Catégorie : textes

  • Les beaux jours

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    Belle journée ensoleillée, et vide-grenier du dimanche matin, l’occasion de faire le vide (un peu) dans le bric-à-brac du garage, l’occasion, aussi, de chiner pas mal. J’aime les vieux postes à galène, les magnétos à bandes, les vieux micros, les platines vinyles, les appareils photo argentiques, et tout ça s’entasse aussi dans le garage si je n’en trouve pas immédiatement l’usage, mais là, pas question de m’en séparer.
    J’avais en tête cette fois de dénicher un polaroid, et des pola j’en ai trouvé, à tous les prix, des très vieux, des sophistiqués, des basiques (pour 8 ans et plus, c’est écrit au dos), des avec étuis et même un encore dans son emballage d’origine, mais aucun qui m’est plu vraiment, et quand je me promène comme ça, de stand en stand, il faut que j’aie un coup de cœur, ou sinon rien.
    Un coup de cœur, j’en ai eu un, une première fois, pour une caméra super 8 Sankyo Es 66xl, 4 euros, pas même sûr qu’elle marche (mais peut-être, après tout), ni même que je m’en serve un jour. Il y a un film neuf dans la boite (30 ans d’âge, on imagine le résultat que ça peut faire !), et la garantie de deux ans, émise en 1976.
    Et puis, et puis… Une petite table, et dessus une dizaine d’appareils photo, un Retinette, deux copies de Brownies, trois polaroids (eh oui !) et un Foca Sport, magnifique, avec son étui en cuir usé. Impossible de résister, je le prends, le repose, l’étudie sous tous les angles, je n’arrive pas à le lâcher. Le vendeur m’assure qu’il est en bon état, c’était le sien et il est tout prêt de verser une larme quand il m’en parle (le gars est bon vendeur, et moi j’ai l’enthousiasme facile). Voilà, l’affaire est faite et je repars avec, léger et heureux.
    C’est qu’un Foca, ça n’est pas rien, un petit bijou avec obturateur à rideaux et visée télémétrique, imaginé en 1938 pour concurrencer Leica. Le premier modèle sortira finalement après guerre, en 1945. Plusieurs déclinaisons suivront, jusqu’aux années 60 où la marque disparait, victime de la concurrence étrangère. Entre temps, et pour rivaliser avec le Kodac Rétinette qui connait un grand succès, Foca sort en 1955 le Foca Sport (sans la visée télétrique), et c’est la deuxième version, celle de 1958, que j’ai acheté aujourd’hui.

    Mais Foca, c’est aussi l’histoire d’un aristocrate et industriel français, Antoine Auguste Agénor Armand de Gramont, ami proche de Marcel Proust, pour qui cette entreprise fut l’œuvre de toute une vie, et lorsqu’il meurt en 1962, Foca ne lui survit que deux petites années.

    Et voilà comment des liens se tissent de manière inattendue, qui font se rejoindre Proust et la photographie.

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  • Atomes d’argent

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    Prendre un film de plastique recouvert d’une couche de gélatine sur laquelle sont couchés en suspension des cristaux d’halogénure d’argent. L’exposer à la lumière : une image latente se forme en gouttelettes. Plonger ensuite le film plastique ainsi exposé dans plusieurs bains chimiques, qui provoquent une accélération de la réduction des ions Ag+ en atomes d’argent.*
    Pour le profane, le procédé photographique dit argentique ressemble à s’y méprendre à une formule alchimique, aussi mystérieuse qu’elle est poétique.

    J’ai grandi dans un monde analogique où Instagram s’appelait Polaroïd et où les selfies, on les faisait dans la cabine photomaton du Monoprix. L’ordinateur — cette étrange machine constituée d’armoires métalliques émettant des lumières clignotantes vertes et rouges et enfermées dans des salles réfrigérées où le commun des mortels n’avait pas accès —, était cantonné, pour ce que j’en savais, aux films de science-fiction et aux salles de contrôle de la NASA. On n’imaginait pas que l’informatique viendrait un jour coloniser notre quotidien. On n’imaginait pas pouvoir téléphoner depuis la rue autrement qu’enfermé dans une cabine téléphonique à pièces ou à carte. On n’imaginait pas un appareil photo sans pellicule dont on pourrait voir aussitôt les clichés.
    Avec nos petits appareils compacts ou jetables, nos Kodak Ektra 250, nos Olympus XA, nous fixions sur pellicule notre quotidien par tranche de 24 ou 36 poses, qu’on faisait développer ensuite par un labo — mais pas toujours : combien de films encore dans des placards, oubliés, les souvenirs qu’ils contiennent s’effaçant progressivement comme ils disparaissent de notre mémoire ? Les sachets de papier avec les tirages, mat ou brillant, et les négatifs finissaient ensuite la plupart du temps dans des boites à chaussures stockées sur le dessus d’une armoire.

