Chaque dimanche, le journal de la semaine.
De la souffrance
Toutes les souffrances autour de nous doivent aussi être souffertes par nous.
(…) Il n’y a pas de place pour la justice dans ce contexte, mais pas non plus pour la crainte de la souffrance ou pour l’explication de cette souffrance comme un mérite. (Kafka)
Il n’y a rien à comprendre à la souffrance. Il n’y a rien à apprendre de la souffrance. La souffrance est une bête sauvage qui me déchire de l’intérieur. Elle s’est installée en moi il y a bientôt deux ans. J’ai voulu la mettre à distance. J’essaie de la domestiquer. Mais elle réclame toujours plus de territoire. Elle cherche à gagner du terrain. Après la guerre de haute intensité, chacun campe désormais sur ses positions. Mais elle se tient aux aguets. Sitôt que je baisse la garde, elle part à l’offensive. Elle sait mes faiblesses, ne méjuge pas ma résilience. Je connais la violence de ses attaques. Respect mutuel. Ennemis mortels. Certains jours, je crois l’avoir vaincue. Mais elle est là, tapie, qui attend son heure. Le rapport de force est inégal. Quand elle attaque, elle ne retient jamais ses coups.
Parfois, il me semble plus facile de m’abandonner à elle, plutôt que de lutter. Est-ce bien raisonnable ? Quand la souffrance me domine, que j’entrevois sa victoire, je deviens souffrance. Il n’y a plus qu’elle, et plus rien à faire. Et c’est comme une illumination.
Immortel et éphémère
Tout est éphémère, et l’être qui se souvient, et l’objet de son souvenir. (Marc Aurèle)
C’est avec mon corps que j’écris. Ce sont mes doigts sur le clavier, ma main gauche qui tient le stylo quand la droite aplatit la page du carnet. J’écris avec ce que je touche, j’écris ce que je vois. J’écris depuis mon ventre. Mon pays est mon corps, et mon corps est une île ; une île qui gronde de l’intérieur, un volcan parfois en sommeil, mais jamais éteint et sans cesse en mouvement, dans l’espace et dans le temps. C’est un corps en souffrance aux propriétés pourtant miraculeuses. En son cœur se trouve une source lumineuse qui recouvre tous les mystères. Il n’y a pas une réponse, il y a une multitude de questions, et une seule révélation. Quand j’écris, c’est le monde que j’épuise, l’univers infini dont je cherche pourtant à tracer les limites, l’univers qui à la fois m’englobe et me dépasse, et qui tout entier se tient en moi : poussière d’étoiles perdue dans la vastitude et qui, en même temps, renferme tous les secrets.
Chacun de nous est son propre univers, une immensité aux contours flous, condamnée à disparaître, dissoute, avalée, recrachée par la grande essoreuse convulsive qu’est la vie.
Chacun de nous, à la fois immortel et condamné à l’éphémère.
Laisser un commentaire