structures/espace

Organiser le chaos. Identifier les structures, les patterns. Parfois les couleurs évoquent des sons, une rythmique, le jazz.
Plongée pour quelques trop courts jours dans Paris ; expos, la claque Basquiat, ébullition d’idées, d’envies.
Envie d’un nouveau projet multimédia qui mêlerait texte, musique et vidéo. Musique, bruitage, ambiance sonore ; Brian Eno et le sampling comme influences. Vidéo ou photos, image par image ou stop motion : je pense à La Jetée de Marker, évidemment.
Écoute ces jours-ci en podcast d’épisodes de 2017 des Chemins de la philosophie consacrés à la Divine Comédie.
Le soir quand je m’allonge, ma tête laissée libre est un chaudron où se mêlent les sources. Un dialogue s’instaure entre Dante, « Il sommo poeta », et Basquiat, l’enfant radieux. Chris Marker semble filmer tout ça, au plus près. La ville chante en rythme. La ville a des ramifications multiples, infinies. Ma mémoire est saturée d’images, les murs de mon crâne tapissés d’affiches arrachées, de graffitis et de signes. La ville est mon sujet.


Photo : Fondation Louis Vuitton, Paris, novembre 2018

Kerouac, Ginsberg, Dylan

 

Once I went to a movie
At midnight, 1940, Mice
And Men, the name of it,
The Red Block Boxcars
Rolling by (on the Screen)
Yessir
life
finally
gets
tired
of
living—

On both occasions I had wild
Face looking into lights
Of Streets where phantoms
Hastened out of sight
Into Memorial Cello Time

Kerouac — Mexico City Blues, 54th Chorus


Allen Ginsberg et Bob Dylan devant la tombe de Jack Kerouac. Ginsberg lit un extrait de Mexico City Blues, de Kerouac, recueil de poèmes écrits au Mexique sous influences : jazz be-bop et marijuana.

«… Le vieux Bill Gains habitait en bas… Je venais tous les jours avec ma marijuana et mon carnet. Bill marchait à l’opium. Je devais chercher l’opium dans les bidonvilles chez Tristessa. C’était elle notre contact. Bill était assis dans un fauteuil, dans son pijama pourpre, bougonnant à propos de la civilisation minoenne et de fouilles… Je me suis assis sur son lit et j’ai écrit ces poèmes. Et certaines de ses paroles transperçaient tout. Comme le 52e Chorus. Nous nous prélassions tout l’après-midi. Il parlait très lentement et j’ai pu tout noter. Il était content. Quand je lui ai montré ce que j’avais écrit, il s’est écrié: Oh mince! C’est bon.»

(interview tirée du recueil de Ann Charters, Kerouac le vagabond, Gallimard, «Du monde entier», 1975)

Mezcal y cigarrillo

 


Tony et Sue veulent savoir où j’ai appris à parler leur langue, et comme souvent les Anglais, tous deux affichent une mine contrite quand je leur parle de mon année aux États-Unis, comme si je venais de révéler avoir souffert d’une grave maladie, dont j’étais désormais guéri. Sue s’étonne que je sois si souvent venu à Londres et me demande, curieuse, ce qui m’attire ici, et je suis bien en peine de lui répondre.
C’est une chose ancienne qu’accompagne un sentiment joyeux teinté de nostalgie, comme le souvenir d’un bonheur révolu, un soleil qui perce dans un ciel obscurci de nuages sombres ; c’est un soulagement et un poids. C’est une chose qui remonte à la prime enfance, à un temps du début des temps, une chose dont l’origine est dans ma préhistoire, qui remonte au temps de mon père qui à 16 ans avec son père entend depuis Le Caire l’appel de Londres en juin 40 et s’engage aux côtés des Anglais. C’est, bien plus tard, mon père encore qui m’emmène aux Marches du Val de Marne dont il est l’un des organisateurs, une compétition sportive où se retrouvent chaque année des militaires de tous pays. Ce sont les soldats britanniques qui m’embarquent avec eux, j’ai peut-être 8 ans, et c’est sur leurs épaules que j’accomplis fièrement les derniers kilomètres de l’épreuve. C’est, dans les mêmes années, à la Maison de la radio, à une vente de charité au profit de la France Libre, le stand anglais devant lequel je reste comme interdit, fasciné par les objets proposés, mélange improbable de kitch et d’élégance, vidant mes poches pour m’offrir un petit carnet rouge et or, que je garderai longtemps passé le temps de l’enfance. Ce sont les livres, l’apprentissage de la lecture et ce souvenir ébloui que je porte encore du premier texte, à six ans, lu seul de bout en bout, un texte anodin et peut-être sans qualité, sinon celle merveilleuse d’avoir allumé une flamme qui plus jamais ne s’éteindra. Le livre raconte les aventures d’un petit pantin de bois au costume coloré et à la voiture jaune, et après Oui-Oui, ce sera le clan des sept, le club des cinq et bientôt les aventures de Benett et de son ami Mortimer au sein d’un pensionnat anglais, toutes des séries des bibliothèques rose et verte, signées Enid Blyton ou Anthony Buckeridge. Ce sont les disques des Beatles, enfin, oubliés par mes frères depuis longtemps partis, que j’écoute en silence pour me rapprocher d’eux, les pochettes scrutées des heures durant, recherchant dans ces images une innocence perdue, reconstruisant par bribes la mémoire d’un temps heureux, un temps qui précède mes dix ans, l’ébranlement intime qui viendra tout détruire ; un temps d’avant le divorce de mes parents.

