Catégorie : journal

  • Journal des jours · 10 mai 2026

    Chaque dimanche, le journal de la semaine.

    COURAGE !

    Courage ! On te balance ça à tort et à travers, ces jours-ci. Tu pars bosser ? Courage ! Tu sors t’entraîner ? Courage ! Tu te lances dans un nouveau projet ? Courage !…
    Courage ! Courage ! Courage ! Ça ne serait pas plutôt de la lâcheté, qu’on exprime de la sorte ?
    Parce que c’est quoi, le courage ? C’est affronter l’adversité. C’est se battre pied à pied sur le champ de bataille ou pour ses idées. C’est garder la tête haute face à l’humiliation quand on sait qu’on est dans son bon droit. C’est ne pas courber l’échine et ne jamais s’avouer vaincu ; c’est se relever toujours. Le courage, c’est savoir dire non, et tenir tête à la meute. C’est savoir aussi quand s’incliner, savoir reconnaître ses erreurs. Le courage, c’est regarder en face ses démons ; c’est accepter ses échecs et essayer d’apprendre de ceux-là. C’est savoir quand s’arrêter. C’est affronter la maladie, se confronter au deuil. C’est connaître ses forces et ne pas mésestimer ses limites. C’est accepter les vérités qui dérangent…
    Parce qu’on a la flemme et qu’il faut bien sortir pour faire les courses, ne nécessite pas de courage, mais juste un peu de volonté. Quand tout se passe bien au travail, et même si on s’y ennuie ferme, s’y rendre chaque matin n’a rien de courageux, d’autant qu’on est payé pour ça.

    Le travail de sape de la langue a depuis longtemps commencé : courage ne désigne plus le courage, mais le découragement. La bête immonde, qu’on reconnaît à ses chemises brunes, réinvente partout la novlangue. De l’autre côté de l’Atlantique, un président dit Paix quand il veut dire Guerre. Chez nous aussi, on tord les mots et on inverse les valeurs. On a des vérités alternatives, et des indignations à géométries variables. Les mots qui nous servaient de socle désignent désormais une chose et son contraire. On ne se comprend plus, tandis que dans l’ombre, ceux qui attisent les passions tristes se frottent déjà les mains.
    C’est lorsqu’ils auront réussi à nous diviser, lorsqu’ils accéderont à leur tour au pouvoir, quand nous aurons définitivement perdu notre boussole ainsi que nos repères, qu’il nous faudra faire preuve de courage, et nous ne saurons plus ce que cela veut dire.


    L’échangeur

    Mon esprit est ainsi fait qu’il est sans résistance devant ces agrégats de rencontre, ces précipités adhésifs que le choc d’une image préférée condense autour d’elle anarchiquement; bizarres stéréotypes poétiques qui coagulent dans notre imagination, autour d’une vision d’enfance, pêle-mêle des fragments de poésie, de peinture ou de musique. (…) Une de ces concrétions — un de ces échangeurs plutôt, riches d’images entretissées — s’est formée pour moi, aussi loin que je remonte dans ma mémoire, autour du château et de sa clairière: le noyau qu’il enrobe ne m’est pas plus accessible aujourd’hui que la fleur originelle dans la fontaine pétrifiante.(Julien Gracq — Les eaux étroites)

    Je vous ai parlé l’autre jour de ma forêt profonde… Forêt primaire, devrais-je dire : c’est là que sont mes racines, dans ce lieu de l’enfance où j’ai toujours su revenir pour y trouver refuge. C’est un assemblage d’endroits visités, qui, par petites touches impressionnaient l’enfant, jusqu’à former en lui ce lieu unique, et forcément un peu magique, qui est à la fois partout et nulle part. Si je décide de le chercher, alors il se dérobe. Mais d’autres fois, il surgit sans crier gare : dans mes rêves, bien souvent, ou au cours d’une balade solitaire dans les bois, au détour d’un sentier depuis longtemps envahi par la végétation et que je décide d’explorer tout de même, mu par une force qui agit sur moi plus sûrement qu’un aimant.
    Le soleil qui perce la canopée pour baigner la clairière a une lumière particulière que je reconnais entre mille. Le chant des oiseaux réveille en moi des mélodies entendues ici autrefois. Il y a quelque part, peut-être invisible à cet instant, mais je sais qu’elle est là, une demeure abandonnée. La porte d’entrée a été forcée, et les murs sont couverts de graffitis. Le carrelage est fendu, arraché par endroits. Un feu a été allumé au milieu de la pièce principale ; une odeur de cendres flotte encore dans l’air. Le plafond est troué, et à travers les interstices laissés par les tuiles arrachées sur le toit, des rayons du soleil tracent des traits de lumière dans l’obscurité dont je me persuade qu’ils me foudroieraient s’ils devaient me toucher.
    Cette bâtisse devrait me faire peur, du haut de mes dix ans, mais elle me fascine au contraire. J’y devine des rituels ici pratiqués, d’étranges rencontres qui y ont eu lieu à la nuit tombée, des créatures fantastiques, bien vivantes dans mon imagination, qui s’y sont croisées.
    On dit de moi que j’ai une nature mélancolique, et ça veut souvent dire fragile. Tout au contraire, cette propension au rêve, c’est la force qui me maintient debout.
    L’homme et l’enfant marchent ensemble, sous ces frondaisons délicates où le temps ne passe pas, jamais tout à fait absent au monde, ni tout à fait étranger à moi-même.


