Le bruit des jours · 19 juillet 2026

Chaque dimanche, le journal de la semaine.

La flèche et l’archer

Je croyais ne pas connaître l’archer dont la flèche m’avait traversé le cœur. La blessure était profonde, pourtant je faisais mine de ne pas voir le sang qui coulait. Quand je me suis écroulé, j’ai laissé les larmes venir. Je pleurais sans pouvoir m’arrêter. Je pleurais sans comprendre. Je tenais l’arc dans mes mains. Je m’étais infligé mes blessures. Tout s’est éclairé. Les larmes que je pleurais étaient des larmes de joie : je m’étais retrouvé.


Notre part de magie

I believe that magic is art and that art — whether it be writing, music, sculpture or any other form — is literally magic (Alan Moore)1

J’ignorais qu’une technique que j’utilise depuis des années pour amorcer l’écriture avait un nom — et même, qu’elle avait un lien très fort, sinon avec la magie, du moins avec les arts divinatoires : la bibliomancie, qui consiste à ouvrir un livre au hasard, et considérer que le mot ou la phrase qui nous apparaît en premier contient une prédiction, ou la réponse à une question.
Derrière une formulation parfois anodine, je veux voir un message qu’il m’appartient de déchiffrer, ce que je fais en écrivant aussitôt, sans chercher à réfléchir, comme pour en épuiser les significations cachées.
Je crois sincèrement à la magie. Je crois que le monde est plus complexe encore qu’on veut bien le dire. Je crois que toute chose est vivante ; que le monde végétal est sensible ; je crois que si je pose ma main assez longtemps contre l’écorce d’un arbre ou la surface d’une pierre, je pourrais sentir son énergie me traverser. Lorsque je nage dans la mer ou dans une rivière, quand je tends mon visage au soleil ou même à la Lune, ce n’est pas juste mon enveloppe corporelle qui se retrouve entourée d’eau, de chaleur, de lumière. Notre corps n’est somme toute qu’une construction arbitraire d’atomes, sans cesse en mouvement, sans cesse remplacés, maintenus ensemble par une force qui nous dépasse et qu’on appelle la vie.
Il en va de même des objets. Ils portent en eux la charge initiale que leur a donnée la personne qui les a fabriqués ou simplement imaginés, et ils portent la charge émotionnelle que soi-même on leur imprime. Tout est vivant. Tout fait sens, même quand le sens nous échappe.
Mais, le plus souvent prisonniers de nos existences étriquées, nous refusons de voir que ce monde dans lequel nous vivons est un lieu enchanté. Tout est question de regard. Tout est une question d’abandon.
Peut-être est-ce moi qui vis dans un monde d’illusions, mais si ce monde qu’on nous a donné en partage va si mal, s’il y a tant de souffrances qui l’habitent, ne se pourrait-il pas que nous y ayons notre part ? Insensibles ou aveugles à sa beauté, à sa magie, nous oublions de chérir ce que nous abîmons sans le voir.

En des temps très anciens, quand la terre n’était que mystères et les dieux étaient craints, l’homme nomade plantait un totem au moment d’établir son bivouac, et ce lieu hostile de terre nue devenait, pour une nuit, le centre du monde, placé sous la protection de forces obscures.
Tout, alors, était une question de croyances. Tout est une question d’abandon. Ici. Et maintenant. À la vie. La vraie vie.


  1. Je crois que la magie est un art, et que l’art (écriture, musique, sculpture, ou toute autre forme qu’il prenne) est littéralement de la magie. ↩︎


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Commentaires

4 réponses à « Le bruit des jours · 19 juillet 2026 »

  1. Avatar de françoise RENAUD

    « Tout est question de regard. Tout est une question d’abandon. »
    j’adhère à ta belle réflexion autour de retrouver l’abandon, se façonner une autre approche, regarder autrement
    et puis tout est tellement vivant, et partout
    je ne suis cernée par la vie et je voudrais que ça coule encore plus fort et plus longtemps dans mes veines
    bien avec toi, ami Philippe

    1. Avatar de Philippe Castelneau

      Merci Françoise. Gaïa est mise à rude épreuve ces jours-ci. Mais le vivant est résilient. Tâchons de l’être aussi !

  2. Avatar de Caroline D

    Tout ça résonne tellement en moi. Merci Philippe.

    1. Avatar de Philippe Castelneau

      Merci Caroline

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