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  • Peanut dust

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    Peu après le départ de Randy, à 17 h 15 très précisément, nous sommes partis pour Albuquerque, où nous avions réservé une table au Texas Roadhouse : le soir, en effet, les Américains mangent tôt…

    Texas Roadhouse, c’est une chaine de restaurants spécialisés dans la cuisine américaine traditionnelle, et l’on y mange bien. Dès l’extérieur, la fumée qui s’échappe de la cheminée au-dessus des cuisines vous met en appétit. L’ambiance ici est résolument western : les murs et le mobilier sont en bois, et il y a un bar au milieu de la pièce tout autour duquel on peut s’attabler, à moins que l’on préfère l’intimité et le confort des booths, ces espaces disposées sur les côtés où sont des banquettes et des tables. La country music joue à fond, il y a un vieux juke-box à l’entrée et des écrans géants fixés aux murs retransmettent un match de baseball.
    Sur notre table, comme sur toutes les tables, un seau de cacahuètes non décortiquées, et les épluchures sont à jeter par terre de préférence : effet saloon garanti !
    L. prend un steak et des ribs, moi un faux-filet de 350 g, le Fort Worth Ribeye, accompagné de buttered corn et d’une patate douce, servie avec du beurre et des marshmallows fondus, pas moins. Je fais passer le tout avec une pinte de Blue Moon. Un festin, oui, un régal, certes, mais quand même un rien excessif… C’est qu’ici, on ne plaisante pas avec la bouffe !

    Après diner, nous nous arrêtons chez Wallmart. L. part à la recherche de lunettes de soleil, je file avec Bob au rayon spiritueux. Il prend une bouteille de bourbon 101 Old Kentucky pour la semaine qu’il s’apprête à passer dans le Kansas avec Randy. Là-bas, à cette période, la température le jour oscille entre 0 et -5°. Le bourbon, le soir, au campement, ne sera pas de trop.

    De retour à la maison, c’est popcorn salé et soirée pyjama dans le canapé devant un film, et les popcorn pris comme ça ont le goût de l’Amérique.

    Une photo par jour : 208 — Texas Roadhouse, Albuquerque, NM
    Fragments d’un voyage : Le Nouveau Mexique, octobre 2013

    Licence Creative Commons

  • Petit déjeuner chez Abuelita’s

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    Seul dans la cuisine, j’écris ces quelques notes sur mon carnet. Tout le monde dort encore, à l’exception de Bob, levé comme moi au petit matin et avec qui j’ai pris un café un peu plus tôt. Debout dans la cuisine, face à la fenêtre, nous avons regardé en silence le soleil se lever sur les Sandia mountains.
    J’étais réveillé à 4 h ce matin, et j’ai eu beaucoup de mal à me rendormir, comme chaque jour depuis le début de ce voyage. Au fur et à mesure que nous avançons, des choses vues, des personnes que l’on croise, ressurgissent de mon passé. Elles font écho en moi, et tout à la fois me ramènent loin en arrière et me projettent vers l’avenir. Ce journal, ces notes qui viendront plus tard commencer un livre, sont une manière d’exorcisme.

    En juillet 2012, quand je visitais mon père à l’hôpital, alors qu’il était allongé sur ce lit qu’il ne devait plus quitter, nous avons parlé de mon prochain voyage à New York, prévu le mois suivant. « Tu vois, me dit-il, j’ai beaucoup voyagé : l’Afrique, l’Europe, le Proche-Orient, mais l’Amérique, jamais. L’Amérique, c’est toi qui le fais pour moi. »
    Au lendemain de sa mort, en septembre, ce voyage s’est imposé comme une évidence. La prise de conscience du temps qui passe, des années écoulées, des souvenirs et des moments perdus, des gens qui comptent et que l’on n’a pas revus, il y avait tout cela, mais surtout, il y avait l’envie de faire ce voyage pour lui.
    Mon père, désormais, je le porte en moi, et ces lieux que je traverse à nouveau, il les découvre enfin. Ce voyage, vraiment, je le fais avec lui.

    Lorsque tout le monde fut réveillé, nous sommes sortis prendre un petit déjeuner mexicain chez Abuelita’s, à Bernalillo, à 20 kilomètres de Rio Rancho. J’étais déjà venu ici en 1994, et j’ai aussitôt reconnu le lieu, aussi étrange que cela paraisse. À l’intérieur, quelques tables et ça et là, de vieux distributeurs de sodas exposés. Le repas fut incroyablement savoureux, exactement comme dans mon souvenir.
    Angela, Byron, son mari et leur fille Mason, devaient partir ensuite, et il fut difficile de se dire au revoir. Nous avons pris beaucoup de photos les uns des autres, tentative maladroite et émouvante de figer ce moment avant qu’il ne soit plus lui aussi qu’un souvenir. Trop d’années avaient passé depuis la dernière fois.

