Rencontre de hasard

Est-ce qu’il s’agit d’un rêve ?

Il n’y a pas d’étoile à suivre, ni même un signe, nécessairement insaisissable. Le monde est un mouvement vers l’ailleurs, une marche dans toutes les directions. Et tant pis pour la dérisoire poésie : au fou le prestige invisible des arbres sacrés.

Pour nous, le passé ne passe pas ; une vieille chimère, la nostalgie de ces lointains hivers, la lande recouverte d’ivoire où nous marchions ensemble, où nous marchons encore, inconsolés.


Photo : Paris, Musée du quai Branly, mars 2017

(photo coming soon)

Social network automatic poetry

I’m Ready Now
I saw it in the sky
Yours are the brightest eyes
I love all the details : it’s absolutely beautiful !
(photo coming soon)

Are you looking for a starter?
it’s another beautiful weekend
today is the day you will fall in love
I hope to see you
please stop by

Are you looking for a smooth closing?
Woke up at 5 AM this morning
I drove through the neighborhood,
and look what I found sitting on the front porch?
Oh Lord, let me be the one who helps you


poésie automatique à partir d’un réseau social

Recette :
1. balayer distraitement, sur le réseau social de votre choix, les pages de personnes inconnues
2. prélever ça et là des mots ou des expressions toutes faites
3. délayer grossièrement
4. saupoudrer le tout sur une page vierge de votre traitement de texte
5. c’est prêt !

Le temps s’est arrêté

Le temps s’est arrêté
Oh ! quoi, allez : quelques instants ?
J’en ai profité pour descendre
J’ai posé mes valises

Depuis, je le regarde passer


l’inaccessible

La terre tourne, tourne
et les nuages dansent
et moi je tangue dessous

survient l’improviste
un souffle
rien qu’un souffle

à peine l’esquisse d’une pensée
et je suis libre

sans titre (crâne)

pour Mingus et pour Basquiat

j’allais, la tête bien faite
tout bien rangé
chaque chose bien à sa place
j’ai fait un tête-à-queue
j’ai pris un vol-au-vent
je me suis renversé
les couleurs ont coulé
je n’étais plus le même
perdu dans l’espace
et le temps
le crâne écrasé libérant
des idées, des aplats
une poésie lyrique
sans queue
ni tête

Murder ballad

Quand je suis arrivée en ville, les hommes, tous, me tournaient autour, ils chantaient mes louanges, j’étais leur pierre précieuse, mais maintenant, c’est un autre air qu’ils sifflent, beauté fatale ils disent, maudite créature au cœur sec, mais j’ai toujours été la même, j’ai fait ce que j’avais à faire, et je suis là où je dois être. Quand je suis arrivée, ils ouvraient pour moi des bouteilles, maintenant ils me menacent des culs brisés des fioles et moi je trace ma route pareil, je sais qui m’aime et que je n’aime personne, et je sais que je finirai seule et que je finirai mal !

J’ai rencontré cette fille dans une ville que tous on connait de réputation. Le dimanche je me glissais chez elle et ensemble nous prenions du bon temps. Au début, elle disait qu’elle m’aimait, mais bientôt elle ne voulut plus de moi. Un soir nous sommes sortis pour une promenade. Après avoir roulé quelques miles jusqu’à l’extérieur de la ville, nous marchâmes en silence sous une nuit sans lune. Sitôt qu’elle me tourna le dos, je ramassais par terre un bâton et avec je frappais la belle jeune fille.
Elle est tombée à genoux et elle a imploré ma pitié : oh mon amour ne me tue pas, je ne suis pas encore prête à mourir, et elle n’a rien dit d’autre, ce furent ses derniers mots et j’ai continué à frapper jusqu’à ce que mes pieds s’enfoncent dans le sol boueux par le sang répandu.
Je l’ai attrapée par les cheveux, ses boucles dorées glissaient entre mes doigts visqueux, et j’ai tiré son corps sur la plage, je l’ai trainé dans l’eau jusqu’à n’avoir plus pied, et je l’ai regardée disparaitre, emportée par les vagues, ses grands yeux noirs qui n’avaient jamais pour moi pleurés, noyés dans l’eau de mer.
Et quand, plus tard, je suis rentré, qu’on m’a interrogé sur ma chemise tachée de sang, par endroits déchirées, j’ai haussé les épaules. C’est mon nez qui saignait, j’ai dit, et je suis allé me coucher. Mais je me suis réveillé en enfer, et les flics m’ont tiré du lit pour me mettre en prison, j’avais assassiné la fille aux yeux noirs et aux boucles dorées, mais je ne me souvenais de n’avoir tué qu’un démon.


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Ode à LA

Les voilà, les raisons du déclin de Los Angeles. J’ai toujours pensé que c’était vrai. Selon de nombreuses sources dans le quartier, des lézards vivent dans les égouts de LA. Des hommes et des femmes lézards qui sortent la nuit pour aller boire un verre dans les bars du centre-ville ou danser à La Cita. Ici, vous entendrez ce genre de conversations, encore et encore. Et un frisson glissera sur votre nuque. Vous savez bien, ce genre de sensation : l’air est chaud et lourd, les arbres immobiles, et soudain souffle un vent morbide à travers vos fenêtres. On dit qu’un homme chargé de la maintenance s’est effondré ici, entre une biture et une dispute avec sa compagne de l’époque. Il ne vivait pas dans cet immeuble, l’immeuble où il travaillait. Il vivait d’un assortiment d’hallucinogènes. La drogue peut être une décision créative : des lumières s’allument et s’éteignent toutes seules, aux moments les plus incongrus. La route de nuit, il la voyait depuis les toits. Des choses se produisent tout le temps que nous ne pouvons pas expliquer. Barney, lui, a toujours son juke-box, le totem de la paix. Il y a un buste dans la cour intérieure, source d’embrouilles et de controverses. Les graffitis sur les murs sont devenus des accessoires indispensables. Autrefois, dit-on, les tramways allaient partout, de Venice à la vallée de San Gabriel, mais c’est faux. Le vent, la précipitation, la température et les changements de pression barométrique affectent uniquement la surface et le sous-sol peu profond de la Terre. Les membres des gangs conduisent avec leurs phares éteints et personne ne marche à Los Angeles. La mère de toutes les routes, la rue principale de l’Amérique a été repérée dans le vent sauvage. À Hollywood, il y a une Déesse au sommet de la montagne, là où, dit-on, une starlette s’est donné la mort, mais on n’a jamais su si c’était par la fumée ou le feu. Et ce vendredi soir, le Dahlia Noir se prépare à souffler les portes de l’enfer pour la fête du jour des Morts.


Photo : États-Unis, juillet 1985

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