Daniel Mendelsohn — Trois anneaux (un conte d’exils)


Il y a peu, Warren Ellis, sur son blog, conseillait la lecture de Trois anneaux, de Daniel Mendelsohn. Son article aiguisait ma curiosité, et quelques jours plus tard, j’achetai le livre, que j’ai lu aussitôt.

Comme le souligne Ellis, la première partie est sans doute la plus « théorique », quand les deux suivantes sont en quelque sorte la mise en pratique du principe de composition en anneau, à partir de l’histoire personnelle de l’auteur et l’évocation de certains livres, reliant magistralement Homère, Fénelon, Proust et Sebald.
Après avoir écrit Les disparus et connu une période dépressive, il décide de consacrer son ouvrage suivant à L’Odyssée, tout en évoquant un voyage qu’il fit avec son père, peu avant la mort de celui-ci, sur les traces d’Homère :

(…) le récit dans son ensemble ne fonctionnait pas. Il était d’une lecture étrangement pénible. Vers la fin de l’été, désespérant de plus en plus de trouver moyen de rendre le récit vivant, je décidai de consulter un ami éditeur, qui est l’un de mes mentors depuis que je me suis lancé dans l’écriture, voici presque trente ans. Je lui remis le manuscrit. Il me rappela dès le lendemain. Ce qui n’allait pas, m’expliqua-t-il, c’était que j’avais tous les éléments, mais qu’ils n’avaient pas encore trouvé leur cohérence.

À ce moment, Mendelsohn explique qu’il avait voulu être le plus fidèle possible au déroulé des évènements. Son ami s’emporte :

Je me fiche de savoir comment ça s’est passé, rétorqua-t-il, on ne te demande pas de raconter des faits, mais une histoire (…) Fais des retours en arrière, des bonds vers l’avant, oublie la chronologie. Invente, s’il le faut ! Trouve une autre voie d’approche.
(…) la technique qu’il me recommandait… enchâsser une histoire dans d’autres histoires, jongler avec les séquences temporelles pour donner de la profondeur et de la complexité au récit primaire.
(..) Ce procédé s’appelle la composition circulaire. Dans cette structure annulaire, le récit semble se perdre dans une digression (l’interruption du fil de l’intrigue principale étant annoncée par une formule toute faite ou une scène convenue), mais cette digression, qui a toutes les apparences d’une divagation, décrit au bout du compte un cercle, puisque le récit reviendra au point précis de l’action dont il s’est écarté, ce retour étant signalé par la répétition de la formule ou de la scène convenue qui avait indiqué l’ouverture de la parenthèse. Ces cercles pouvaient recouvrir une seule et même digression ou une série plus complexe de récits enchevêtrés, imbriqués l’un dans l’autre, à la manière des boîtes chinoises ou des poupées russes.

Le livre de Mendelsohn, très court, est vertigineux de bout en bout, passionnant et, par moment, proprement bouleversant. C’est une ode à la littérature, à la transmission du savoir, et une stupéfiante leçon d’écriture.


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