    En quittant le restaurant, nous sommes allés directement à l’aéroport rendre notre voiture de location. Une page du voyage se tournait soudainement, le road trip était fini, il ne restait des 1656 kilomètres parcourus qu’un peu de poussière sur nos chaussures, des souvenirs, des notes dans un carnet et quelques photos pour plus tard.

    Une photo par jour : 201 — chez Abuelita’s, à Bernnalillo, NM
    Fragments d’un voyage : Le Nouveau Mexique, octobre 2013

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  • Un désert climatisé

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    Drôle de désert que ce désert des Mojaves : 40 000 km² de plaines arides et de massifs rocheux qui recouvrent la Californie et empiètent sur l’Utah, le Nevada et l’Arizona ; c’est le plus sec des déserts du continent, célèbre pour sa vallée de la mort, un yucca nommé Joshua tree, et une ville fondée par les mormons en 1855, avec une population aujourd’hui estimée à 1 777 539 personnes et la plus grande capacité hôtelière au monde : Las Vegas.
    Peu après Barstow, on quitte la Californie pour le Nevada, et on roule encore 240 km sur l’interstate 15. On est en plein désert, mais c’est un désert traversé par une autoroute qui transporte jour et nuit des milliers de véhicules. Ici la highway patrol veille à faire respecter la loi, zero tolerance s’affiche sur certains panneaux et à intervalles réguliers on voit débouler des voitures, surgissants de nulle part, sirènes et gyrophares allumés, derrière ceux qui se risquent à rouler à plus de 70 miles à l’heure.
    C’est un désert, oui, mais un désert climatisé, en quelque sorte.

    Une photo par jour : 193 — Désert des Mojaves
    Fragments d’un voyage : USA, octobre 2013

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  • Big sur, ça n’existe pas

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    Big sur, ça n’existe pas.
    Big sur ça n’existe qu’en nous. Big sur, c’est un rêve. Le rêve d’un fou épris de liberté, le songe d’un démiurge malade, un songe baroque et délirant. Big Sur : El Sur Grande, le Grand Sud. Octobre, c’est l’été indien ici, et le rêve n’en est que plus beau.
    La highway 1 suit en serpentant des falaises escarpées abritant des criques où viennent s’abîmer les vagues du Pacifique. À flanc pousse une végétation verte et rouge sang. 99 miles, 160 kilomètres de beauté sauvage. Sur notre droite, l’océan à perte de vue, et si l’on observe attentivement on y verra se baigner des lions et des éléphants de mer ; sur notre gauche, les Santa Lucia mountains, recouvertes de forêts d’eucalyptus, de lauriers et de séquoias. Nous multiplions les arrêts pour marcher un moment sur les chemins qui bordent ces lieux magnifiques hantés par les fantômes de Kerouac et d’Henry Miller.
    Henry Miller, justement, et la Memorial Library qui porte son nom, un lieu atypique perdu dans les bois, presque caché au détour d’un virage, protégé par une haute palissade faite de rondins de bois. On pénètre d’abord dans un parc où sont, au fond à droite, une scène de théâtre et, disséminées un peu partout, des œuvres d’artistes du cru, contemporains ou non. La librairie n’est pas très grande, c’est un chalet en bois qui propose les œuvres des enfants du pays : fanzines et petits tirages des auteurs d’aujourd’hui côtoient les paperbacks de Miller, Kerouac et Steinbeck. Un Mac hors d’âge permet un accès à internet et l’on peut boire du thé glacé. Derrière le comptoir, une large fenêtre protégée du soleil par un rideau réalisé avec des billets de banque provenant du monde entier. Au-dessus, un immense portrait d’Henry Miller pensif, assis dans un fauteuil à son bureau, qui semble nous dire que l’endroit lui plait.

    « You’ve been to Big Sur before ? » Me demande le libraire. « Nope, but I’ve been to Clichy » je lui fais.
    Décidément, on est bien ici. On y passerait des heures, mais voilà, la route est encore longue, la journée s’étire et il faut repartir.

    Une photo par jour : 189 — Henry Miller Memorial Library
    Fragments d’un voyage : Big Sur, octobre 2013

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