l’odeur, le toucher, la bouche | tout un été d’écriture

La voiture se dirigeait vers Kansas Avenue, les vitres ouvertes, et l’odeur des pins, mêlé à la fraîcheur des nuits d’été, a envahi l’habitacle. Coby, perdu dans ses pensées, conduisait sans rien dire, se laissant porter par la voix de David Lee Roth à la radio. Le jeune homme à ses côtés regardait la route défiler sous ses yeux. Il agitait distraitement sa main devant lui au rythme de la chanson. Il a alors senti, encore sur ses doigts, l’odeur de musc et d’angélique aux échos troubles de lichen et de fougère du sexe de Mari.

Un peu plus tôt, ils étaient chez Yvonne, ils jouaient aux cartes, tous les quatre assis dans le salon. Sa main caressait les cuisses de Mari sous la table. Il sentait sous ses doigts le tissu rêche de sa jupe, le soyeux de sa peau se modifier soudain par piloérection. Il resta un long moment ainsi, laissant ses doigts glisser sur sa peau, effleurant les petits grains qui se formaient à la surface de l’épiderme par la contraction du muscle arrecteur des poils, réaction inconsciente de l’organisme lié à l’excitation.

Avant d’aller chez Yvonne, ils sont chez Wendy’s, à l’angle de SW Gage Boulevard et SW Huntoon Street, entre Mcalister parkway et Westboro. Ils s’embrassent à pleine bouche entre deux bouchées de hamburgers, s’étouffant à moitié, riant, crachant, ils mordent dans le pain et la viande, mordillent leurs lèvres, leurs langues se mêlent, ils mordent encore, la chair élastique de la bouche de Mari dans sa bouche, et regardez-les qui se dévorent l’un l’autre : ils ont soif de sang, ils ont faim, faim de leurs corps, ça roule sous les langues, baisers, morsures, tout pareil.


Tout un été d’écriture #10. Texte écrit dans le cadre de l’atelier d’écriture proposé par François Bon sur le tiers-livre : « construire une ville avec des mots. » Tous les auteurs et leurs contributions à retrouver ici.
(et toujours les vidéos de François Bon sur ses chaines youtube et Vimeo).

7 réflexions sur “l’odeur, le toucher, la bouche | tout un été d’écriture

  1. Évidemment, il faudrait se replonger dans toutes ces compositions accumulées chez François Bon au jour le jour. Mais flemme et tournis devant la masse. Avais tenté et puis, mal engagé, me suis embourbé tout seul… Manque de talent et puis c’est tout. Irai lire votre premier dans la foulée.

    1. Merci Nicolas. Le talent, ça ne veut pas dire grand chose. C’est de temps et de motivation dont on manque principalement. On creuse son sillon, toujours le même, encore et encore. Ce qui germe ensuite, les autres seuls peuvent vraiment en juger.

  2. Suite à l’échange avec Nicolas B, j’entre en lice… La motivation ne manque jamais, c’est plutôt le Temps, sacré temps qui file file et qu’on ne rattrape jamais. Et puis on ne peut pas écrire partout et pour tout…
    En attendant, moi j’adore le finish de ce texte !

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