La pierre et la roche

La sagesse des pierres

Balade à pied dans la campagne. S’échapper du bruit du monde. Prendre le temps, simplement ça.

Comme nous sommes

Comme nous sommes aujourd’hui. Meurtris. Usés. Rouillés.

L’avenir semblait radieux, pourtant, le monde une promesse.

Et si le monde nous a été livré, nous avons vu son vrai visage. Un monde impitoyable, où on ne retient pas les coups.

Notre jeunesse a passé. Le temps a laissé ses marques. Nos blessures sont nombreuses, profondes, mais nous nous dressons encore. Meurtris, oui. Usés, certes. Sonnés, peut-être, mais prêts à en découdre. Encore debout, et pour l’heure, invaincus.

J’écris du point de vue du rêve

 

J’écris sur l’amour du point de vue du rêve, de magnifiques petits mondes perdus dans un bain de vapeur, un oeil toujours sur la mélodie et l’autre tenant à distance une humeur maussade

ton corps cristallise des fragments de solitudes
tu sembles incroyablement calme, pourtant,
les nuits comme celle-ci
une promesse dans les moments d’incertitude

un torrent d’émotions nous embrase,
passions aux éclats mystérieux,
nous sommes tous un peu meurtris par la vie
mais le bruit à l’intérieur de nos têtes se noie dans la perte de soi

L’arbre du silence

Confiné, certes, mais je travaille toujours. La librairie est fermée, cependant nous proposons le retrait des commandes en magasin. Si vous habitez Montpellier ou pas loin, que vous chercher un livre, c’est par ici pour commander.


En ce moment, le matin, des travaux d’élagage ralentissent la circulation. Alors, quand je suis à l’arrêt, j’en profite pour regarder ce paysage familier que je ne vois pourtant d’habitude qu’en passant, en vision périphérique. J’en prends rapidement une ou deux photos, puis, la fenêtre ouverte, je profite de l’étrange silence d’une route sans voiture.

La vision des arbres m’apaise. L’arbre du silence porte les fruits de la paix, dit un proverbe arabe.


L’Amérique vote aujourd’hui. Ce pays que j’ai tant aimé n’en finit plus de se déchirer. JD Barnes, photographe, documente l’époque. « On dit qu’une photo vaut 1000 mots. J’espère que mes photos sont comme des dissertations écrites », dit-il. Complètement autodidacte (il dit avoir tout appris par la pratique et les tutos glanés sur YouTube), il a commencé comme mannequin, mais n’ayant pas les moyens de se payer un photographe pour constituer son book, il s’achète un appareil bas de gamme et réalise lui-même ses photos. Il perd l’usage d’un œil à la suite d’une infection, et abandonne alors le mannequinat pour se consacrer à la photo de mode, dans laquelle il excelle. 

Mais il brille aussi dans la photo de rue, et chacun de ses clichés est d’une justesse incroyable.

Je suis toujours à la recherche du bon moment pour déclencher l’obturateur de mon appareil. Quelque chose qui aura un impact et qui racontera l’histoire. Il faut simplement être prêt quand les choses prennent tout à coup vie.

Au cours des derniers mois, il est sorti presque chaque jour pour documenter les manifestations. Sans fausse modestie, il a conscience de la puissance de ses photos : 

Ces images iront potentiellement dans les livres d’histoire, lorsqu’on racontera les évènements de 2020. Vous pouvez sentir l’émotion, l’énergie présente dans ces moments-là. C’est mon but avec la photographie : je veux que le spectateur ressente quelque chose. Et s’il ne ressent rien quand il regarde vos photos, c’est, je crois, que vous n’êtes pas un bon photographe.

Truth be told: JD Barnes knows the power of a single shot : l’article au complet est à lire là (en anglais).


Dans la dernière itération de mon infolettre, j’ai proposé une nouvelle fantastique. Si vous n’êtes pas abonné, vous avez cependant la possibilité de la lire en ligne ici. N’hésitez pas à me dire ce que vous en pensez.

Halloween ! Halloween !

 THIS IS HALLOWEEN ! (Danny Elfman)

Boys and girls of every age
Wouldn’t you like to see something strange?

Come with us and you will see
This, our town of Halloween

This is Halloween, this is Halloween
Pumpkins scream in the dead of night

(…)

In this town we call home
Everyone hail to the pumpkin song

Et puis, partir…

Prendre la route et partir. Déguerpir. Décamper : filer au plus vite, parer au plus pressé.

