par le trou de serrure

(12) Se réveiller et se rendre compte qu’on ne se réveille pas. Ouvrir les yeux et c’est toujours le noir. (15) Quelque chose ne veut pas s’allumer. (30) Dans le miroir, le visage est ridé, vieilli, les yeux fous sont ceux d’un inconnu. (43) Dans le noir, les marches qui descendent à la cave luisent d’une lumière étrange, comme recouvertes d’un épais liquide. (7) Les araignées, partout. Je ne les vois pas, mais je les entends glisser. (73) La pièce est vide, je marche dans le rêve. Mon grand-père est assis à son établi. Il ne me voit pas. (28) C’est le bout du monde ici. Je ne connais rien, et personne ne me connaît. La lumière électrique illumine les rues nuit et jour, il n’y a pas de place pour le noir. (46) Quelquefois, il me semble voir une ombre, qui se cache et m’observe. (39) Quelqu’un sait. (13) Parfois, je ne dis rien, je fais comme si de rien n’était, parfois je ne peux pas, c’est plus fort que moi et je pars en courant, pris d’une peur panique. (33) Il y a un trou derrière les rayonnages. (4) Sous le château, la vieille est tapie. Elle vit là, cachée. J’entends ses histoires. Ses yeux percent la nuit. (24) Je savais ma terre condamnée. (67) Je me précipitais à l’étage, emporté par l’ivresse. (10) Le placard était restauré, les murs cachés par des cartons. Je devinais derrière les pierres humides, le fatras monstrueux qui envahissait le débarras. (2) Un par un, ils empruntèrent le passage. (42) Je me réfugiais là, accroupi, à l’abri du mur effondré. (99) Les vieilles tentures protégeaient la maison lourde de la lumière, mais l’humidité se déposait partout sur les murs. (52) Dans le village, des yeux épient derrière les portes. (16) À peine vêtu, il descend quatre à quatre jusqu’au salon, et trouve la porte fermée. Pourtant, il était seul. (18) Les corps flasques, éventrés, tenaient parfaitement dans le placard vermoulu. (78) Quelqu’un arrivait alors, qui voulait manger. (41) Jusque dans la cave résonne le son de cloches anciennes. (17) Depuis l’escalier, la maison semblait floue, le palier disparaissait, la pénombre coulait le long des marches. (45) J’entendais un souffle dans le noir, le parquet ciré faisait danser les ombres. (23) L’ivresse humide suinte du plafond. (87)Le jour d’après, Jean descendit à la cave, se réfugier dans le noir. (98) Je filais entre les pierres étroites. À ma gauche, quelque chose éclata. Il me semblait voir l’escalier, les pierres empilées, le bout du tunnel. Je glissais sur les parois lisses. Je devinais la lumière, mais la porte était fermée. Je frappais de toute mes forces et le bois céda. J’étais libre. Dehors, la forêt craquait dans le vent violent. (9) L’araignée devenue folle s’agitait dans sa toile, comme prise de vertige.


Ce texte a été écrit dans le cadre de l’atelier d’écriture proposé par François Bon pour cet été 2015, vers le fantastique.

