étriqué, et, piquée au vif, décide de se rendre dès le lendemain à Bussana Vecchia. Elle passe la frontière en bus et monte à pied, sous un soleil de plomb, jusqu’au village. Quelques jours plus tard, elle s’y fait conduire par le chauffeur d’un ami avec tous ses bagages. Ce sera un aller simple. D’aucuns prétendent qu’elle était accompagnée d’un alligator nain qui lui tenait d’animal de compagnie, d’autres disent plus prosaïquement que c’étaient ses bagages qui étaient en cuir de crocodile. Qu’importe, il faut se figurer cette Anglaise aux manières d’aristocrate arrivant au village en Rolls Royce blanche, le chauffeur en costume, les mains gantées, posant ses malles à l’entrée d’une maison en ruine, choisie au hasard, qu’elle lui désigne comme étant la sienne et qu’elle ne quittera plus jusqu’à sa mort en 1991. En 1966, son fils Colin quitte Londres et une vie sans relief pour venir rejoindre sa mère et se lancer dans une peinture figurative et conceptuelle indigeste, dont on donnera une description assez juste en évoquant des croûtes peintes à la truelle. S’il a depuis longtemps remisé ses pinceaux, Colin vit encore aujourd’hui à Bussana Vecchia, où il tient chambre d’hôte, et où il est un peu la figure historique et la caution morale du village.
Il y aura, dans les années 2000, une tentative de docu-fiction sur lui, produit et réalisé par Diane Salinger, connue pour quelques seconds rôles dans Pee Wee’s Big Adventure, Batman returns ou la série Carnivale, et dont on peut voir en ligne 8 minutes éprouvantes de rushs qui expliquent à elles seules pourquoi le projet n’a jamais abouti. On y voit Colin se brosser les dents ou faisant tourner les tables en compagnie de trois vieilles peaux (un homme et deux femmes, dont Salinger) dont on ne saurait dire si ce sont des acteurs de seconde zone égarés dans un film de série Z à jouer un rôle qui ne leur convient pas, ou d’authentiques illuminés perdus dans un délire ésotérique. Dans sa maison, une tête de sanglier est sculptée dans un mur, et les dents sont celles de Colin : « j’ai voulu mettre mon ADN dans cette maison », dit-il, assez fier. Au cours d’une séance de spiritisme, alors qu’on convoque l’esprit de sa mère, il va chercher sur une commode ce qui ressemble à un crocodile miniature, à peine une vingtaine de centimètres de long, empaillé si c’est un vrai, accréditant de fait la légende maternelle, tout en soulignant qu’il n’y avait pas une once d’eau à Bussana Vecchia en 1959, et on imagine mal un tel animal survivre dans ces conditions.


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Communauté d’artistes, excentriques en tout genre, tout cela est fort sympathique, mais si Bussana Vecchia fait figure de cité utopique isolée du monde, elle n’en a pas moins connu certains tourments. Le 25 juillet 1968, ici comme ailleurs on dresse des barricades, quand la police arrive en force avec l’ordre de faire évacuer les lieux. Si les villageois gagnent cette partie, ils perdront sur le long terme le combat des idéaux hippies face aux sirènes du capitalisme rampant : au fil des années, des verrous ont été posés aux portes, des antennes satellites ont fleuri sur les toits, on a installé l’eau et l’électricité, et les artistes d’aujourd’hui appâtent le touriste avec des bibelots kitchs.
Un type avec un faux air de Darry Cowl fait tourner un train électrique à travers trois maisons. « Francese, eh ? » Il me fait quand je le salue, puis, désignant une locomotive à l’arrêt, il me dit : « la Micheline ». La machine démarre aussitôt, et il m’invite à en suivre le parcours. Je souris et m’éloigne après avoir pris par politesse deux photos de l’engin beige et rouge, avant qu’il ne disparaisse dans un tunnel.

