Le doux pressentiment

bougies

À chacun de mes pas, j’avais le doux pressentiment d’être un fou dans la nuit. Je voulais être moi, j’accélérais les sensations : je m’endormais à l’expérience.
Depuis je veille sur une mythologie intime dont le monde ne sait rien. Je contemple mes erreurs. Je vais par les jardins, l’imagination fonde mes jours. Des intuitions oubliées renaissent d’obsessions lointaines, châteaux de cartes posés sur le sable mouvant de ma mémoire. Je suis l’homme qui a laissé sa légende pourrir dans une poubelle. L’existence est une émotion fugace. Il n’y a que d’étranges fleurs fanées pour se prêter à l’interprétation et la logique du merveilleux viendrait gâcher la fête.
Ne vous préoccupez plus de moi, je vais dans la nuit inconnue qui tourne en brouillard sous mes doigts et j’érige pour mes regrets des colonnes de fumée lestées de plomb. Je suis le sentiment de la vie privée de raisons admirables. Il ne m’appartient plus d’aimer, j’ai de modernes croyances absurdes, une impression d’éternité. Je suis seul, condamné à m’occuper de visages disparus.
Là où je vais, la ville est belle pourtant, en ses vitrines changeantes.



Photo : Paris, juillet 2014.

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2 réflexions sur “Le doux pressentiment

  1. Que des illusions tombent du côté de la poésie… et que l’imagination fonde les jours… quand on s’y berce… si fugace soit l’émotion… telle une nuée d’oiseaux… j’ai levé les yeux en t’écrivant et je les ai vus… ils volaient beaux ensemble… bonne journée, Philippe.

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