On connaissait Michael Christie pour ses nouvelles. Avec « Lorsque le dernier arbre », il se révèle un formidable conteur, à travers un récit de plus de 600 pages, qui nous entraine à rebours, depuis un futur proche ravagé par le réchauffement climatique, jusqu’aux années 1930 de la grande dépression. Roman choral aux personnages forts, parfois extrêmes — des femmes et des hommes malmenés par la vie et qui s’accrochent tant bien que mal à ce qui leur est donné pour trouver un sens à leurs existences dans ce monde déraisonnable — ; fresque familiale, récit d’anticipation, roman historique tout à la fois, ce livre est aussi un magnifique plaidoyer pour la préservation de nos forêts.
Années 90. Les Wexler s’installent dans une belle villa nichée à flanc de montagne, à l’orée d’une forêt. Les enfants fascinent ceux qui les côtoient ; le père, professeur de français au lycée, envoûte ses élèves — trouble les jeunes filles. Il propose à sa classe de tourner un film en forêt, près de la maison. Et tout bascule… Vingt ans plus tard, Mathias revient sur les lieux de son adolescence. Il cherche à percer le mystère qui continue d’entourer la villa et ses anciens locataires, découvrir ce qu’il est advenu de Charlotte, la fille ainée dont il était tombé amoureux fou. Et comprendre pourquoi son amie d’enfance, Aurore, si lumineuse autrefois, est aujourd’hui internée. Un roman noir et moite, façon Twin Peaks, tout en délicatesse, porté par une belle écriture.
Un futur indéterminé, une ambiance post-apocalyptique (ou post-exotique, pour reprendre le néologisme forgé par Volodine), quelque part entre les écrits de Philip K. Dick et le cinéma de Tarkowski. Un récit tout à la fois drôle, hypnotique, angoissant et paranoïaque, où des morts-vivants et des policiers schizophrènes affrontent des guerrières surentrainées venues d’un monde parallèle, envoyées ici par un certain Monroe pour rétablir l’ordre au sein du Parti.On rit beaucoup ici avec Volodine, jusqu’à se rendre compte que c’est de nous-mêmes que l’on rit, tant ce monde triste et gris qui nous est décrit n’est peut-être que le reflet déformé du nôtre, une réalité en passe d’advenir que nous feignons de ne pas voir.
Dimanche matin, la rue jonchée de gobelets vides et de verres en plastique. Il y a pourtant des poubelles à 10 m de là. Misère… Mais au moins, pas de masques par terre (pas cette fois).
Un vieux livre de SF (enfin, un peu plus jeune que moi, de quelques semaines), retrouvé par hasard dans le garage. Je pioche quelques lignes dedans, me laisse prendre, mais quand je tente une lecture linéaire, le livre me tombe des mains. Me vient alors une idée. Je sors de la bibliothèque quelques vieux bouquins, je les ouvre au hasard : je relève ici une formule, là, un mot, plus rarement une phrase complète. Je recopie, modifiant au passage le sens, changeant des mots, mixant les phrases d’un livre à l’autre. Je sample, en quelque sorte. Quelque chose germe, que je n’arrive pas encore tout à fait à formuler.
J’ouvre une page vierge de mon traitement de texte, et j’y reporte fébrilement mes notes, tout à mon excitation créatrice. Je n’y suis pas encore tout à fait.
Une photo prise l’autre jour, que je réservais pour ici, m’a inspiré une suite de mots. J’en note exhaustivement les synonymes et les expressions dérivées, à la suite, dans le document ouvert. Un article scientifique lu ce matin me donne la clé de mon futur texte : une nouvelle, un récit fantastique on va dire, que j’espère finir pour l’envoyer par mail aux abonnés de mon infolettre, à temps pour Halloween.
On accède au monde souterrain par le tronc fendu d’un vieux frêne… Depuis toujours, l’homme confine dans le sous-sol ce qu’il craint et souhaite écarter, mais aussi ce qu’il aime et souhaite sauver. (Robert Mcfarlane — Underland).
Là, juste sous nos pieds, le temps se dilate, la roche devient liquide, la vie est un théâtre d’ombres : un monde qui tout à la fois nous fascine et nous effraie. Nous enfouissons sous terre nos déchets, nos trésors et nos morts. Dans des laboratoires souterrains, des scientifiques écoutent les étoiles et scrutent la matière noire…
J’en suis au début de ma lecture, une centaine de pages peut-être, mais ce récit, qui mêle littérature, science et récit de voyage, s’annonce captivant. Un bon gros pavé de non-fiction comme je les aime.
Le livre, capital social et investissement capital. Achat fondamental sans date d’expiration. Ma valeur refuge par temps de crise, ma chambre de compensation : engagement émotionnel, rendements garantis, date d’effets immédiate. Mon indice de référence, mon délit d’initié : opérations spéciales sur titres par fusion-acquisition du savoir. Résultats consolidés. Diversification du patrimoine intellectuel. Actif tangible mobilisable à tout moment : obligations convertibles en actions.
Je me souviens exactement de l’instant où ma lecture a été libérée. Un jeune homme que j’admirais intellectuellement m’a donné une double autorisation. Il l’a donnée à la petite fille sérieuse, à la bonne élève qui ne devait pas perdre son temps et toujours finir ce qu’elle entreprenait. Nous nous tenions devant sa bibliothèque, il parlait des livres qui s’y trouvaient. Il m’a conseillé Le Dahlia noir de James Ellroy. Puis il a dit d’un autre livre qu’il ne l’avait pas terminé. Ce n’était pas un aveu, car dans l’aveu, il y a la conscience de la culpabilité. Non, c’était dit comme ça, en passant, simplement comme une chose possible. Ce jour-là, j’ai compris que je pouvais lire des romans policiers et que si un livre ne me plaisait pas, je n’étais pas obligée de le lire en entier.
Ne pas lire les livres, mais lire dans les livres. Ne pas lire les livres mais désirer les lire. Seulement et déjà désirer les lire. (…) Lire plusieurs livres à la fois. Mélange. Ivresse. Jusqu’à la nausée. Deux, trois, quatre, dix. Pourquoi s’arrêter ? Ouvrir tous les livres, jouir de chaque entame. Éprouver. Pourquoi même envisager une limite ? Je tendais l’intransitivité du verbe lire comme un fil sur lequel franchir le vide.