« Buongiorno ! »
« Francese, si ? » Me répond la femme aux cheveux bruns lâchés, la quarantaine, élégante, qui aussitôt ouvre sa boutique pour moi, faisant fis de mes protestations. Quelques mauvaises reproductions de tableaux de maîtres aux couleurs fades sont accrochées aux murs — « Ça, je le fais pour l’argent », elle me dit, ce qui me laisse perplexe. Puis elle me montre des toiles sans style, peintes au couteau dans des couleurs vives, représentant des femmes en tenues légères dans des poses lascives. « Ça, c’est mon vrai travail ! », elle me fait d’un air entendu, aussi je fais mine de m’y intéresser. Guettant ma réaction, elle m’observe en coin de ses yeux pétillants, croisant nerveusement ses mains sur le devant de sa robe bleu clair, et j’aimerais pouvoir lui dire sans la vexer que je la trouve bien plus sensuelle que ses peintures, somme toute assez vulgaires. Elle me montre encore les bracelets qu’elle fabrique avec des fermetures éclairs, des bijoux avec des coquillages, toute la boutique y passe, je l’écoute poliment, il fait une chaleur étouffante et on est en sueur tous les deux, si bien qu’à bout de souffle elle fini par me dire qu’elle va se chercher à boire, qu’elle revient, et j’en profite pour m’éclipser.

Plus haut, presque à l’extérieur du village, Silvano Manco a son atelier, une grande pièce lumineuse au dernier étage d’une maison, une table posée au milieu avec ses pots et ses pinceaux, un fauteuil et une étagère contre un des murs où sont rangés quelques centaines de disques et une chaine hi-fi qui déverse à plein volume du jazz de bonne tenue. Silvano lui-même fait aussi de la musique, et il écrit des livres, en plus de peindre. Né en 1957, il s’est installé à Bussana Vecchia en 1979. Il est venu à la peinture tardivement, en 1988, mais c’est aujourd’hui son activité principale. « Fervent partisan, dit-il, que l’art est un, quelle que soit la forme que prend ses manifestations individuelles », il fait partie du dernier collectif d’artistes un peu authentiques de Bussana Vecchia, le « Laboratorio Aperto », le laboratoire ouvert.


Avant de quitter le village, je m’arrête pour boire un rafraichissement à la terrasse du café installé un peu avant le parking, et je vois, abandonné sur un muret, un livre de Cocteau en italien, la difficoltà di essere. La veille, j’avais visité le musée Cocteau de Menton. « Sei francese ? » me demande la serveuse en s’approchant, comme elle me voit prendre en photo le livre.


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Photos : Bussana Vecchia, juillet 2015


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Less is more

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Less is more, la formule, bien connue, est de l’architecte allemand Ludwig Mies van der Rohe. Le designer Dieter Rams, de son côté, préférait dire : « Weniger, aber besser » : le moins est le mieux, s’il s’accompagne d’une bonne exécution. Mies van der Rohe réalisa, entre autres choses, quelques-uns des plus beaux gratte-ciels de Chicago ; Dieter Rams inventa chez Braun l’esthétique des années 60 et 70. Ces deux-là, nourris à l’école du Bauhaus, savaient assurément de quoi ils parlaient.

Beaucoup s’interrogent aujourd’hui sur la pertinence des blogs et des sites web, sur leur utilisation et la manière de les mettre en valeur. Thierry Crouzet, dans son dernier ouvrage, La mécanique du texte, pose la question du livre lui-même, imagine que tout cela est amené à fusionner, fusionne déjà, dans nos usages et nos écrits. Il prône un éclatement des formes et des supports, dans lequel le blog, ou site, peine à trouver sa place. François Bon de son côté, construit pierre à pierre son Tiers livre, à la fois son atelier et son grand œuvre : l’écrit emprunte à la sculpture la technique du modelage, mais c’est un modelage permanent qui est l’œuvre elle-même, et non plus son brouillon. Deux approches différentes, parfois contradictoires, pourtant complémentaires.
L’internet s’invente au fur et à mesure qu’il grandit, c’est une créature monstrueuse et fluctuante, en expansion perpétuelle : autrefois on le comparait à un océan, c’est devenu un univers bientôt plus vaste que celui qui entoure notre planète. À chacun d’y trouver sa place, comme on trouve sa place dans le monde réel. On y vient comme on peut, beaucoup encore y vont à reculons. D’autres, comme François ou Thierry, y sont depuis longtemps.
Warren Ellis est de ceux-là. Le scénariste anglais a beaucoup réfléchi sur ces sujets, et vient de faire paraître en format numérique un recueil de textes de prospectives prononcés entre 2012 et 2015 à Manchester, Londres, New York ou Los Angeles. Ça s’appelle Cunning Plans, et c’est une lecture tout à la fois stimulante et indispensable.

