Le troisième amour

abandon

Pour L.

Tu es le troisième amour, arrivée au mitan de ma vie, arrivée tard, c’est vrai, trop tard pour l’insouciance, trop tard pour la folie, c’est vrai ; trop tard pour les courses folles, trop tard pour les départs précipités, trop tard pour les déchirures et les réconciliations violentes, trop tard pour les transports naïfs, trop tard pour les mensonges, trop tard pour la patience, trop tard, bien trop tard pour les années d’innocence données encore à perdre.
Tu es arrivée dans la désillusion et les premières rides, dans le gouffre du temps perdu et le vertige du peu qui nous reste à vivre.
Mais tu es là, tu m’as saisi au vol quand je partais seul, tu es la compagne de mes fortunes et de mes infortunes, tu es mon amante de mille feux, tu es ma raison et mon emportement, ma passion calme, mon désir, tu es mon dernier voyage, tu es mon cœur qui bat et mon stylo qui écrit, la page blanche, le troisième amour, peut-être, mais tu es mon seul amour.


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Less is more

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Less is more, la formule, bien connue, est de l’architecte allemand Ludwig Mies van der Rohe. Le designer Dieter Rams, de son côté, préférait dire : « Weniger, aber besser » : le moins est le mieux, s’il s’accompagne d’une bonne exécution. Mies van der Rohe réalisa, entre autres choses, quelques-uns des plus beaux gratte-ciels de Chicago ; Dieter Rams inventa chez Braun l’esthétique des années 60 et 70. Ces deux-là, nourris à l’école du Bauhaus, savaient assurément de quoi ils parlaient.

Beaucoup s’interrogent aujourd’hui sur la pertinence des blogs et des sites web, sur leur utilisation et la manière de les mettre en valeur. Thierry Crouzet, dans son dernier ouvrage, La mécanique du texte, pose la question du livre lui-même, imagine que tout cela est amené à fusionner, fusionne déjà, dans nos usages et nos écrits. Il prône un éclatement des formes et des supports, dans lequel le blog, ou site, peine à trouver sa place. François Bon de son côté, construit pierre à pierre son Tiers livre, à la fois son atelier et son grand œuvre : l’écrit emprunte à la sculpture la technique du modelage, mais c’est un modelage permanent qui est l’œuvre elle-même, et non plus son brouillon. Deux approches différentes, parfois contradictoires, pourtant complémentaires.
L’internet s’invente au fur et à mesure qu’il grandit, c’est une créature monstrueuse et fluctuante, en expansion perpétuelle : autrefois on le comparait à un océan, c’est devenu un univers bientôt plus vaste que celui qui entoure notre planète. À chacun d’y trouver sa place, comme on trouve sa place dans le monde réel. On y vient comme on peut, beaucoup encore y vont à reculons. D’autres, comme François ou Thierry, y sont depuis longtemps.
Warren Ellis est de ceux-là. Le scénariste anglais a beaucoup réfléchi sur ces sujets, et vient de faire paraître en format numérique un recueil de textes de prospectives prononcés entre 2012 et 2015 à Manchester, Londres, New York ou Los Angeles. Ça s’appelle Cunning Plans, et c’est une lecture tout à la fois stimulante et indispensable.

Mon espace personnel sur le net, c’est ici. Ma place est ici. C’est tout à la fois un journal, un lieu d’exposition pour mes photos, un livre qui s’écrit. Une simple page au design épuré qui s’affiche sur votre écran de téléphone ou d’ordinateur, une image, quelques mots, à peine quelques minutes de votre temps. Presque rien. Less is more.


Photo : Chicago skyline, octobre 2013

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Ummagumma

Ummagumma

Association d’idées et faux effet d’abyme, cette photo en appelle une autre, celle de la pochette du quatrième album de Pink Floyd, qui donne son titre à ce billet. Plongée verticale en eaux profondes ces temps-ci, exposition théorique aux techniques argentiques, dans l’attente du révélateur, avant le bain d’arrêt aux sels d’argent qui fixera le cadre du projet. Pour l’instant, l’image, en négatif, ondule, floue, sous la lumière rouge de ma lampe de travail.

