Apple. Computer.

Une pomme. Un ordinateur. Un appareil photo. Pardon 🙂

Représentation de l’auteur en dispositif mécatronique

Humeur du jour : agréable pour la saison, avec quelques passages nuageux.

Bande-son : SPEKTRMODULE 57.

Lecture en cours : David Lynch, L’espace du rêve. La vie est un mirage. L’univers est un donut. J’en suis là 😷

Chat confiné rêvant d’une échappée en voiture…

Une vision dans l’eau de Seltz

Londres, mars 2020

Une nuit que j’étais
À me morfondre
Dans quelque pub anglais
Du cœur de Londres
Parcourant l’Amour Monstre de Pauwels
Me vint une vision
Dans l’eau de Seltz…

(Serge Gainsbourg)

Un jour que j’étais dans quelque pub anglais du cœur de Londres me vint l’idée de prendre en photo les passants depuis la fenêtre me faisant face. Une jeune femme passa, je déclenchais deux fois l’obturateur de mon appareil. De retour en France, un moment que j’étais à me morfondre confiné chez moi, me vint une vision : fusionner les deux photos. Pour finir, j’aime assez le résultat, ce petit sentiment de déjà vu presque imperceptible.

Les arbres nous enseignent

Sognolles-en-Montois, juillet 2019

Les arbres nous enseignent une forme de pudeur et de savoir-vivre. Ils poussent vers la lumière en prenant soin de s’éviter, de ne pas se toucher, et leurs frondaisons se découpent dans le ciel sans jamais pénétrer dans la frondaison voisine. Les arbres, en somme, sont très bien élevés, ils tiennent leurs distances. Ils sont généreux aussi. La forêt est un organisme total, composé de milliers d’individus. Chacun est appelé à naître, à vivre, à mourir, à se décomposer – à assurer aux générations suivantes un terreau de croissance supérieur à celui sur lequel il avait poussé. Chaque arbre reçoit et transmet. Entre les deux, il se maintient. La forêt ressemble à ce que devrait être une culture.

Une très légère oscillation, journal 2014-2017, Sylvain Tesson


En face de cet arbre, la photographie ne le montre pas, il y a un cimetière. Dans ce cimetière perdu dans la campagne reposent mon père, mon frère et ma grand-mère. Se demandent-ils, ces jours-ci, où sont passés les vivants ?

Hors du monde confiné

Une photo prise dans un village de Seine-et-Marne, en 2014. Le monde extérieur ressemble-t-il toujours à ça ?

Aujourd’hui, regarder à nouveau cette photo me fait du bien. 

Nicolas Bouvier : Du coin de l’œil — écrits sur la photographie

En 1955, lorsqu’il arrive à Tokyo, Nicolas Bouvier survit comme il peut en écrivant des articles de commande pour la presse japonaise. Seulement, il n’aime pas ça, ce « journalisme incompatible avec la véritable écriture ». Et puis ses revenus, il les reverse pour moitié à son traducteur. Il n’arrive pas à s’en sortir.

undefinedAlors, on lui prête un appareil-photo. Il s’essaie à photographier ce qui l’entoure. Ses photos plaisent, les journaux les lui achètent, et ils en redemandent. Son œil d’Occidental révèle un Japon que les Japonais ne voient plus. Nicolas Bouvier abandonne le journalisme et, du jour au lendemain, devient photographe. 

Ce recueil propose l’ensemble des textes écrits par Bouvier autour de la photographie, tout au long de sa vie. Bouvier n’a jamais vraiment théorisé sa pratique photographique, et il s’agit ici pour la plupart d’articles de circonstance ou de textes de commande, mais cela n’enlève rien à leur intérêt. 

Ainsi, l’auteur revient longuement, et à plusieurs reprises, sur son activité d’iconographe, un métier qu’il exercera une bonne partie de sa vie, qui consistait à courir aux quatre coins du monde, visitant des musées ou des bibliothèques, photographiant des œuvres ou des illustrations anciennes dans des ouvrages rares, en fonction des commandes qu’on lui passait.

Un métier qu’il nous fait découvrir avec passion, et qui aujourd’hui, à l’heure où sur Internet tout est disponible à toute heure, a le charme nostalgique des métiers anciens qui ont disparu.

« Je suis dilettante en tout », écrit Bouvier. « Je fais des photographies sans être photographe, et j’écris de temps en temps sans être véritablement écrivain. Je crois que si je devais me prévaloir d’une spécialité, j’opterais pour celle de voyageur. »

Style vif et fin, écriture admirable. Bouvier, voyageur avant tout ; voyageur plutôt qu’écrivain, dit-il. Mais quel écrivain tout de même !


Nicolas Bouvier : Du coin de l’œil — écrits sur la photographie, aux Éditions Héros-limite.