La nuit au caravansérail


La nuit au caravansérail, feu intérieur, l’esprit se consume, le cœur est en ébullition, mais c’est le monde autour qui brûle, l’humanité qui bascule dans le chaudron du volcan.
Pulsation minute trop rapide, rêve impossible ; minuit : la mort certaine, compagne des nuits blêmes, l’angoisse irrésolue et pourtant le réveil, on le sait, sera fait d’apaisement.

Je repasse par des lieux où je n’irai plus, des lieux où tu n’es déjà plus. Les arbres, dehors, s’inclinent aux fenêtres, les murs pleurent nos présences, les lits se désespèrent des corps endormis.


Également sur youtube : https://www.youtube.com/watch?v=f3XPCYATogg&sns=tw

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La déraison


J’ai dans le crâne une fleur sauvage à la place du cerveau. Une tige d’épines et des feuilles rouges et blanches aux reflets vénéneux. J’ai dans la tête des idées sombres aux parfums capiteux ; des vers tressés à la bouche des poètes, une musique de nuit, une quinte diminuée, un diable en boîte monté sur un ressort. J’ai dans les yeux une étincelle, un feu-follet, des hectares en fumée ; dans le corps un mouvement obligé qui cherche sa résolution. J’ai l’ardeur au combat, j’exhale le souffle des batailles. Mes jambes me portent sur des terres ravagées, mes pieds foulent des sols en friche. Je traine un héritage ancien, les siècles des damnés. « Dieu » est un autre et je ne suis plus vraiment moi-même. Mes rêves sont peuplés de fantômes et j’ai déjà vécu plus de mille ans ici. J’ai écrit plus de poèmes qu’il n’y a de livres dans les bibliothèques, posé sur le papier plus de mots qu’il ne s’en trouve dans tous les dictionnaires ; j’ai dessiné des palais, construit des cités d’or, des châteaux de cartes, tracé des routes impériales et des voies sans issue à la seule force de mes nuits. Au réveil cependant, mes phrases s’étiolent comme des papillons blancs quand vient le bout du jour. Ma langue est une libellule endormie, agonisante sous la lumière crue d’une ampoule électrique trop longtemps confondue avec un soleil noir.
J’ai sur mes os depuis l’enfance la marque d’une fracture temporelle, les stigmates d’un crime irrésolu. Je porte au coin de l’œil une cicatrice profonde qui vient du fond des âges.
J’ai le cœur endeuillé de toutes mes vies vécues. J’ai la parole trouble, embuée de visions irréelles à couper au couteau. J’ai perdu un moment l’usage de la mémoire dans l’inconfort de solitudes passées. Depuis, je vis de signaux faibles, d’incertitudes légères : la mélancolie, me dis-je, est mon entéléchie.

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Je suis la lumière


Musique & tous instruments : Lilac Flame Son / Texte & voix : Philippe Castelneau

Recording – Lilac Flame Son
Mix – Jesse Nichols – Fantasy Studios (http://fantasystudios.com/)
Master for mp3 – Lilac Flame Son

Montage vidéo : Philippe Castelneau / Footage : The light of Faith — 1922 (Dir. Clarence Brown)


