Comment expliquer que si peu de livres concentrent tant de ventes ? Qui fait le succès des livres ? Editeurs, représentants, libraires… au moment de la sortie d’un ouvrage, toute une mécanique s’enclenche, qui définira son destin. Décryptage avec Florent Georgesco, journaliste au « Monde des livres ».
Le livre publié, comment arrive-t-il en librairie ?
Quel est le rôle du distributeur, comment travaillent les représentants, qu’est-ce qui décide les libraires à prendre ou pas un titre ? Un podcast très bien fait, qui répond à toutes les questions que vous vous posez certainement.
Arno Bertina, discutant avec Philippe Roussin, revient sur le processus de création littéraire qui a conduit à Ceux qui trop supportent, titre de l’ouvrage récemment paru aux éditions Verticales en octobre 2021.
Comment naît un projet, comment se construit un livre, mais aussi : de quoi vit un auteur, quels sont les possibilités qui s’offrent à lui (résidences d’écrivains, salons, etc.), et la muséification des auteurs classiques. Un entretien dense et passionnant.
Selon une information de Reuters, reprise ce matin par le Le Monde, « le géant de l’e-commerce a proposé de relever les frais d’envoi de livres en France aux alentours de 2 euros, contre une quasi-gratuité actuellement, à condition que le Parlement renonce à un texte définissant un prix de port minimal afin de favoriser les librairies indépendantes. »
Le texte en question est celui discuté actuellement, défendu par la députée Laure Darcos, visant à sauver ce qui peut encore l’être pour les librairies indépendantes, en matière de commerce en ligne.
Rappelons quelques données : selon le SLF, « 3200 librairies exercent la vente de livres de manière significative ou principale. Les 1200 premières librairies constituent 60 à 75 % du chiffre d’affaires des éditeurs. » (chiffres 2016)
À proportions égales, la librairie indépendante représente une activité qui génère deux fois plus d’emplois que dans les grandes surfaces culturelles, trois fois plus que dans la grande distribution et, selon les chiffres de la Fédération du e-commerce et de la vente à distance (FEVAD), 18 fois plus que dans le secteur de la vente en ligne.
Les librairies indépendantes (librairies indépendantes et surfaces culturelles) représentent plus de 40 % de l’ensemble des ventes de livres au détail (43,7 % selon GFK) et davantage dans de nombreux secteurs éditoriaux : 46% en littérature, 54% en sciences humaines, 52% en histoire, 53% en beaux arts, 60% en théâtre et poésie…
67 % des références vendues sur l’ensemble du marché l’ont été dans le réseau de la librairie.
Tout cela, on le dit depuis 40 ans, la France le doit à la loi Lang sur le prix unique du livre, qui a permis de sauvegarder chez nous une diversité, tant éditoriale que commerciale, qui n’existe souvent plus ailleurs.
Amazon se moque du livre, qui ne pèse plus grand chose dans son C.A. global, maintenant que l’entreprise s’est diversifiée dans à peu près tout ce qui peut se vendre. Il n’en reste pas moins qu’elle agit en prédateur sur tous les marchés où elle opère.
Depuis la nuit du web, on cherche à définir ce que serait une écriture proprement numérique, c’est à dire une manière d’écrire, de « faire livre » disons, qui ne pourrait exister hors les outils du net. On le sait, la machine à écrire, puis les traitements de texte sur ordinateur, ont profondément modifié le rapport qu’une autrice, un auteur, entretient avec son texte. Internet est par ailleurs une révolution certainement aussi importante que l’invention de l’imprimerie.
Alors, l’écriture numérique ? Se résume t-elle à ce que nous publions sur nos blogs ? Les fils de discussions sur les réseaux sociaux sont-ils une forme nouvelle d’écriture ? Le livre numérique au format Epub lui-même est-il l’outil qui permet à cette écriture d’éclore ? Je ne sais pas. Je ne crois pas.
Une littérature qui n’existerait que par et pour le web ? Certains blogs, fuir est une pulsion, La Grange, pour en citer deux, s’en rapprochent certainement. Les expériences vidéos qu’on regroupe sous l’appellation « Littéra-Tube » aussi. Dans son journal d’octobre, Guillaume Vissac écrit la chose suivante, qui me semble une piste intéressante :
(…) partons de deux constats. Déjà, faire son deuil de considérer l’epub comme forme. Ni sur le plan créatif (mieux vaut opter pour un site web), ni sur le plan du commerce (décroissance absolue du marché numérique depuis près de dix ans pour nous). Autre constat : il faut se rapprocher des usages de chacun. Beaucoup utilisent leur téléphone portable pour lire, et pour naviguer entre des contenus. Mais très peu dans le cadre de la lecture longue. Ce sont les storys instagram et les threads Twitter qui ont raison, et qui seuls exploitent correctement la logique des flux. De micros articulations entre de micros contenus. Imaginons un site web ou une application (à ce stade, c’est exactement la même chose). Imaginons, donc, un espace qui soit pensé pour afficher un texte phrase après phrase. Il faut que le texte s’y prête. Mais admettons que oui. On accède à une page très simple à prix libre. L’accès à ce livre peut donc être gratuit. Le texte affiche une phrase à la fois, decontextualisée du reste. Il n’y a pas de notion de paragraphe, voire de chapitre. Quatre actions sont possibles. Partons du principe que nous sommes sur un smartphone, mais l’équivalent s’envisage évidemment sur navigateur. Scroller vers le haut remonte à la phrase précédente. Scroller vers le bas fait apparaître la phrase suivante. Balayer vers la gauche permet de partager la phrase sur des réseaux X ou Y. Balayer vers la droite permet l’équivalent d’un like (ou vice versa). C’est tout. Le lecteur, la lectrice a un compte, ou en tout cas est identifié d’une façon ou d’une autre. Chaque phrase qu’on like est stockée quelque part et produit un genre d’arborescence, ou de squelette. L’identification ou le cookie de session est également nécessaire pour sauvegarder notre position dans le texte, et pouvoir reprendre la lecture où on l’a arrêtée. On peut aussi accéder à une synthèse de son parcours et de ses phrases likée. Je crois que l’idée derrière l’idée, c’est de se dire : chaque lecture produit au fond un livre différent. Là, chaque page de lecture est stockée et peut être partagée avec d’autres. Venez comparer le livre XX tel qu’il a été lu (et donc sauvé) par Bidule ou par Machin. C’est et ce n’est pas le même livre. Au-delà, on peut produire des statistiques. Par exemple quelles sont les phrases les plus likées, et quel parcours de lecture ça dessine. L’appel à prix libre ne se ferait qu’à deux moments : avant de commencer le livre, et une fois qu’on l’a terminé. Il n’est pas impossible qu’on puisse ainsi rémunérer sa lecture après sa lecture.
Un peu plus loin, il ajoute (mais je crains qu’il ne vous perde) :
(…) pour réaliser mon prototype d’outil de lecture web en cascade, il faut moins lorgner sur un système de like type réseau social qu’opter au fond pour un grand formulaire en temps réel ajaxé (Mais sans doute convient-il d’user d’une autre terminologie, par exemple : formulaire asynchrone de connexion en AJAX et JSON ou, tout simplement, formulaire dynamique. À moins qu’il ne faille en recourir au mot clé auto-submit (ce n’est pas sale, je préfère préciser).)