Mon espace personnel sur le net, c’est ici. Ma place est ici. C’est tout à la fois un journal, un lieu d’exposition pour mes photos, un livre qui s’écrit. Une simple page au design épuré qui s’affiche sur votre écran de téléphone ou d’ordinateur, une image, quelques mots, à peine quelques minutes de votre temps. Presque rien. Less is more.


Photo : Chicago skyline, octobre 2013

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Pousser la porte, prendre le large

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La grande pièce sombre est vide, sinon pour deux plantes vertes et un tapis de type persan, posés près de l’entrée. Par les fenêtres et les ailes vitrées de la porte-tambour glisse doucement à l’intérieur la lumière triste et grise du jour qui se lève à grand-peine. Deux marches, et je pousse la porte pour rejoindre la terrasse qui semble surplomber la mer, mer peu agitée à forte, vent de force 5 à 6. Il faut descendre par des chemins, passer un mur, escalader encore quelques rochers pour rejoindre le rivage. Dans la maison, loin derrière moi, rien ni personne ne semble avoir bougé. Debout au bord de l’eau, sous le crachin, bercé par les vagues, me prend l’envie de disparaître au monde. Je reste immobile sur la grève, presque en déséquilibre, l’esprit déjà ailleurs, répondant à l’appel du large. Mon corps se dissout dans l’espace, les pieds dans l’eau, le corps dans les rochers, la tête balayée par des vents contraires. Libéré du temps, je vole avec la mouette ; poisson, je nage vers les grands fonds, je suis de ces nuages que le vent pousse toujours plus loin.
Un pas en avant, je disparais dans l’écume soyeuse, un pas en arrière, et je retrouve le monde. Partir, c’est fuir, peut-être, mais on n’échappe pas à soi-même.
Je m’en reviens par les rochers, les chemins, jusqu’à la maison, l’escalier résonne des pas et des rires des enfants. Derrière moi, la porte-tambour tourne à vide.


Photo : Roquebrune-Cap-Martin, mai 2015

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Le journal de « L’appel de Londres »

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Go where we may, rest where we will,
Eternal London haunts us still.
Thomas Moore

De passage à Londres en octobre dernier, je tombais dans une librairie sur un petit livre que je ne connaissais pas, Here is New York, d’Elwyn Brooks White. À l’origine, White doit écrire un article sur Big Apple pour le journal Holiday. Aussi, au mois d’août 1948, il s’enferme dans une chambre d’hôtel à Manhattan, et dans la chaleur moite de l’été, à une époque où il n’y a pas encore d’air conditionné, avec la fenêtre ouverte pour récupérer un peu d’air frais et capter les bruits de la ville, il écrit en quelques jours un court essai un peu nostalgique, une ode aux New-Yorkais et à leur ville. Une ville, déjà, qui semble disparaître sous ses yeux. Trop long pour un article, son texte paraîtra finalement en livre l’année suivante.

De retour en France, inspiré par White, j’ai eu très vite envie d’écrire un livre court consacré à Londres, qui me fascine depuis l’enfance : si je ne suis pas Londonien de fait, je le suis assurément de cœur.
Peu de temps auparavant, Thierry Crouzet s’était lancé le défi d’écrire un livre en trois jours : il n’y était pas complètement arrivé, mais au moins avait-il un premier jet solide. Séduit par cette idée d’écrire très vite un texte, je me fixais un objectif de 7500 mots (grosso modo la taille du livre d’E.B. White) et 15 jours pour le faire, sachant que je ne disposais que d’une à deux heures par jour.
J’avais mon journal de voyage, un peu de documentation et pas encore de titre, mais une idée assez claire d’où je voulais aller (sans forcément savoir comment y arriver). Le premier jour, j’écrivais 667 mots. Le 8 novembre, je notais dans mon journal : autour de Londres, le projet d’écriture se poursuit. Écriture libre, sans trame ni but défini. Le défi, modeste : 7500 mots minimum pour un premier jet, terminé au plus tard le 15 novembre. À mi-parcours, 4095 mots. Pour le moment, ce qui compte, c’est avancer sans s’arrêter.

