2020, une page blanche ?

Ci-dessus, une photo prise il y a quelques mois, qui résume métaphoriquement bien ma situation aujourd’hui : les idées se bousculent dans ma tête, mais l’écriture stagne, en dépit des notes qui s’accumulent. Et pourtant, étrangement, je n’en ressens aucune frustration. Sans doute une phase de maturation nécessaire.

Mais, je l’ai dit, je prends des notes, et il finira bien par en sortir quelque chose. Et je m’obstine à me lever avant le jour chaque matin, et je reste assis devant mon écran, une page désespérément blanche, un café chaud à portée de main, et un chat qui ronronne, lui, sur mes genoux. De tout ce temps qui pourrait autrement être simplement mis à profit pour dormir, il finira bien par sortir quelque chose…

Chandler par Manguel

Howard Hawks tournait d’après le célèbre roman de Chandler, Le Grand Sommeil, quand il se rendit compte qu’il avait besoin de se faire expliquer une part essentielle de l’intrigue. Il envoya un câble à Chandler pour lui demander qui avait en réalité tué le chauffeur qu’on retrouver dans une limousine sous dix pieds d’eau, au bout du quai. Chandler parcourut son roman, réfléchi, et câbla en retour : « Je ne sais pas. »



Extrait de Petites histoires de la littérature américaine, racontées par Alberto Manguel, et traduite par Christine Le Bœuf. Dessin de couverture, Jacques de Loustal (éditions Actes Sud, 1999 — ouvrage hors commerce)

Une masterclass avec Elmore Leonard

Dans la dernière livraison de mon infolettre, Rien Que du Bruit, j’évoquais Elmore Leonard, et citais ses dix règles d’écriture. Ouvrir un livre d’Elmore Leonard, c’est à la fois l’assurance d’un pur moment de plaisir, et pour qui se pique d’écrire, l’occasion d’apprendre deux ou trois choses utiles. Quand le livre en question propose en bonus dans sa version numérique une interview de l’auteur, conduite par Martin Amis, c’est l’occasion d’aller faire un tour dans la cuisine du maître, et d’en tirer quelques précieux enseignements…

Photo: Carlos Osorio Associated Press. Elmore Leonard travaille un manuscrit dans sa maison de Bloomfield Hills, en septembre 2010.

Leonard : I’m always writing from a point of view. I decide what the purpose of the scene is, and at least begin with some purpose. But, even more important, from whose point of view is this scene seen? Because then the narrative will take on somewhat the sound of the person who is seeing the scene. And from his dialogue, that’s what goes, somewhat, into the narrative. I start to write and I think, “Upon entering the room,” and I know I don’t want to say “Upon entering the room.” I don’t want my writing to sound like the way we were taught to write. Because I don’t want you to be aware of my writing. I don’t have the language. I have to rely upon my characters.

Amis : So, when you say it’s character-driven, do you mean you’re thinking, How would this character see this scene? Because you’re usually third-person. You don’t directly speak through your characters, but there is a kind of third-person that is a first-person in disguise. Is that the way you go at it?

Leonard : It takes on somewhat of a first-person sound, but not really. Because I like third-person. I don’t want to be stuck with one character’s viewpoint, because there are too many viewpoints. And, of course, the bad guys’ viewpoints are a lot more fun. What they do is more fun. A few years ago, a friend of mine in the publishing business called up and said, “Has your good guy decided to do anything yet?” [Laughter]

Or, I think I should start this book with the main character. Or I start a book with who I think is the main character, but a hundred pages into the book I say, “This guy’s not the main character; he’s running out of gas; I don’t even like him anymore, his attitude; he’s changed.” But he’s changed and there’s nothing I could do about it. It’s just the kind of person he is. So then I have to bring somebody along fast (…)

Amis : Now, do you settle down and map out your plots? I suspect you don’t.

Leonard : No, I don’t. I start with a character. Let’s say I want to write a book about a bail bondsman or a process server or a bank robber and a woman federal marshal. And they meet and something happens. That’s as much of an idea as I begin with. And then I see him in a situation, and I begin writing it and one thing leads to another. By page 100, roughly, I should have my characters assembled. I should know my characters because they’ve sort of auditioned in the opening scenes, and I can find out if they can talk or not. And if they can’t talk, they’re out. Or they get a minor role.

But in every book there’s a minor character who comes along and pushes his way into the plot. He’s just needed to give some information, but all of a sudden he comes to life for me. Maybe it’s the way he says it. He might not even have a name the first time he appears. The second time he has a name. The third time he has a few more lines, and away he goes, and he becomes a plot turn in the book (…)

When I’m fashioning my bad guys, though (and sometimes a good guy has had a criminal past and then he can go either way; to me, he’s the best kind of character to have), I don’t think of them as bad guys. I just think of them as, for the most part, normal people who get up in the morning and they wonder what they’re going to have for breakfast, and they sneeze, and they wonder if they should call their mother, and then they rob a bank. Because that’s the way they are. Except for real hard-core guys.


Extraits de  : Martin Amis Interviews “The Dickens of Detroit” — The Writers’ Guild Theatre, Beverly Hills, January 23, 1998. Sponsored by Writers Bloc; Andrea Grossman, Founder. Bonus inclus dans l’édition numérique du livre When the Women Come Out to Dance d’Elmore Leonard.

Tourner le dos à 2019, aller de l'avant

Paris, novembre 2019

Adieu, 2019. D’un point de vue strictement personnel, une année de transition, peut-être. Une année en demi-teinte. Pour la planète, l’année des catastrophes, mais aussi de la prise de conscience collective de l’urgence écologique. Une année de conflits, sociaux, militaires : business as usual.

2019. En début d’année, dans mon journal, je notais :

2 janvier : Hier, la salle de sport, 2 h pour lancer l’année. 