S’absenter d’un monde devenu fou. Sortir d’un quotidien qui n’en peut plus. S’enfuir. Quitter la ville. Ficher le camp, dévisser. Se faire la malle, sans passeport ni bagage ; se carapater, ailleurs, dans les Carpates, pourquoi pas ? Incognito, embarquer sur un cargo, destination Terra incognita. Se casser, pour ne pas être brisé : se sauver, et sauver sa peau. Se tirer, se retirer : disparaître, pour mieux se retrouver. Aller de l’avant, prendre du recul. Sauter à pieds joints dans l’ailleurs. S’évaporer dans la nature. S’éclipser sous la Lune. Se cavaler, détaler comme un lapin. Surgir autre part, un homme nouveau. Marcher alors, se perdre dans la forêt, jusqu’à trouver des chemins de traverse. Retrouver l’espoir. La vie. La joie.

Se poser, enfin. Se reposer. Et repartir.

Les arbres nous regardent passer

Indifférents, sans doute, à nos malheurs, les arbres nous regardent passer.

Endorphine

La salle de sport est fermée, et c’est là que je vais certains jours faire un peu d’exercices. Si j’y vais assez tôt le matin, je suis sûr de ne croiser personne. Non pas que je n’aime pas les gens, simplement j’aime ces moments privilégiés, de solitude, (presque) dans la nature.

Je peux me trouver mille bonnes excuses pour ne pas sortir (ce matin, par exemple, il pleuvait légèrement). Je sais que j’aurai tort de trop m’écouter. Petites foulées. Premiers mouvements. Le souffle se cale sur le rythme de l’effort. Le corps en mode automatique prend la main, les pensées de surface s’échappent. Les muscles travaillent et l’esprit se libère des limites. Sentiment de paix intérieure. Après, je suis fourbu sans doute, mais plus solide, en symbiose avec le monde qui m’entoure. Tout semble peut-être plus facile. Ça ne dure pas, le shoot d’endorphine : la substance morphinique endogène se dilue assez vite dans l’organisme, mais c’est suffisant pour continuer d’aller de l’avant.

(Bad) news

Dimanche matin, la rue jonchée de gobelets vides et de verres en plastique. Il y a pourtant des poubelles à 10 m de là. Misère… Mais au moins, pas de masques par terre (pas cette fois).


Un vieux livre de SF (enfin, un peu plus jeune que moi, de quelques semaines), retrouvé par hasard dans le garage. Je pioche quelques lignes dedans, me laisse prendre, mais quand je tente une lecture linéaire, le livre me tombe des mains. Me vient alors une idée. Je sors de la bibliothèque quelques vieux bouquins, je les ouvre au hasard : je relève ici une formule, là, un mot, plus rarement une phrase complète. Je recopie, modifiant au passage le sens, changeant des mots, mixant les phrases d’un livre à l’autre. Je sample, en quelque sorte. Quelque chose germe, que je n’arrive pas encore tout à fait à formuler.

J’ouvre une page vierge de mon traitement de texte, et j’y reporte fébrilement mes notes, tout à mon excitation créatrice. Je n’y suis pas encore tout à fait. 

Une photo prise l’autre jour, que je réservais pour ici, m’a inspiré une suite de mots. J’en note exhaustivement les synonymes et les expressions dérivées, à la suite, dans le document ouvert. Un article scientifique lu ce matin me donne la clé de mon futur texte : une nouvelle, un récit fantastique on va dire, que j’espère finir pour l’envoyer par mail aux abonnés de mon infolettre, à temps pour Halloween.


On accède au monde souterrain par le tronc fendu d’un vieux frêne… Depuis toujours, l’homme confine dans le sous-sol ce qu’il craint et souhaite écarter, mais aussi ce qu’il aime et souhaite sauver. (Robert Mcfarlane — Underland).

Là, juste sous nos pieds, le temps se dilate, la roche devient liquide, la vie est un théâtre d’ombres : un monde qui tout à la fois nous fascine et nous effraie. Nous enfouissons sous terre nos déchets, nos trésors et nos morts. Dans des laboratoires souterrains, des scientifiques écoutent les étoiles et scrutent la matière noire…

J’en suis au début de ma lecture, une centaine de pages peut-être, mais ce récit, qui mêle littérature, science et récit de voyage, s’annonce captivant. Un bon gros pavé de non-fiction comme je les aime.