Ici, nous sommes libres

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Étrange semaine qui vient de passer. La gueule de bois prévisible des Européennes et de mauvaises nouvelles d’éditeurs qui plient boutique ou réduisent la voilure, la crise est là qui frappe à la porte.

Quelle que soit l’énergie dépensée, la qualité du travail accompli, un livre n’est rien s’il ne trouve pas ses lecteurs. Roxane Lecomte, qui s’occupe du pôle numérique chez publie.net, écrit sur Facebook : « je ferais bien mieux de fabriquer des carnets blancs, ça me tarauderait pas de savoir si quelqu’un les ouvre et les lit. »

Sur France Inter, lundi dernier à 9 h, il fallait entendre Ana Navarro Pedro, correspondante à Paris de l’hebdomadaire portugais Visao, parler des gens qui chez elle meurent de l’austérité. Trop de phrases convenues juste avant, sans doute, pour continuer à se taire.

À Sète, au festival Images singulières, Carlos Spottorno, en retournant les clichés, s’attaque au cynisme de la presse financière anglo-saxonne qui sous l’acronyme The Pigs — les cochons — désigne le Portugal, l’Italie, la Grèce et l’Espagne qu’elle juge responsable de la faillite de l’Europe.

« L’imagination est une force intime et politique », écrit Martin Page dans son Manuel d’écriture et de survie. « Elle est le contraire du “There is no alternative” des libéraux de gauche et de droite. C’est la raison pour laquelle elle est critiquée et dépréciée. Il s’agit de nous asservir et de briser notre désir, de nous empêcher à la fois d’inventer de nouvelles modalités d’existence et de parler des tragédies qui s’annoncent. Nous sommes bien décidés à ne pas nous laisser faire. »
Et vraiment, il faut lire Martin Page.

À Sète encore, Johann Rousselot dénonce avec Phallocracia la violence faite aux femmes en Égypte aujourd’hui. Là-bas, comme ailleurs, mais plus fortement qu’ailleurs, la révolution n’est pas pour tout le monde.
Voyant le plus jeune de mes fils arrêté devant le visage de cette jeune Égyptienne, je mesure combien ce monde-ci est plus dur, plus complexe, que celui dans lequel j’ai grandi.

Dans mon pays déchiré, les roses sont fanées et les lendemains déchantent. Mais nous sommes vivants, et ici, nous sommes libres. Alors, essayons de ne rien abdiquer. Quoi qu’on nous dise, ce monde nous appartient. Et pour le temps qu’il nous reste à vivre, tâchons d’être nous même : soyons libres, et reprenons notre dû.

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2 réflexions sur “Ici, nous sommes libres

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