    Je ne sais pas pourquoi j’écris

    Je ne sais pas pourquoi j’écris.
    À 17 ans, je savais pourquoi je voulais être dans un groupe de rock : frasques et pulsions adolescentes.
    Déjà, quand en 1982, la France se pâmait devant Sophie Favier, moi, du haut de mes 15 ans, dans la torpeur de mes nuits moites, je faisais danser sous mes mains Margaux Hemingway et Pauline Lafont. La France bougeait mollement sur Vacances j’oublie tout, je pogotais sur le cadavre encore tiède de Claude François, au son des Clash et des Pistols. Le punk, j’avais pris le train en marche, juste à temps pour croire que tout était possible.
    Finalement, c’est l’écriture qui a pris le relais. Ça, je n’avais pas besoin d’apprendre : j’écrivais depuis l’enfance.
    Toujours un livre à la main, d’abord je recopiais. Puis je copiais laborieusement. Enfin, j’imitais, suffisamment mal pour qu’on me prête un style qui n’appartienne qu’à moi.
    J’ai saigné sur mes pages, me demandant souvent pourquoi je m’infligeais une telle corvée, enfermé, solitaire, quand d’autres jouaient au foot ou s’éclataient en boîte.

    Je n’ai jamais trouvé la réponse. Pas plus aujourd’hui qu’hier. Ce que je sais, en revanche, c’est qu’il y a toujours en moi un petit garçon qui avait trouvé là une manière de comprendre le monde, en posant patiemment des mots sur toutes les choses qu’il ne comprenait pas.
    L’un de mes plus beaux souvenirs d’enfance : à six ans, j’apprenais la lecture avec la méthode dite « bâ‑ba », qui associait chaque lettre à un phonème et à un mot‑image : A = abeille, B = bateau, etc.
    Une méthode très critiquée ensuite, parce qu’elle ne tenait pas assez compte du sens et du contexte lexical. Pourtant, j’en suis sûr, c’est par cet apprentissage des syllabes simples et de la construction progressive des mots qu’est né chez moi l’amour de la langue.
    Les synesthètes associent des couleurs aux lettres de l’alphabet. Je vois des formes quand j’entends ces sons : ba, be, bi,… Un charme opère, qui fait que les mots soudain se parent d’un sens caché. Ils m’ouvrent la porte sur d’autres dimensions dans lesquelles, émerveillé, je voyage le temps de l’écriture.
    Je ne sais pas pourquoi j’écris, mais je sais que je touche alors à quelque chose d’enfoui, qui remonte aux origines de ce que je suis.

  • Black Flag, Topeka ’86

    Extrait du journal d’Henry Rollins, à la date du 7 mai 1986 :

    Now I’m sitting in the hall in Topeka watching all the people file in. Last time we were here was pretty strange. There seems to be more people this time. I see this guy to my right. He’s waiting to talk to me. if I take my eyes off this book, I know he’ll start in with his thing. I have no choice in the matter. Everyday I get smarter and stronger.1


    J’étais dans cette salle, ce soir-là. C’était il y a 40 ans, jour pour jour.