Le 13 novembre, j’avais atteint mon objectif, et j’avais un titre : L’appel de Londres. Surtout, j’avais encore des choses à écrire. Je m’accordais quelques jours supplémentaires. Le 20 décembre, enfin, je notais dans mon journal : le voyage à Londres est fini. L’écriture est finie.
J’envoyai bientôt le texte à publie.net accompagné d’une note d’intention : c’est Londres, mais c’est tout à la fois l’Angleterre, et c’est aussi Paris. C’est un récit de voyage et un rêve, un fantasme et une mélancolie, ce sont des larmes et du sang et quelques notes de rock’n’roll.

Début mars, Guillaume Vissac et Matthieu Hervé commençaient avec moi le travail de relecture et d’édition. L’envers du décor, la tambouille interne : échanges, suggestions, Matthieu insistant sur la structure d’ensemble, Guillaume sur les détails, plusieurs semaines d’un long et stimulant travail pour aboutir au texte définitif. Depuis le 29 mai, le livre est disponible dans la collection publie.rock, sous une belle couverture réalisée par Roxane Lecomte, qui a également réalisé le fichier numérique du livre, absolument superbe. Il s’accompagne d’une page dédiée proposant une playlist, des vidéos, une carte, trois lectures du texte et une sélection de mes photos.
Guillaume, Matthieu et moi avons chacun enregistré une lecture, toutes les trois différentes, et, pour celles de Matthieu et de Guillaume tout au moins, très réussies. D’habitude, je n’aime pas beaucoup entendre ma voix, mais cette fois, peut-être parce que je sortais d’une petite opération qui m’avait laissé un peu groggy, j’acceptais aussitôt la suggestion de Guillaume et me prêtais au jeu de l’enregistrement, et même, je proposais à un ami musicien, Lilac Flame Son, de mettre tout ça en musique. Je suis extrêmement heureux du résultat, tout à fait dans l’esprit du livre, avec un arrangement très années 80 : « petit délire synth pop… beaucoup d’eighties… on y entend Londres… on y entend Tokyo… Orchestral manoeuvre in the dark of the night, en quelque sorte », résume Lilac Flame Son.

Sept mois se sont écoulés entre le jour où j’écrivais les 667 premiers mots et la publication de L’appel de Londres. À l’arrivée, le texte fait quelque chose comme trois fois la taille que je m’étais initialement fixée. Il est publié par un éditeur dont j’admire particulièrement le travail, et dans une collection qui m’est chère. Enfin, mon livre ne ressemble en rien au Here is New York de White, et ça, pour moi, c’est plutôt bon signe.

Photo : Londres, octobre 2014


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San Remo, mai 2015

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Immersion dans les eaux profondes de l’écriture ces temps-ci, travail au long court, et c’est trop tôt pour en donner des extraits ou même un aperçu. Étrange paradoxe : je suis trop pris par l’écriture pour pouvoir donner ici à lire. Du coup, je donne à voir :

La vie, seulement la vie, la forme humaine autour de tes yeux clairs.
Paul Éluard – donner à voir


Photo : San Remo, Italie, le 2 mai 2015


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Face à la mer

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La mer, depuis ma fenêtre, me manque parfois. Elle n’est pas loin de là où je suis habituellement, la mer, mais ça n’est pas comme s’endormir bercé par ses vagues, et rien ne vaut le café du matin, quand, face à la fenêtre ouverte, l’horizon où l’eau et le ciel se mélangent, l’esprit encore endormi accumule des images pour plus tard.


Photo : Roquebrune-Cap-Martin, mai 2015

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Pensée pour mon père

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Le 2 mai 2015, mon père aurait eu 91 ans. À San Remo, face à la mer, je regarde l’horizon. En face, invisibles à l’œil nu, il y a ces pays qui l’ont vu grandir. On les appelait les pays du Levant. Aujourd’hui le soleil se lève sur des ruines, les hommes là-bas se déchirent, les murs tombent et le sang coule. La mer charrie les rêves, elle charrie les morts et elle charrie l’espoir.

Au moins, gardons quelque part en nous les rêves de nos morts, tâchons de ne pas perdre espoir.

Photo : San Remo, Italie, le 2 mai 2015


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