Je suis la lumière au bout du long couloir. Je suis l’espoir et je suis la vie. Je suis le feu, je suis le ciel que le soleil embrase. Je suis l’envie qui te tenaille, le désir d’un ailleurs, le possible impossible. Je suis la mer qui va s’échouer sur des plages inconnues, je suis le vent qui vient battre tes volets, le sol qui porte tes pas. Je suis ton amoureux transi. Je suis celui que tu croises sans le voir, je suis ton père, ton frère, je suis ton ombre, ton amant oublié, ton amour de jeunesse, ton mari, celui que tu ne regardes plus. Je suis la langue étrangère qui vient chanter à tes oreilles des mots que tu ne comprends pas. 
Je suis l’inaccompli, l’amour inassouvi, celui qui est trop vite parti. Je suis le souffle, je suis le plaisir et je suis la souffrance, je suis la joie et la peine dans ton cœur quand les heures s’égrènent. Je suis la mort et je suis l’oubli. Je suis l’attente et je suis l’ennui. Je suis allongé près de toi endormie, je suis tous tes rêves et tes désirs cachés. Je suis un geste oublié, une parole tue, un souvenir passé. Je suis une caresse esquissée, une étreinte enfouie dans le dédale de tes pensées. Je suis la mélancolie, la passion alanguie, la brûlure au creux de tes reins. Je suis des mains sur ton corps, je suis le corps qui t’étreint. Je suis l’inconnu qui sourit, je suis son baiser sur tes lèvres. Je suis le feu qui couve, je suis les flammes qui viennent lécher les murs des façades endormies. Je suis le train qui traverse la nuit, je suis la route, je suis des villes inconnues dans des pays lointains. Je suis ton cœur qui bat. Je suis tes mains qui se serrent quand ton corps te trahit, je suis ton corps qui lâche, tes jambes qui flageolent. Je suis ta tête qui se renverse, tes cheveux répandus sur l’oreiller, je suis les draps, je suis le tissu qui glisse sur ta peau, je suis tes lèvres ouvertes, je suis le soupir qui dit oui. Je suis tes bras en croix, je suis la porte qui se referme sur ton désir liquide. Je suis tes souvenirs et le fardeau que tu portes. Je suis le chien qui aboie et le chat en boule serré tout contre toi. Je suis la vie qui vient et la vie qui s’en va. Je suis l’espoir qui te porte, les illusions qui te bercent. Je suis l’or et l’acier, je suis les bijoux à tes poignets, les parures à ton cou. Je suis la brise qui caresse ton corps nu, l’eau dans laquelle tu te baignes, l’éponge qui te lave, la bulle de savon qui glisse sur ton sein, la serviette qui te sèche. Je suis tes blessures et celui qui les soigne. Je suis l’onguent qui t’apaise, le pansement sur tes plaies, la cicatrice ancienne. Je suis ton cœur qui se serre et les larmes que tu retiens ; je suis les larmes que tu pleures et tes rires évanouis. Je suis l’alcool qui brûle, la tension soudain palpable, je suis le désespoir qui gagne. Je suis le couteau qui te blesse, je suis le verre brisé. Je suis tes souvenirs et le fardeau sur tes épaules. Je suis la vie qui vient et la vie qui s’en va. Je suis tes pulsions et tout ce qui en toi effraie. Je suis le vide et le plein, le néant, le chaos. Je suis l’inachevé. Je suis la ville qui dort, je suis le fracas des armes, le tir de barrage, le feu nourri, le tapis de bombes qui vient tout ensevelir. Je suis l’espoir retrouvé, je suis la rose qui pousse, la fleur qui perce sous le béton. Je suis l’engeance mauvaise, la mauvaise graine ; je suis la mauvaise herbe, la tempête, la violence et la guerre. Je suis la pluie qui vient tout nettoyer, je suis le soleil qui purifie, le soleil éclatant, je suis la chaleur des rayons qui touchent ta peau pour te réchauffer. Je suis la soif et je suis l’eau fraîche qui l’apaise. Je suis celui qui rit. Je suis un téléphone qui sonne dans le vide, je suis un vêtement oublié. Je suis le sang qui coule. Je suis celui qui meurt abandonné. Je suis l’enfant qui naît, je suis ton sourire et tes larmes. Je suis ton enfant endormi, je suis ton amant assoupi. Je suis l’envie et je suis la passion satisfaite. Je suis le feu qui brûle et je suis le brasier qui s’éteint. Je suis la neige qui fond, les dernières gouttes quand l’orage s’éloigne, je suis la feuille morte, le soleil qui se couche. Je suis le dernier cri, les mots qui s’effacent, la page blanche où plus rien ne s’écrit. Je suis la dernière pierre.

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Genèse

Comme j’écrivais mes larmes une à une, les poches vides et les poings crevés, du sang coula sur la page. La difficulté initiale résidait dans le silence. L’aventure s’entreprend la nuit : la nuit, tout est mouvement.

La route de nuit

Demande à ceux qui ont enfoui leurs réticences sous le trottoir : nos rêves nous conduisent en enfer, nous glorifions la nuit tant on a mal au jour. Les cauchemars s’adressent à l’âme de ceux qui inventent la route, seuls, submergés de désirs déglingués qu’on retrouve au matin, hésitants.
L’humanité se perd, moi je chante le changement allongé dans ma nuit mentale, nos bouches enlacées de tendresse dans la solitude de nos yeux perdus dans le vague. La route danse parfois, la route secrète où s’avance le verbe, garce résolue qui toujours, toujours ira plus loin que nous. On est seul sur la route, baigné dans la lueur des phares qui font coucher la vie. Qu’importe la démence, nous sommes des enfants fous couronnés de détresse, la folie au fond des yeux c’est le génie de Dieu, notre abstraction commune.
Et dire que dehors, c’est déjà la fin du monde.


La musique dans l’autoradio : Anouar Brahem – Impossible Day (album Souvenance) http://www.anouarbrahem.com/fr/

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Rêve de Providence


Musique Lilac Flame Son / Texte Philippe Castelneau

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L’appel de Londres

London General

La sortie de L’appel de Londres en mai dernier s’est accompagnée de plusieurs bonus — carte, lectures, photos, etc. —, disponibles pour les abonnés publie.net, et désormais accessibles à tous ici.

J’avais pour l’occasion enregistré une lecture du prologue, mis en musique par Lilac Flame Son, dans un esprit très 80’s qui collait bien au livre. Je vous en propose aujourd’hui un mix un peu différent.

Lilac Flame Son et moi nous connaissons depuis l’adolescence, et nous avions en ce temps-là l’idée de faire de la musique et de monter un groupe de rock. Nous avons réalisé quelques démos, et puis la vie nous a entrainés vers d’autres chemins. Cependant, nous n’avons jamais perdu l’envie de travailler ensemble, et ce morceau marque la naissance d’une nouvelle collaboration que nous espérons riche.

Ainsi, à l’occasion du Ray’s Day, qui se tient le 22 août prochain, nous vous proposerons un nouveau morceau, extrait d’un projet en cours intitulé « récits de la grand-route ».

Enfin, il est probable que je participe à la rentrée, sur Paris, à des rencontres et des lectures, peut-être accompagné de musiciens (mais sans Lilac Flame Son : le bougre habite San Francisco).


castelneau

L’appel de Londres est disponible partout aux formats numérique et papier Vous pouvez lire ou télécharger un extrait au format pdf en cliquant ici.


Enregistrement audio : Musique Lilac Flame Son / Texte Philippe Castelneau
Photo : Londres, octobre 2014


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