Portrait-robot

Partir à l’aventure, carnet du jour
Disparaître immobile
Réchauffer un moment les frissons sur la peau

Reste la route de nuit
Le voyage qui avale l’obsession
Photo classée, quelques notes et il faut partir
Remplacer le marteau par un souffle

Le matin compte encore
Le temps finira par finir
Le bleu, parfois le blues
La musique déserte quelques souvenirs portables

Besoin de vieux récits
Quatre Stones et risque maximum
Toujours quatre démons tranchants
Ébauches d’épisodes avalés

Je veux déjà noter les rêves
Je veux juste une messe, un abri
L’enfer est fait de ces textes qui viennent du cœur


J’aime les jeux d’écriture (pas comptable, mais littéraire), les cut-ups, l’écriture automatique, les libres associations d’idées. Je pensais à cela en lisant hier soir la proposition d’écriture à partir d’un texte de Jacques Roubaud que donne François Bon sur son site (les ateliers d’écriture sont des expériences magiques, les propositions de François Bon sur tiers livre sont un trésor), et je me suis souvenu avoir noté l’autre jour des bouts de phrases qui me venaient en regardant le Wordle généré à partir de l’url de mon blog.
Simplement mis en forme (arbitrairement en vers non rimés, mais il ne s’agit pas nécessairement d’un poème), et en supprimant quelques redondances, le texte, qui m’a paru s’écrire seul, brosse pourtant un portrait qui pourrait être le mien, comme un portrait-robot.

Une photo par jour : 319 Robots – mars 2014 / Projet 52 épisode 18

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Poésie des déchets

La photo est trompeuse, elle embellit ce qui parfois révolte.
Dans le petit village, la rue principale conduit à un chemin de terre qui longe une vieille bâtisse. Au bout, un dénivelé sur quelques mètres, et après la nature qui redevient sauvage. Là, invisible sauf à s’avancer jusqu’au bout du sentier, on a jeté, comme on jetterait par la fenêtre d’en face, les objets du quotidien devenus hors d’usage. Une théière ébréchée, des boîtes de conserve rouillées, des bouteilles vides, un hippopotame bleu. Sur quelques mètres, du métal, du plastique et du verre.
Une minuscule décharge à ciel ouvert, et le village juste avant presque trop propre, cachant bien son secret.

Une photo par jour : 307 – mars 2014 / projet 52 – épisode 16

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Après la nuit

Dormir, elle a dit. Tu dois dormir maintenant, et s’endormir presque aussitôt avec un air de Dylan dans la tête.
Se réveiller, bien plus tard, sans plus savoir où l’on est, se tourner dans le lit, et voir le jour depuis longtemps levé percer la porte en bois de la véranda. Un air de Vic Chesnutt dans la tête, rêver que dehors c’est une ferme du Montana, dehors c’est Nashville, c’est Rio Rancho ou un motel en Arizona. Tendre le bras, attraper le téléphone posé sur la table de nuit, et voir qu’il est bientôt 11 h. Un air des Cowboy Junkies dans la tête, se dire qu’un café noir ferait vraiment du bien. Se lever, prendre en photo avec le téléphone la porte et le jour au travers et se dire qu’ici c’est chez nous, et qu’on y est bien.

Une photo par jour : 268 – janvier 2014 / Projet 52 – épisode 14

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