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distensions du temps

Le café chaud, la tasse frôle à peine mes lèvres que l’odeur m’envahit déjà, elle adresse les signaux d’usage à mon cerveau engourdi, malade de la nuit passée, ça clignote orange là-dedans, il y a des sas qui s’ouvrent à grand bruit, je sens l’écho de portes lourdes qui se referment, le bourdonnement des neurones mis sous tension, le bouton MARCHE FORCÉE s’enfonce et ça claque et ça déchire à l’intérieur, ça s’agite derrière les yeux vitreux, c’est comme une lampe qui chauffe, voilà, j’aimerais que ce soit ça, un vieil amplificateur à lampes, mon cerveau, une machine ancienne mais bien huilée, du solide, une valeur sûre, mais chaque matin c’est plus dur, les lampes grésillent et sautent et il n’y a plus d’ampoules de rechange, modèle définitivement périmé, depuis longtemps au rebut, c’est presque un miracle que celui-là tourne toujours, ça chauffe par contre, ça oui, ça chauffe et l’allumage est de plus en plus lent, la mise en veille aussi, cela dit, comme un vieil ordinateur qui fait ses mises à jour, mais il n’y a plus rien à mettre à jour, sinon l’inventaire des cellules mortes et la consigne des rêves de la nuit passée, déjà presque oubliés, dûment enregistrés pourtant dans l’inconscient, qui ressortiront sans prévenir comme un retour d’acide, same player shoot again, des ombres qui passent, là, sous mes paupières qui peinent à s’ouvrir, des images fortes qui me secouent encore et je les touche du bout des doigts, mais c’est fugace, elles glissent furtives et leur sens m’échappe définitivement. C’est l’ordinateur central qui se charge de l’archivage sans que j’en sache rien, le résultat inscrit méthodiquement dans ma boite noire qu’on retrouvera peut-être quand tout sera fini, les parois encrassées du café déposé, le café chaud qui coule enfin dans ma gorge, cette première gorgée qui me brûle le palais, mais au moins, voilà : je sais que je suis en vie.


Ce texte a été écrit dans le cadre de l’atelier d’écriture proposé par François Bon pour cet été 2015, vers le fantastique.

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juste avant, tout juste

Enfant je descends, à 15 ans, à 30 ans je descends encore les trois mêmes marches qui mènent à la cave. Dans le noir je descends l’escalier, les trois marches, les morceaux de verre sur le sol de terre battue craquent sous mes semelles, mes yeux s’habituent à la pénombre, le mur de pierre, humide — l’humidité je la sens qui rampe jusqu’à moi, je la sens sur mes vêtements, sur ma peau, je la sens même en moi, les yeux pleurent, le nez coule, l’allergie, après les maux de tête, crise d’asthme souffle court inhalateur, je sais —, je descends quand même, la cave condamnée, interdite, j’y vais quand même, derrière la vieille porte en bois les marches sont glissantes, humides et noires, à 30 ans je descends les trois marches et l’escalier est refait, trois marches parfaitement lisses et propres, et le sol pareil, en béton lisse, le beau et grand tapis posé dessus, les meubles, anciens mais restaurés, cirés, parfaitement fonctionnels, ont remplacé les vieux placards vermoulus, les portes tordues, les plaques de verre et les planches moisies, je descends les trois marches, je dois me pencher pour ne pas me cogner à la voute du plafond de la cave, à 15 ans la voute m’enveloppe je descends dans le noir je devine les formes des objets abandonnés par d’autres avant nous, les meubles les portes éventrées les gonds qui ont cédé, l’humidité qui suinte, la moisissure fine pellicule noire qui glisse sur la pulpe des doigts l’humidité partout, les murs détrempés, la vieille pierre qui brille dans le noir sauf là où sont les toiles d’araignées, devant le passage, comme une tenture patiemment tissée pour en protéger l’accès, à 30 ans le passage est muré les araignées sont parties mais le mur en porte encore trace, trois marches, parfois j’ai une lampe de poche parfois non parfois les piles me jouent des tours la lumière va et vient je me cogne les formes floues les meubles oubliés le verre craque sous mes pieds les toiles d’araignées s’accrochent à mes cheveux je descends les trois marches je me penche pour passer sous la voute la lumière douce du plafonnier l’araignée tend un fil depuis la lampe je souffle et l’araignée tombe court sur le tapis je l’écrase du talon par réflexe le mur de pierre nettoyé restauré ne cache plus rien le passage est fermé bétonné caché derrière une armoire épaisse en bois massif, mais derrière ?


Ce texte a été écrit dans le cadre de l’atelier d’écriture proposé par François Bon pour cet été 2015, vers le fantastique.

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