Déclencher, armer, déclencher à nouveau : la partie du film voilée au chargement se trouve ainsi éliminée et le compteur indique exactement le nombre de vues restant à prendre, soit 36 ou 20, note-t-il ainsi consciencieusement. (Un peu plus loin, il ajoute : en période de repos, il est conseillé de garder l’appareil désarmé.)


photo : Près de Montpellier, mars 2015.


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Regarder passer les passantes

Chicago

Immersion profonde dans la photographie ces derniers jours, théorie et pratique. Lecture du livre de Susan Sontag Sur la photographie chez Christian Bourgois. Également lut tout récemment la Petite philosophie pratique de la prise de vue photographique de Jean-Christophe Béchet et Pauline Kasprzak, dialogue entre une philosophe et un photographe. Et découverte, hier soir, du très enthousiasmant Manifeste pour une École inférieure de la Photographie, de Serge Tisseron et Bernard Plossu.
Besoin de faire une pause. Regarder le monde passer.
Be back soon.


photo : Chicago, octobre 2013.


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Depuis la fenêtre arrière

rearview mirror

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Ces temps-ci, j’ai l’impression de vivre dans ma voiture, toujours sur la route. La route, parfois ce sont des moments de joie, souvent des moments de replis nécessaires, mais d’autres fois, la route de nuit, c’est l’angoisse au ventre, l’histoire qui se répète et l’indicible douleur au bout. Il faut bien faire face, pourtant. Et si cette douleur qui touche celle qui est assise à mes côtés, je le ressens si fort, au moins, je sais que c’est parce que je l’aime.


photo : près de Montpellier, le 21 février 2015.
On ne doit pas, dit-on, présenter ensemble des clichés n & b et couleurs. Très subjectivement, pour moi, ces deux photos se répondent. Prises à moins d’une heure l’une de l’autre, elles disent quelque chose, le noir et blanc Low key fait place à la couleur, et même avec la pluie, c’est une note d’espoir.


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Fenêtre sur cour

fenêtre sur cour

Sonné, voilà. On est sonné, KO debout.
On sait qu’il faudrait publier quelque chose, écrire, mais écrire quoi ? Écrire au moins pour soi, parce qu’on est vivant ; même si on ne sait pas quoi ni pourquoi, écrire quand même. Dans les premières heures, on ne peut pas, mais les jours qui suivent, oui, les mots viennent, les mots coulent même assez bien. On est surpris d’écrire un texte qui résonne, au moins pour soi, un texte qui n’a presque rien à voir avec ce qui vient de se passer.

Ce texte, on ne le montre pas. Pas maintenant. On voudrait qu’il soit lu, mais pas aujourd’hui. On le voudrait détaché de l’immédiate actualité, et il est bien trop tôt pour ça.
Il rejoint les autres textes qui s’accumulent, classés dans l’ordinateur, dans des fichiers qui font des ensembles qui eux-mêmes s’organisent peu à peu. Ils grossissent, aussi on espère qu’ils feront bientôt des livres. On l’espère, parce que les livres sont notre dernier refuge : « O Dieu ! Je pourrais être enfermé dans une coquille de noix et me regarder comme le roi d’un espace infini, si je n’avais pas de mauvais rêves » dit Hamlet. Un livre nous libère de nos mauvais rêves, un livre est une coquille de noix qui contient l’espace infini.

Les mauvais rêves, sans doute qu’ils sont venus visiter Françoise Renaud au lendemain des inondations qui, en septembre dernier, ont détruit son village, et en partie sa maison. Elle en a fait un livre, un texte émouvant et beau qu’on peut lui acheter directement (pour la contacter, c’est ici. Vous pouvez aussi l’acheter en ligne). Le livre coûte 10 €, port inclus, et, nous dit-elle « les petits bénéfices engendrés par cette parution seront consacrés à la restauration du mur de soutènement de mon jardin et aux plantations printanières ».

Lire et écrire, planter et restaurer, être solidaires, ensemble, pour réussir à se relever. Arriver à se détacher de la fenêtre qui donne sur la cour et sortir dans la rue, marcher comme avant, retrouver ses amis, dans l’insouciance et les rires : espérer bientôt retrouver la couleur.


photo : Montpellier, janvier 2015.


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Embrasure (3)

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