Étiquette : cut-up

  • Je rebats une dernière fois les cartes

    tarot Hexen

    J’étais enfant quand tout a commencé.
    J’ai traversé des eaux terribles pour retourner chez moi, ma chair a été dissoute sous une pluie acide, mes membres dispersés, mais mon âme est restée intacte, mélancolique. Pour me protéger de vous, je me suis fabriqué une créature d’argile qui vit à l’intérieur de moi. Quelqu’un d’autre désormais éprouve ma peine.

    Les yeux dans le vague, un poison coule avec mes larmes. Le manque me revient souvent à l’esprit et mon cœur saigne de la blessure d’un autre. La douleur est un leurre destiné à tromper le corps ; la fiction est l’espace réel qui permet de s’étendre.

    Je me tiens au-dessus de vous en équilibre instable, égaré peut-être, oui, mais libre, et si on me rattrape, au moins aurais-je essayé de me perdre dans la nuit pour me nourrir de la matière des rêves. J’ai vaincu au jeu la roue du temps qui depuis tourne à vide. J’ai découvert que Dieu mentait, mais même ainsi, chacune de ses paroles fait sens. Il y a des insectes sur mon visage, des fourmis qui glissent sur mes paupières, mais je vois encore clairement le plan.

    Et je rebats une dernière fois les cartes pour échapper au piège du jour avant qu’il ne soit trop tard.


    Photo : janvier 2016, tirage aléatoire de cartes du tarot Hexen 2.0 créé par Suzanne Treister

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  • La langue vive

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    La langue vive s’efface, les couleurs des notes s’affichent en surfaces courbes. Les paroles ne sont plus des ordres. Les sons se mêlent au corps, le cœur suffoque et je cours dans la perspective des mots. Le remords disparait dans la musique de nuit.


    Photo : Pic Saint-Loup – janvier 2016

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  • La bonne fortune automatique

    Sans titre

    Plus tard, la bonne fortune automatique ravivera la mémoire du chaos, mais aujourd’hui nos rêves s’égouttent au fil des heures en fin de semaine.
    La musique des amants est une sentinelle qui nous sert en pâture le sens de la métamorphose et nos vies dépravées sont à des années-lumière de nos corps véritables.
    La nuit, les journaux n’ont d’yeux que pour le crépuscule d’un simple simulacre ; sa présence, pourtant, est une rupture magique indifférente à la reconnaissance. L’anxiété est une arme trouble qui souffre de notre existence sur terre. Il n’y a plus la moindre trace de vie dans ce monde désolé ; nous mourrons subvertis dans l’étoffe de l’amour.


    Photo : Défense d’entrer – septembre 2015

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  • La dévorante manière

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    Je creuse ma douleur, mon soleil noir, ma dévorante manière. À minuit, les ombres de la forêt portent haut ma chanson. La lune est mon désespoir et mon unique lumière, mon ambition blessée d’étoile vive. Je laboure l’abattement des jours faux, je crie dans le vide dans l’obstination des mots à ne plus vouloir se taire. Mais les chiens n’aboient que pour combler l’abime.
    Et je sais qu’à la fin il n’y a rien, on finit toujours seul.


    Photo : Coucher de soleil près du Pic Saint Loup, janvier 2016

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