Catégorie : textes

  • La naissance d’une étoile

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    Ce sont les étoiles, les étoiles tout là-haut qui gouvernent notre existence.— William Shakespeare (Le roi Lear)

    Je regarde la ville endormie tandis que ton corps gazeux animal fait danser les planètes autour de mon cœur d’étoile. La lune balayée par les vents est un astre noir. La nuit disparait en lambeaux arrachés à d’autres latitudes.
    Laisse-moi te raconter l’histoire de la centaine d’astronomes grecs qui s’étaient rassemblés au chevet de la naine blanche amoureuse d’un nageur mort. Ses lèvres apposées sur son enveloppe elliptique formaient des vœux célestes à la périphérie de l’hiver.
    Ton exil se fragmente en rayons d’or. Je suis un automne égaré au milieu des nuages qui tracent dans ton ciel d’été. Je me console de mon émoi dans l’accrétion des poussières en masse rose au seuil de ta constellation. Je possède ma propre lumière, et la fusion solaire contracte mon point gravitationnel afin que tu m’aimes encore.


    Photo : Menton, le cimetière marin, juillet 2015
    Une étoile : Aquila RA 20h22m30s D 02°22’42″

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  • Le moment présent

    marche

    Le temps sans doute nous donnera plus de temps,
    mais ne laissons pas passer
    le moment présent


    Photo : octobre 2015

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  • Abécédaire des villes : la légende de San Remo

    Le 26 janvier 1967, tu meurs seul, Luigi, dans l’effroi de l’écume d’une chanson retrouvée à terre.
    Les paupières closes, je sens toujours sur moi tes doigts d’argile, tes mains gauches d’amant sacrifié. Je voudrais conjurer le passé. La bave aux lèvres, je voudrais t’aimer encore, remonter la nuit jusqu’à toi, le revolver posé sur la table, te retrouver vivant et t’accompagner jusqu’à l’aube.
    Je ne sais pas quoi faire, comprends-tu, de ta mort inutile sous la voûte pavée de tes intentions absurdes. J’étouffe de la triste aumône de l’explication retenue. J’ai l’amertume en bouquet de roses fanées. Mon amour est mort et la justice passe sans bruit, un pas de côté sans rien voir. Le ciel se tait dans le soir de ta vie et mon cœur s’éteint, assassiné d’une balle qui ne lui était pas destinée.


    Photo : San Remo, octobre 2015

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  • Le doux pressentiment

    bougies

    À chacun de mes pas, j’avais le doux pressentiment d’être un fou dans la nuit. Je voulais être moi, j’accélérais les sensations : je m’endormais à l’expérience.
    Depuis je veille sur une mythologie intime dont le monde ne sait rien. Je contemple mes erreurs. Je vais par les jardins, l’imagination fonde mes jours. Des intuitions oubliées renaissent d’obsessions lointaines, châteaux de cartes posés sur le sable mouvant de ma mémoire. Je suis l’homme qui a laissé sa légende pourrir dans une poubelle. L’existence est une émotion fugace. Il n’y a que d’étranges fleurs fanées pour se prêter à l’interprétation et la logique du merveilleux viendrait gâcher la fête.
    Ne vous préoccupez plus de moi, je vais dans la nuit inconnue qui tourne en brouillard sous mes doigts et j’érige pour mes regrets des colonnes de fumée lestées de plomb. Je suis le sentiment de la vie privée de raisons admirables. Il ne m’appartient plus d’aimer, j’ai de modernes croyances absurdes, une impression d’éternité. Je suis seul, condamné à m’occuper de visages disparus.
    Là où je vais, la ville est belle pourtant, en ses vitrines changeantes.



    Photo : Paris, juillet 2014.

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