(Un extrait de L’appel de Londres, éd. publie.net)


Photo : Londres, Borough market, janvier 2018

Revue La Piscine n°3

🆕 Parution du numéro 3 de la Revue La Piscine #RevueLaPiscine :
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Un pub, quelque part dans Londres, un soir de janvier 2018

[PUBLIE.ROCK] 40 ans de The Cure : pourquoi lire J’ai été Robert Smith de Daniel Bourrion

The Cure célèbre cette année ses quarante ans de carrière, l’occasion pour ceux qui ne le connaissent pas de découvrir ce chouette livre de Daniel Bourrion publié en 2012 dans la collection publie.rock.

Pour nous qui avons grandi dans les années 80, Robert Smith est l’une des figures qui nous ont guidés jusqu’au sortir de l’adolescence, le grand frère à qui on s’identifiait, émergeant de la sombre grisaille de la fin des seventies et du West Sussex de l’Angleterre. Sa musique était mélancolique, désespérée et triste comme nos adolescences, mais avait réchappé du nihilisme punk, suffisamment pour qu’en l’écoutant on se sente rebelle sans aller jusqu’à se mettre véritablement en danger.

C’est de cette adolescence-là dont il est question, bien plus que du leader des Cure, dans le livre de Daniel Bourrion, J’ai été Robert Smith :

(…) échanger sa peau sa vie avec celle d’une star, qu’on s’imagine ça et que l’on comprenne qu’il y avait là une sorte de rêve fou et d’absurdité totale dont on n’avait pas le moins conscience, certain alors que c’était là que se ferait la sortie de la vallée et de la terre aux sillons hauts dont on voulait tant s’échapper (…). Face à l’ennui, face à un avenir que l’on nous promettait difficile, dans un monde où le Sida venait d’apparaître, un monde frappé (déjà !) par la crise économique, un monde en guerre froide, un monde revenu de tous ses idéaux, que nous restait-il alors pour rêver, sinon (…) la légende dorée qu’on s’inventait au lycée des heures durant vautré sur les mauvais fauteuils aux teintes passées usées par des fesses et des fesses à jeans toujours pareils (…)

Les phrases coulent et nous entraînent sur les traces d’un passé proche et pourtant définitivement dépassé, où l’on s’achetait un walkman pour écouter nos cassettes métal ou ferrochromes, Dolby NR, le temps des premières virées et des premiers défis, le temps des premières bitures aussi. C’est toujours la même histoire, en vérité, les idoles et le folklore changent, mais la blessure reste la même, d’une génération l’autre, qu’on ait grandi en Lorraine, à Paris ou ailleurs.

New York City, Sunday morning

 

Dimanche matin. Tout est calme. New York voudrait nous retenir.
Hier encore, nous marchions sous la pluie, remontant la 9ème avenue.
Les lumières de la ville se reflétaient dans les flaques et rien ne semblait devoir finir.


Photo : New York, dimanche 19 août 2018
Musique : Sunday Morning, © The Velvet Underground.