Dans le salon de Rosa

Assis sur le lit de notre chambre, je consulte sur mon téléphone mon compte Facebook. François Bon est lui aussi à Chicago, et à l’en croire, son hôtel n’est pas très loin du nôtre : « on doit être à 50 m, fais ohé de ton étage » commente-t-il sur une de mes photos.

Nous sortons à 19 h 30 pour rejoindre le métro, la blue line direction O’Hare, jusqu’à la station California, dans le quartier de Logan square. Nous marchons encore un bon mile, traversant d’abord un secteur résidentiel, avant d’arriver dans une zone pratiquement à l’abandon, aux habitations désaffectées, et où la plupart des boutiques sont fermées, les devantures murées. Tout cela, de nuit, n’est guère encourageant, mais à part quelques gamins en vélo, nous ne croisons personne. Enfin, après quelques blocs, West Armitage Avenue reprend un visage plus avenant, et nous arrivons bientôt en vue de notre destination, le légendaire Rosa’s Lounge. C’est un club de blues dans la plus pure tradition de Chicago, fondé en 1978 par Tony Mangiullo, un émigré italien fondu de musique, que l’on croise encore ici presque tous les soirs. Rosa’s Lounge, c’est « la Mecque du blues pour les vrais croyants » selon Rolling Stones. On y joue toute sorte de blues, depuis le traditionnel acoustique au plus électrique. Ce soir, c’est Melvin Taylor and the Slack Band qui tient l’affiche.
Melvin est un guitariste autodidacte né en 1961, dont les influences majeures sont Albert King, Jimmy Reed, Wes Montgomery et Jimi Hendrix. Un heureux mélange de rock, de jazz et de blues, teinté de soul.
Nous arrivons aux alentours de 21 h, au moment où les musiciens déchargent leur matériel. « Come on in ! Welcome to Rosa’s ! » nous disent-ils, et nous leur emboitons le pas à l’intérieur. Nous nous installons devant, près de la scène et je prends une bière — une Blue Moon, of course ! —, tandis que la salle se remplit peu peu. Le groupe s’installe, on fait les balances, et à 22 h les lumières s’éteignent et le concert commence. Trois heures trente de musique, entrecoupées d’une petite pause d’une demi-heure, ‘round midnight. Le set alterne les morceaux originaux, les standards, et quelques reprises de soul (Otis Redding, Stevie Wonder). L’ambiance est bonne, les musiciens assurent, la salle est en feu, et devant la scène des danseurs en transe se déhanchent lascivement.
Il est plus d’une heure du matin, le show devrait être fini depuis une bonne dizaine de minutes, mais voilà, Melvin aperçoit dans la salle son ami ZZ et l’invite à le rejoindre sur scène. ZZ, corpulence incroyable, costume sombre, chapeau et lunettes noires à la Blues Brothers, a une voix de crooner à faire tomber les filles aussi sûrement que le miel attire les mouches. Nous discutons avec lui après le concert. Il est charmant, nous parle un peu de Rosa’s et de son histoire. Il nous parle de sa ville, et se dit honoré de nous voir ici ce soir, mais c’est nous qui sommes honorés d’être là, avec lui. Il nous invite à revenir le lendemain : le lendemain assure-t-il, le show durera au moins jusqu’à trois heures !

Une photo par jour : 214 — 3420 W Armitage Avenue, Chicago
Fragments d’un voyage : Chicago, octobre 2013

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4 réflexions sur “Dans le salon de Rosa

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