
Photo : Exposition Beat Generation, centre Beaubourg, Paris, août 2016.
(Plus sur la machine à rêves imaginée par Brion Gysin et Ian Sommerville : http://tinyurl.com/zglwc9v)


Photo : Exposition Beat Generation, centre Beaubourg, Paris, août 2016.
(Plus sur la machine à rêves imaginée par Brion Gysin et Ian Sommerville : http://tinyurl.com/zglwc9v)


On presse le bouton presque par hasard et le miracle se produit. (Sergio Larrain, 1960)
Photo : Montpellier, mars 2016


Le monde conventionnel est un paravent, il faut en sortir — quand on photographie.
Sergio Larrain, lettre à Sebastian Donoso, son neveu, 1982
La lune qui se reflète en cristaux argentiques sur papier souple photosensible est le signal de la duperie standardisée. Le renoncement facile à la sincérité m’assaille parfois en demi-teintes, mais je résiste au danger invisible. Je pèse les choses et les rends égales. Je suis celui qui demeure dans un état d’abandon. L’attente n’est pas un espoir vide, et les temps ne sont pas encore accomplis. Les contours sensibles de l’exposition sont stables, c’est la dominante rêvée qui augmente en densité. Il y a une constante à la persévérance : dans le combat, c’est la composante principale de la lumière.
La réussite calme équilibre le destin. On ne peut tout atteindre d’un seul coup, voilà le seul secret.
On dirait un poster accroché sur un mur défait. On dirait l’un de ces lieux abandonnés où l’on entre par effraction pour y faire des photos et en capturer les fantômes. On dirait une affiche oubliée, une image grandeur nature comme il y en avait avant sur les murs des salons ou la porte des chiottes, la forêt en papier peint en plein cœur de la ville qui se détache aux coins, laissant voir la colle et le mur jaune et sale. Au premier plan de l’image, les gravats, l’herbe haute, et plus bas la piscine. Plus bas, la cabane en bois qui garde son mystère. On veut voir de plus près, on s’approche et sans s’en rendre compte on a franchi l’image, on a traversé le mur sans que ça résiste, juste que ça craque sous les pieds, les gravats, les petits morceaux minuscules de tuiles rouges, le verre brisé, les éclats de béton, le sable, ça craque doucement. La lumière est plus vive aussi, qui fait plisser les yeux, le vent léger sur le visage, voilà, c’est tout, deux pas, on rouvre les yeux et on est passé de l’autre côté du miroir. À gauche, derrière les cyprès, on devine un chemin qu’on imagine envahi de nids de poule, usé par les années d’abandon, avec une vieille barrière en bois fermée par une chaine rouillée.
Au bord de la piscine, le dos collé à la cabane, on imagine possible ça qu’on avait rêvé. On en parle ensemble à voix haute. Il y a des images et il y a des textes qui viennent de ce lieu qu’on croyait vide. Les images et les textes se répondent et s’assemblent. On dirait une revue. Aussi, pour se souvenir de cet instant magique où l’on a franchi le miroir, ce moment où les rêves se sont réalisés, cette revue on l’appelle la piscine.
Et quand depuis la piscine on lève les yeux, on voit comme posée plus haut, devant les cyprès, une affiche qui dessine une maison qui prend vie.
La Piscine, revue graphique et littéraire
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Photo : septembre 2015