Lecture sous surveillance

Espace sous surveillance / Out of order


Photo : Paris, Centre Pompidou Beaubourg, juin 2017

Nature morte

Quand la nature tente de reprendre ses droits…
Longtemps que je n’avais rien ajouté à mon projet « embrasures » (l’occasion aussi de tester mon nouvel appareil photo nouveau téléphone).


Photo : Vintimille, Italie, avril 2017

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London calling

(Londres, octobre 2014)

L’Angleterre, c’est ma première histoire d’amour, et c’est mon premier baiser.
Je rencontrais Alison à dix ans, au cours de l’été 1978, dans un camping de Loire Atlantique, et tombais foudroyé, amoureux au premier regard. Alison ne parlait pas français, je bafouillais tout au plus quelques mots d’anglais. Nous communiquions malgré tout, traçant nos noms dans le sable, marchant timidement l’un près de l’autre sur le bord de la plage, main dans la main, deux enfants complices jouant un jeu encore innocent devenu incompréhensible aux adultes. Je partais huit jours plus tard sans avoir pu lui dire adieu. Ce fut un long chagrin d’amour, un bleu à l’âme dont je porte encore l’ecchymose, une blessure profonde devenue douce et qu’on appelle mélancolie ; c’est un blues qui ne me quittera plus.
Deborah, je la rencontrais 6 ans plus tard. Nous étions une vingtaine d’adolescents, filles et garçons, en stage d’intégration en vue d’un séjour long à l’étranger. Deborah avait deux ans de plus que moi, et s’apprêtait à rentrer chez elle en Angleterre après trois mois passés en France. Elle avait des rudiments de français, mais s’amusait de mon anglais de pacotille, et je m’escrimais une nuit durant à la faire rire, assis sur les marches de l’escalier conduisant à nos chambres, tâchant de repousser le plus longtemps possible le moment de nous séparer, tenant timidement sa main dans la mienne sans oser encore aller plus loin. Elle riait de mes maladresses et j’aimais son sourire. Enfin, elle se blottit contre moi, et sans plus rien dire, serrés l’un contre l’autre, nous regardâmes le jour se lever. Elle fumait et notre premier baiser échangé à l’aube avait le goût de cendre des matins gris d’automne.


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Vous pourrez également me retrouver et vous faire dédicacer le livre le weekend prochain, samedi 13 mai, au Salon du livre du Grand Narbonne, sur le stand publie.net.


Oublier le monde


Photo : Paris, jardins du Palais Royal, mars 2017

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Un arbre

Lorsque le bûcheron pénétra dans la forêt avec sa hache, les arbres se dirent : ne nous inquiétons pas, le manche est des nôtres.
Pierre Marchand


Photo : Près de Montpellier, avril 2017

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Autoportrait


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Baby you can drive my car

I got no car and it’s breaking my heart
But I’ve found a driver and that’s a start

Baby you can drive my car
Yes I’m gonna be a star
Baby you can drive my car
And maybe I’ll love you


Photo : Barcelone, mai 2013
Drive my car (Lennon/McCartney)— The Beatles © SONY/ATV MUSIC PUBLISHING LLC

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La canne de monsieur Claude

Monsieur Claude est entré en coup de vent, a posé son journal, sa canne et son chapeau sur l’une des tables.
« Vous allez bien, monsieur Claude ? »
— Ça va, ça va, il a répondu en souriant à la jeune femme derrière son comptoir.

Des examens qu’il a passés, il ne dit rien, ou presque. Il est bientôt 14 h, et monsieur Claude commande un plat pour deux à emporter. Cependant qu’on prépare son paquet, il picore, goûte les fromages, les jambons, les antipasti, il va d’un coin à l’autre de la vitrine réfrigérée, passe la tête dans l’arrière-boutique pour saluer la personne qui s’affaire, là derrière : monsieur Claude est un habitué. Il traine, monsieur Claude. Il parle de tout et de rien, il questionne, fait mine de s’intéresser aux détails et écoute à peine les réponses. Il éprouve le temps, c’est tout, la légèreté relative de la vie quand les minutes s’étirent, élastiques ; il repousse encore un moment le retour à la pesanteur, au vacarme du monde, aux années qui font plier les corps, la maladie qui gagne, l’immeuble deux rues plus loin qu’il faudra rejoindre malgré tout, les escaliers à grimper, madame qui ne peut plus sortir, madame qui l’attend, son cher amour malade, à qui il sourit chaque matin comme il a souri plus tôt à la jeune femme derrière la caisse, une étincelle et des larmes en plus dans les yeux, celles de l’amour fou, qui lui font mesurer, émerveillé, le trajet parcouru et s’étonner d’être là, comme au premier jour, au seuil du grand départ.


Photo : Paris, rue Caron, mars 2017

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Un homme dans la ville

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Photo : Paris, juillet 2014

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Dreamin’ about California

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So if you’re dreamin’ about California,
It don’t matter at all where you’ve played before
California’s a brand-new game.

Larry Gatlin & The Gatlin Brothers (All the gold in California)

À San Francisco, comment ne pas aller ici ? Comment résister à l’envie de photographier, encore et encore, sous tous les angles possibles, ces structures métalliques « orange international », ces câbles enchevêtrés, Alcatraz et la Baie au loin ?
On réalise très vite que tous nos clichés sont clichés, déjà pris mille fois par d’autres, vus et revus ailleurs.
Puis on se dit que le pont peut ne pas être le sujet principal de la composition, et on se met à regarder autour ceux qui regardent le pont, ceux qui regardent ceux qui les photographient devant le pont. Et on regarde ceux qui habitent la Baie, et qui viennent là pour leur jogging dominical, sans plus même un regard pour le Golden Gate et ses touristes.


Photo : San Francisco depuis le Golden Gate Bridge, octobre 2013.

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