lâcher de ballon | tout un été d’écriture


Topeka 23 septembre 1980, photo de Marion Doss de Scranton, Kansas, USA [CC BY-SA 2.0 ], via Wikimedia Commons

Cette ville ressemblait à toutes les villes de ce côté-ci du continent américain : des villes climatisées, aseptisées, aux larges avenues perpendiculaires nommées par un numéro et une indication géographique. Un centre-ville construit suivant un plan orthogonal à mailles carrées, où chaque quadrilatère formé par l’intersection des rues constitue un bloc, et chaque bloc équivaut à un quartier.
Downtown, le Central Business District ou quartier d’affaires. Immeubles de bureaux, grands magasins et bâtiments publics ; une ruche le jour, la nuit une ville morte qui tourne en mode automatique : serveur informatique, data center, climatisation, signalétique, enseignes et éclairage public. Tout à côté, le quartier intermédiaire, où vivent les minorités et populations pauvres : immeubles d’habitations anciens de taille moyenne, friches industrielles et entrepôts désaffectés ou réhabilités, commerces de proximité. Puis en périphérie, les suburbs, banlieues résidentielles pour classes moyennes. Quartiers pavillonnaires, environnement boisé, terrains gazonnés et clôturés à l’arrière, un arbre avec l’allée asphaltée à l’avant.
Cette ville, une ville comme toutes les autres villes : downtown, des bâtiments en briques, comme à Dunkerque, Londres ou Flagstaff ; comme à Flagstaff, New York ou à San Francisco, dans les bars les enseignes lumineuses Coors ou Budweiser éclairent d’une lumière tamisée les banquettes et les tables. Une ville où l’on vit et meurt chaque jour, dans le va-et-vient des activités humaines. Une ville comme toutes les autres, un monde d’avenues, un plan en damier, comme dans les citées antiques, une ville comme Alexandrie ou Pompéi. Une ville avec des nuits de pleine lune, des soirs d’été, des fins d’après-midi où des couples marchent serrés dans le froid mordant de l’hiver. Cette ville ressemblait à toutes les villes. Ce lieu était partout.
Ce lieu était nulle part : cette ville ne ressemblait à aucune autre.


Tout un été d’écriture #19. Texte écrit dans le cadre de l’atelier d’écriture proposé par François Bon sur le tiers-livre : « construire une ville avec des mots. » Tous les auteurs et leurs contributions à retrouver ici.
(et toujours les vidéos de François Bon sur ses chaines youtube et Vimeo).

6 réflexions sur “lâcher de ballon | tout un été d’écriture

      1. Je reviendrai.
        En été, parce que les « vanille et vanille » du Cornet d’Amour.
        La gourmandise jusqu’au bout des doigts.
        Je saluerai les pignons reconnus, les balcons familiers.
        Je passerai de la digue à la grève.
        J’irai sous le grand ciel traversé de rumeurs, quand rêvent les nuages à l’heure de la marée.

        Je reviendrai.
        En hiver, à cause des gaufres bien au chaud.
        Le cœur blanchi de sucre glace.
        Je marcherai jusqu’à la mer, quelques bons souvenirs serrés au fond des poches.
        Je suivrai le ventre des mouettes, les coques noires posées sur l’horizon.
        J’aurai de la lumière au bord des yeux.

        Le vent du Nord, sans doute.

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