Jusqu’où peut-on tirer la nuit ? Et le corps, il peut aller jusqu’où dans l’absence du sommeil ? Je tire sur la corde jusqu’à ce qu’elle casse, mais si ça ne vient pas, si elle résiste et qu’à la fin elle se tend d’un coup sec, le risque c’est de se balancer au bout, non ? Pousser le corps jusqu’aux limites, il y a longtemps que les clignotants sont passés du vert à l’orange, maintenant les lumières sont au rouge, les alarmes se sont toutes mises en route, au début ça vrille les tympans, mais après je ne les entends même plus, après c’est juste un léger mal de tête, le corps je ne sais pas, le corps il reste assis dans le fauteuil, il n’y a plus que le cerveau, les yeux et les doigts sur le clavier, les yeux de plus en plus fixes, au début ils se fermaient, maintenant non, ils sont comme fermés ouverts, avec un voile rose humide devant, ils enregistrent sans les voir les lettres qui tombent sur l’écran gris pâle, état second — état tiers même —, les portes de la perception chères à Huxley et Morrison éventrées, franchies depuis longtemps ; derrière moi les cadavres pourrissants, les murs qui suintent. Mon enveloppe charnelle décrépie, derrière aussi : le risque c’est d’y laisser ma peau, la bonne blague, ça m’arrangerait un peu, de pouvoir m’en défaire, la laisser derrière moi, cette vieille peau, comme une mue qui m’aurait accompagnée jusque là, pour me permettre de repartir à neuf, avec une peau nouvelle bien ferme, élastique, la vitalité retrouvée au-delà du sommeil. Pouvoir passer la barrière, étirer la nuit au-delà même du jour. Sortir du corps et plonger enfin dans l’abîme du temps.
Alors, levant les yeux de mon clavier malade, par le toit défait je verrais la lumière.
Catégorie : journal
-
Journal de la nuit noire
-
La piscine
On dirait un poster accroché sur un mur défait. On dirait l’un de ces lieux abandonnés où l’on entre par effraction pour y faire des photos et en capturer les fantômes. On dirait une affiche oubliée, une image grandeur nature comme il y en avait avant sur les murs des salons ou la porte des chiottes, la forêt en papier peint en plein cœur de la ville qui se détache aux coins, laissant voir la colle et le mur jaune et sale. Au premier plan de l’image, les gravats, l’herbe haute, et plus bas la piscine. Plus bas, la cabane en bois qui garde son mystère. On veut voir de plus près, on s’approche et sans s’en rendre compte on a franchi l’image, on a traversé le mur sans que ça résiste, juste que ça craque sous les pieds, les gravats, les petits morceaux minuscules de tuiles rouges, le verre brisé, les éclats de béton, le sable, ça craque doucement. La lumière est plus vive aussi, qui fait plisser les yeux, le vent léger sur le visage, voilà, c’est tout, deux pas, on rouvre les yeux et on est passé de l’autre côté du miroir. À gauche, derrière les cyprès, on devine un chemin qu’on imagine envahi de nids de poule, usé par les années d’abandon, avec une vieille barrière en bois fermée par une chaine rouillée.
Au bord de la piscine, le dos collé à la cabane, on imagine possible ça qu’on avait rêvé. On en parle ensemble à voix haute. Il y a des images et il y a des textes qui viennent de ce lieu qu’on croyait vide. Les images et les textes se répondent et s’assemblent. On dirait une revue. Aussi, pour se souvenir de cet instant magique où l’on a franchi le miroir, ce moment où les rêves se sont réalisés, cette revue on l’appelle la piscine.
Et quand depuis la piscine on lève les yeux, on voit comme posée plus haut, devant les cyprès, une affiche qui dessine une maison qui prend vie.
La Piscine, revue graphique et littéraire
Sur Facebook, Twitter et Instagram, en attendant le site et l’édition papier !
Photo : septembre 2015
-
notes pour moi-même
Les cinquante nuances de générateurs continuent de s’écrire, au rythme d’un à trois textes par jour (déjà une vingtaine en réserve), mais j’arrête pour l’instant de les publier en ligne, au moins le temps de voir où me mène ce projet.
Accords de principe reçus ces dernières semaines pour la publication de plusieurs nouvelles, mais sans doute pas avant 2016 ; il est trop tôt pour en dire plus. Des nouvelles, je commence à en avoir beaucoup, et il me faudrait prendre le temps de mettre tout ça en forme, mais le temps manque. Pour l’instant, ce sont encore des petits cailloux que je sème en chemin. Je verrais bien si je retrouve ma route ensuite !
Les enregistrements audio se poursuivent avec Lilac Flame Son. Réflexions aussi sur le format des vidéos, et déjà de courtes séquences vidéos filmées en prévision. Quelques belles choses, vraiment, sont à venir !
Mais la grande annonce du moment, c’est la création de La Piscine, revue graphique et littéraire avec Louise Imagine, Christophe Sanchez, Isabelle Pariente-Butterlin et Alain Mouton, un projet né au début de l’été et dont le premier numéro est en cours d’élaboration. Vous pouvez déjà nous retrouver sur Facebook, Twitter et Instagram, en attendant le site et la revue papier.
La rentrée littéraire est là, si jamais ça vous avait échappé, et il y a pas mal de bons livres qui vous attendent sur les tables des librairies : Bleu de travail de Thomas Vinau aux éditions La fosse aux ours, 7 de Tristan Garcia chez Gallimard, Boussole de Mathias Enard chez Actes Sud et Il était une ville de Thomas Reverdy chez Flammarion m’ont tous pas mal accroché.
Et puis il y a L’infinie Comédie de David Foster Wallace, la traduction tant attendue d’Infinite Jest, mais j’attendrais l’hiver et d’avoir terminé 2666 de Bolaño pour m’attaquer à ça (1487 pages quand même !). Histoire de vous mettre l’eau à la bouche, je vous conseille vivement la lecture du très bon article de Titiou Lecoq dans Slate, Infinite Jest, la momie de Toutânkhamon de l’édition française.