    Tourné en Super-8 par David Markey, le documentaire ci-dessous retrace l’ultime tournée américaine de Black Flag en 1986. Ce document brut, mêlant captations live et scènes de coulisses, marque la fin de ce groupe fondateur du rock underground américain :


    1. Je suis maintenant assis dans la salle à Topeka en train de regarder tous les gens entrer. La dernière fois que nous étions ici, c’était plutôt étrange. Il semble y avoir plus de monde cette fois-ci. Je vois ce type à ma droite. Il attend de pouvoir me parler. Si je lève les yeux de ce carnet, je sais qu’il va commencer son truc. Je n’ai pas vraiment le choix. Chaque jour, je deviens plus intelligent et plus fort. ↩︎
  • Journal des jours · 3 mai 2026

    Chaque dimanche, le journal de la semaine.

    Ne brise pas le silence

    Longtemps, je me suis levé de bonne heure : cinq heures chaque matin. Désormais, je m’accorde un peu plus de sommeil. Mais mon réveil peut bien être réglé sur sept heures, je suis généralement debout à six heures en semaine, et presque toujours le weekend. Commence alors l’immuable rituel : j’ouvre aux chats la porte qui donne sur le jardin, où ils se précipitent aussitôt. Pendant que passe mon café, je prépare le petit-déjeuner de Laurence qui se lèvera un peu plus tard, puis je sors à mon tour pour boire les premières gorgées du café sur la terrasse, debout face au chêne centenaire qui, depuis la forêt qui jouxte la maison, occupe tout l’horizon. Je prends le temps de fermer les yeux, de me laisser envahir par le calme du village encore à peu près endormi. Une brise fait parfois danser les feuilles des arbres, et les oiseaux, au printemps, se répondent de loin en loin. Bientôt, tout mon espace sonore est envahi par les bruits de la nature, et, si je veux bien alors m’abandonner un peu à la méditation, je me sens, l’espace d’un moment trop fugace, partie prenante, en communion avec elle. De retour dans la maison, je me dirige sans bruit jusqu’à mon bureau, et, après avoir lu quelques pages pour me mettre en route, après avoir fini mon café désormais tiède, j’ouvre mon journal et je commence d’écrire. Le silence m’accompagne encore. Il ne faut pas briser le silence. De loin en loin, des voitures descendent l’avenue, mais ce sont encore des bruits étouffés qui me parviennent sans gêner ma concentration, qui ressemblent au ressac des vagues. À un moment, je sais que Laurence ne va pas tarder à se lever. Je vais à la cuisine pour faire chauffer l’eau de son thé, avant de retourner écrire. Déjà, le charme est presque rompu. Le jour est levé depuis longtemps. Les voitures se pressent désormais dans l’avenue, et je n’entends plus les oiseaux. Le réveil sonne dans la chambre. J’entends Laurence qui se lève. Il est huit heures. J’écris encore un peu, avant de la rejoindre dans la cuisine.


    Essaie un peu de faire semblant !

