L’amour est mort

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Il y avait fort longtemps que je désirais vous écrire, comme on croit pouvoir rattraper les années : mon âme voulait une dernière fois se tenir entre vos bras nus. Mon corps protestait ; mes genoux fatigués peinaient à me porter plus loin ; mes yeux d’avenirs mangés par les bourrèlements ne voyaient plus dans le vent que la pluie faisant rouiller les rêves ; ces rêves, où vous occupiez jadis une place à part.
À l’aube, un téléphone sonna dans le vide sans réussir à couvrir le silence des pages blanches du livre qui n’avait pas voulu venir.
Je m’affaissai peu à peu, m’abandonnant aux ombres. Le sommeil n’arriva jamais, mais le froid, oui, qui m’enveloppa tout à fait. Pour ne pas me perdre, j’avais jeté en chemin des pierres vives, comme autant de cailloux, et je ne pouvais même plus me tourner. Qu’importe : derrière soi, on ne laisse jamais que du vide. Tout disparait sous la neige quand arrive l’hiver.


Photo : Paris – août 2016.

Licence Creative Commons

6 réflexions sur “L’amour est mort

  1. « Qu’importe, lui dit-elle, que vous ayez voulu venir ou pas. Pour moi, vous y étiez toujours. Même quand l’hiver faisait s’affaisser mon corps, que mes genoux me lâchaient, et que l’aube tardait à venir, toujours vous occupiez le silence. Et un jour, je n’ai plus eu besoin de la pluie pour couvrir le vide de votre absence – j’étais fatiguée, et je savais que vous l’étiez aussi. Et puis, j’aurais été la dernière à protester contre le froid ; en l’absence du sommeil, je pouvais regarder la neige écrire sur ce silence que nous partagions. Nos rêves perdus n’en étaient plus, et l’aube m’apparaissait enfin telle qu’elle avait toujours été : une âme, un chemin, un bourrèlement parfois certes, mais jamais inutile. J’ai écrit, et vous aussi. Et tout ce temps, mes bras vous ont senti, même à travers les pages blanches. Tout comme vous avez senti le vent d’hiver, lui qui vous aura rendu à la fois fort et faible. »

    Un clin d’œil, Philippe. Après m’être laissée bercer par tes mots, leur teinte, leur émotion. Une mise en abyme, un écho, en passant par la « cut-up machine », pas trop de réflexion, de l’automatisme plutôt. Pour le plaisir du partage. Et l’amour des mots forts. Les laisser parler. Merci Philippe.

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