13 janvier : Épuisé par la crève, je m’accroche quand même au sport. Fatigué ensuite, mais le corps se souvient de l’effort. Le corps est reconnaissant.

16 janvier : je note un bouillonnement d’énergie, une envie de confrontation, de dépassement de soi.

23 janvier : Marchant de la voiture à la librairie hier, j’ai senti dans mes jambes les courbatures liées à l’exercice la veille. Puis mes bras se sont réveillés, pareils. Je me suis senti bien, vivant. Fort.

À croire que je n’ai fait que ça : du sport ! J’en ai fait beaucoup, et j’en avais besoin. Le corps et le mental en ont toujours besoin : je m’accroche. 3 h par semaine. Parfois plus. Rien d’exceptionnel, je sais.

J’ai aussi autopublié un recueil de nouvelles, écrit 12 infolettres, 63 articles de blog, tenu une sorte de journal épisodique hors ligne, changé d’outils d’écriture, délaissé les réseaux sociaux commerciaux, beaucoup réfléchi à ma pratique de la photographie et à la pratique photographique en général (dans le même temps, j’ai pris sensiblement moins de photos), procrastiné, encore et toujours, lu 52 livres (mais pas un par semaine, c’était beaucoup plus irrégulier que ça !), et écouté des heures de podcasts et de musique. Bref, j’ai occupé comme j’ai pu 365 jours de ma vie, 8760 heures (dont 2000 environ à gagner ma pitance et 2555 à dormir). Une année à vivre, comme on peut, en tâchant de faire sens, au moins pour soi-même. Une année, sinon de reconstruction, au moins de consolidation.

2019 n’a pas été tendre pour la plupart d’entre nous. Laissons derrière nous les années dix, et tâchons d’entrer la tête haute dans la décennie qui vient.

Merry Christmas, joyeux Noël

Télécharger l’album.

Rien de tel, pour Noël, qu’un peu de kitch et les chœurs des Beach Boys. Passez de belles fêtes, mes amis.

Blueberry, le retour

Voilà bien un projet que je n’attendais pas. Depuis la parution de Dust en 2005 et la mort de Jean Giraud en 2012, la série était pour moi complète et terminée. Seulement, voilà que vient de paraître le premier tome d’un nouveau diptyque, signé Joann Sfar au scénario et Christophe Blain au dessin.

L’album était même prévu pour 2018, mais après 30 pages, Blain avait décidé de tout reprendre à zéro… Pour le meilleur, si on en croit les rares dessins disponibles de la première version. Pas facile, on le comprend, de marcher dans les pas de Charlier et Giraud.

Jean Giraud, est un Dieu, je n’ai même pas essayé de me mesurer. (Christophe Blain)

Pour autant, le résultat est vraiment réussi. J’ai eu, à la lecture de l’album, le sentiment de retrouver un vieil ami perdu de vue. Les deux auteurs ne tombent pas dans l’écueil de faire un « à la manière de », tout au contraire : c’est à la fois un album très personnel de leur part, et un bel hommage à la série et à ses créateurs, et au personnage de Blueberry dont ils reprennent subtilement les codes en les adaptant à leurs styles. Une histoire assez classique, mais qui se lit avec énormément de plaisir.

Les personnages féminins, qui ont les traits de Claudia Cardinale ou de Jeanne Moreau (clin d’œil à Giraud qui utilisait Belmondo comme modèle pour son personnage principal dans les premiers albums de la série), occupent une place prédominante dans l’intrigue, bien dans l’air du temps, sans que ce ne soit jamais forcé.

Personne n’est jamais à la hauteur de rien, on ne se permettrait jamais de se comparer à Charlier ou Giraud, mais nous ne sommes pas là pour les copier. Nous souhaitons faire des albums vivants et pertinents, avec nos moyens. (Joann Sfar)

À l’annonce du projet, les réseaux sociaux ont bruissé de critiques véhémentes, criant au scandale. On ne touche pas à Blueberry. C’est oublier un peu vite que Jean Giraud s’était lui attaqué au Silver Surfer de Marvel, avec brio, sans que personne y trouve à redire. Blueberry est un personnage iconique, qui a fait l’objet d’un film, d’une série dérivée. Pourquoi pas une reprise, quand, comme c’est le cas ici, elle est faite avec respect et, osons le mot : amour. Sfar a de toute façon clarifié la situation, en expliquant que le projet avait été évoqué avec Jean Giraud, qui lui avait demandé un scénario, sans que cela malheureusement se concrétise avant son décès.

Si vous aimez Blueberry tout autant que le côté touche-à-tout que pouvait avoir Giraud-Moebius, je crois que cet album saura vous séduire.

 

C’est Noël, c’est cadeau 🎁

Rien Que Du Bruit : 12 numéros cette année. 78 abonnés. La formule payante, sans obligation, n’a fait que peu d’adeptes pour l’instant. Comme c’est bientôt Noël, et qu’il me reste quelques exemplaires du journal MIXTAPE, allez, je l’offre à tout nouvel abonné payant (offre valable jusqu’au 15 janvier). MIXTAPE est normalement vendu 12 €, et je vous offre aussi les frais de port. Noël, je vous dis !

Et pour les dix plus rapides, en plus, un de mes livres au choix : L’été entre deux sommeils50 nuances de générateurs ou L’appel de Londres, dans la limite des stocks disponibles (attention, pour L’appel de Londres, il s’agit de mes exemplaires auteur, les stocks sont très limités ! Premiers abonnés, premiers servis 😉).

Enfin, pour tous, et jusqu’au 31 décembre, une remise de 20 % sur l’abonnement, en cliquant ici !

(je contacterai par mail les nouveaux abonnés pour le choix des livres)