    Ça commence comme ça : de bonnes résolutions, généralement prises la veille dans un moment de désœuvrement mêlé de culpabilité, pour avoir procrastiné tout le jour. On s’est levé avant même le réveil calé sur 7 h, et c’est une demi-heure — déjà ! — de gagnée sur le planning. La tasse de café à la main, debout sur la terrasse en compagnie des chats, contemplant le chêne centenaire qui nous fait face, on se demande quel enseignement il pourrait aujourd’hui nous offrir. Rien ne vient, mais ça n’est pas grave, et de toute façon, il fait un peu froid : on rentre. Nous voici maintenant assis devant l’ordinateur portable, nos notes sont devant nous, nos doigts sur le clavier et nous sommes à un clic d’ouvrir le logiciel de traitement de texte, seulement… seulement, on se sent fatigué, et par réflexe, on décide de regarder sur l’application dédiée du téléphone notre score de sommeil. Celui-ci n’est pas bon, mais on ne le saura que plus tard, une fois assouvie la soif d’information qui nous conduit sans même nous en rendre compte à ouvrir l’application de notre journal préféré pour parcourir les titres de la nuit, puis nos mails par acquis d’inconscience, et vérifier, tant qu’on y est, sur le site de La Poste, si le Colissimo qu’on attendait arrivera aujourd’hui ou plutôt lundi. Le réveil sonne, mais ça n’est pas celui de 7 h. Il est 8 heures et c’est Laurence qui se lève. Allons bon ! 8 h ! On referme l’ordinateur portable, et on la rejoint dans la cuisine. « Tu ne devineras jamais ce qu’a dit Trump cette nuit ! » Mais pour le moment, elle voudrait simplement boire son thé, qui est trop chaud, parce qu’on a oublié de le préparer pour elle avant qu’elle ne se lève. « Tu écrivais ? » On répond par une pirouette, un « mouais… » qui peut laisser entendre qu’on a essayé, mais que l’inspiration n’est pas venue, quand on sait bien qu’un truc pareil, l’inspiration, ça n’existe pas. On écrit, ou on n’écrit pas. Point. Du coup, on déjeune et après on devrait retourner au travail, mais d’abord la vaisselle, d’abord la douche et les dents, et puis tiens, il n’y aurait pas une lessive à faire ? Il va faire beau aujourd’hui ? On déverrouille le téléphone, l’application météo est à un clic… Mais hop ! Une notification, Trump, again !, et un mail… et un SMS… Tu fais quoi, là ? Je réponds à un message, attends. Et la météo ? La météo ? Ah oui, la météo ! La lessive étendue, il est bientôt midi. On a finalement trop peu dormi (score de sommeil passable, on vérifie enfin l’application Santé), alors après le déjeuner, la sieste qu’on s’accorde est bienvenue. Ensuite, au boulot, hein ! Ensuite, on lit un peu, pour se mettre en jambes. On décide d’aller marcher, aussi. C’est bon pour les neurones, et c’est bon pour le cardio. De retour, une heure plus tard, le linge est sec. Il faut le rentrer, le plier, le ranger. Après, on va écrire, et on va voir ce qu’on va voir. Seulement, il y a encore des mails à lire, et il est déjà presque 19 h quand on regarde ses notes et le planning qu’on s’était fixé…


    Plus tard, en fermant le volet, il m’a semblé entendre le chêne soupirer. Ce n’était que le vent.


    Mon île

    Quand rien ne vient, rien ne vient. Plutôt que de s’agiter inutilement, pourquoi ne pas cultiver l’ennui ? La méditation m’a appris cela : ne rien faire et s’asseoir, les yeux dans le vague, est un privilège que l’on s’accorde trop peu.

    La méditation ne m’a rien appris que je ne savais déjà intuitivement : parce que j’étais un enfant solitaire, j’ai toujours eu un penchant pour la rêverie. Dans les moments difficiles, elle me permettait de m’échapper loin, sans bouger de là où je me tenais. Adolescent, j’ai découvert chez les surréalistes qu’elle pouvait être créative.

    Rêverie n’est pas le mot qui convient : je ne m’imaginais pas galopant à travers le Far West ou traversant les mers sur quelque vaisseau pirate, non. Je gardais ça pour la nuit. Le jour, c’était un abandon à soi, libéré du langage et des pensées parasites. Je rejoignais un lieu qu’on dirait primordial, à défaut d’autre mot ; le lieu où jaillit la conscience.

    Je n’en connais pas les contours, et il n’apparaît sur aucune carte. Comme l’île de la série Lost, ses coordonnées peuvent changer pour échapper à ceux qui le cherchent pour de mauvaises raisons : il faut une âme pure pour le rejoindre, et, lorsqu’on y parvient, il ouvre un passage dans le temps. Il prend pour chacun une forme différente. Pour moi, c’est une clairière au cœur d’une forêt1.

    Si je me concentre assez, je vois, assis à l’ombre d’un arbre, caché par la végétation, un garçon plongé dans un livre, qui fait mine de ne pas entendre les adultes qui l’appellent. Il n’entend pas davantage les cris ou les pleurs, comme il ne voit plus les drames qui se nouent devant lui. Dans cette clairière, il est bien. Je n’ose pas le déranger. Je devrais peut-être lui dire qu’il n’a pas à s’en faire. C’est inutile. Il porte en lui toutes les réponses.

    « Eh bien, ça alors ! » (James Ford, dit Sawyer, dans la série LOST)

    1. J’ai déjà évoqué cette clairière ici. ↩︎
  • Pour la centième, quelque chose d’un peu différent.

    La journaliste et autrice Anne-Sophie Barreau m’a invité à écrire un texte de fiction à partir de ses photographies, pour un projet à venir. Avec son accord, voici le texte que ses images ont fait naître.

    Signal/Bruit #100 est disponible en ligne. Abonnez-vous pour recevoir chaque mois ma newsletter dans votre boite mail (c’est gratuit !).

  • Notes d’atelier #10

    14 décembre 2025 :

    J’ai des idées de théâtre, depuis quelque temps et l’esquisse incertaine d’un grand roman métaphysique fantastique et gueulard, qui m’est tombé dans la tête il y a une quinzaine de jours. Si je m’y mets dans cinq ou six ans, que se passera-t-il depuis cette minute où je t’écris jusqu’à celle où l’encre se séchera sur la dernière rature ? Du train dont je vais, je n’aurai fini la Bovary que dans un an. Peu m’importe six mois de plus ou de moins ! Mais la vie est courte. Ce qui m’écrase parfois, c’est quand je pense à tout ce que je voudrais faire avant de crever, qu’il y a déjà quinze ans que je travaille sans relâche d’une façon âpre et continue, et que je n’aurai jamais le temps de me donner à moi-même l’idée de ce que je voulais faire. (Gustave Flaubert, lettre à Louise Colet, nuit du 8 au 9 mai 1852)

    Flaubert encore ! Il y a plus de Flaubert que de moi dans mon journal d’atelier ! Je ne lui arrive pas à la cheville, et d’ailleurs, il est mort à 58 ans, laissant une œuvre colossale derrière lui, et moi, au même âge, j’ai quoi ? Un récit, un roman et une poignée de nouvelles.

    Parti comme je l’étais il y a un an, je pourrai tout aussi bien être mort aujourd’hui. J’ai gagné une victoire peut-être décisive sur la maladie. Je ne sais pas combien de temps il me reste, mais je sais que ce temps est précieux. Et si écrire est ce qui me donne le goût de vivre, je dois m’y consacrer, sinon à temps plein (oh ! Contingences matérielles !), du moins je dois lui accorder tout le temps que je peux.

    Les trois principaux livres qui m’occupent en ce moment, je dois les mener de front si je veux rapidement des résultats. Simplement, je dois m’habituer à changer de focus, pour pouvoir, le temps d’une séance d’écriture, ou même plusieurs jours, me consacrer prioritairement à l’un plus qu’aux autres. Les trois sont suffisamment différents pour qu’aucun ne contamine les autres, ne leur nuise ou ne les cannibalise !

    16 décembre 2025 :

    Déjà cent pages de Babylone dévastée 1relues et corrigées. Quelques améliorations notables apportées ici et là, mais l’ensemble se tient toujours très bien. Je comprends le refus de la maison d’édition à qui je le destinais, mais je m’en désole. Quelqu’un voudra-t-il de ce texte ?

    Je me décourage inutilement. Je verrai bien, quand j’enverrai le manuscrit, qui me répond.

    18 décembre 2025 :

    J’ai toujours vu le but se reculer devant moi, d’années en années, de progrès en progrès. Que de fois je suis tombé à plat ventre au moment où il me semblait le toucher. Je sens pourtant que je ne dois pas mourir sans avoir fait surgir quelque part un style comme je l’entends dans ma tête et qui pourra bien dominer la voix des perroquets et des cigales.(Gustave Flaubert, lettre à Louise Colet, 12 juin 1852)

    29 décembre 2025 :

    Ne te laisse pas tant aller à ton lyrisme. Serre, serre, que chaque mot porte.(Gustave Flaubert, lettre à Louise Colet, 1er septembre 1852)

    J’ai presque terminé la relecture du manuscrit de Babylone dévastée. Du lyrisme, il y en avait parfois, que je me suis attaché à gommer.

    Il me reste à écrire quelques paragraphes à la toute fin du livre pour expliciter un peu mieux le rôle et l’importance d’un des personnages dans le récit. Tout est clair pour moi, mais peut-être pas pour le lecteur.

    Ce travail terminé, je reporterai au propre toutes mes corrections, et le texte sera prêt à être envoyé.

    À qui ? Surtout : qui voudra le lire ? A-t-on besoin d’un roman post-apo de plus ? A-t-on seulement besoin d’un roman de plus ?! Cette dernière pensée devrait paradoxalement me rassurer !

    Je prévois d’occuper tout janvier à l’écriture d’une nouvelle de SF, ainsi qu’à la note d’accompagnement et à l’envoi de Babylone dévastée.


    1. Babylone dévastée : le nom de code de mon roman post-apo. Par superstition, et aussi parce que je trouve ça cool, j’essaie de donner un nom de code à chacun de mes projets. ↩︎