    Revenir à la photographie argentique aujourd’hui c’est à la fois retrouver de vieux procédés dont on avait presque tout oublié, et en même temps tout apprendre, les mesures et les réglages, le tout manuel, quand le Sony numérique nous facilite quand même grandement la tâche, et qu’avant, avec nos appareils entrée de gamme, jetables ou non, il suffisait d’appuyer sur le gros bouton carré pour avoir une image, et on se souciait peu de savoir si elle était réussie ou non, sur ou sous-exposée.
    Revenir à la photographie argentique aujourd’hui n’est pas sans épreuves, si je puis dire : ma première pellicule, je l’ai mise de travers dans mon Nikon FE, et je me suis trimballé jusqu’en Californie avec, prenant des images qui ne se fixaient que pour un instant sur la rétine de mon œil. Le film, lui, restait vierge. J’essayais ensuite avec une pellicule vieille de 20 ans, espérant un miracle (Saul Leiter n’utilisait-il pas lui-même à ses débuts des films périmés, produisant des effets de couleurs incroyables ?). J’obtins mes 36 photographies, mais il n’y eut pas de miracle : les clichés sont trop sombres et tirent trop sur le vert pour être véritablement exploitables.
    Il en fallait plus pour me décourager, et j’installais une pellicule Kodak Gold 200 dans mon Ricoh KR -10, cet appareil acheté 4 € dans un vide-grenier que je voulais tout de même tester. Avec, je photographiais tout et n’importe quoi, non sans une certaine impatience, mais enfin, de cette pellicule, avec un appareil bien inférieur au Nikon, je réussissais à faire quelques photos plaisantes. Oh, pas plus de trois ou quatre, sur une pellicule de 36 poses, mais assez tout de même pour me donner envie de continuer.
    Cette croix qui semble exprimer une certaine perplexité, je l’avais déjà prise en photo, au tout début de mon projet 365, et voilà qu’elle réapparait alors que ce projet touche à sa fin. On mesurera, ou non, les éventuels progrès réalisés. Je note seulement qu’il y a un an, jamais je n’aurais pensé un jour photographier en argentique, et ça, pour moi, c’est déjà quelque chose.

    Une photo par jour : 330 / Appareil Ricoh KR-10 – Pellicule Kodak Gold 200 / Mars 2014

    * Les passages en italiques sont extraits de l’encyclopédie en ligne wikipedia

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  • Femme avec enfant

    Femme avec enfant

    Dans un petit ouvrage fort sympathique que je suis en train de lire, Le livre qu’il vous faut pour réussir vos photos, Henry Carroll, l’auteur, à un moment donné écrit ceci : « on ne peut pas tout avoir et mieux vaut saisir le bon moment avec les mauvais réglages que le mauvais moment avec les bons réglages. »
    C’est à peu près ce qui m’est arrivé pour cette photo, prise dans un restaurant de Montpellier. J’étais assis quand j’ai repéré cette ouverture entre les tentures blanches, le rouge du mur qui répondait au rouge des fauteuils, et cette jeune femme qui est passée une première fois, avant de se retourner pour attraper son enfant. Je n’avais sur moi, dans la poche de ma veste, que mon téléphone, et je me suis empressé de le sortir et de viser comme je pouvais, et comme j’étais trop loin j’ai du zoomer, ce qui explique la mauvaise qualité de la photo.
    Et pourtant, en dépit de tous ses défauts techniques, c’est une photo qui me plaît beaucoup.

    Une photo par jour : 325 – Montpellier, mars 2014

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  • Portrait-robot

    Partir à l’aventure, carnet du jour
    Disparaître immobile
    Réchauffer un moment les frissons sur la peau

    Reste la route de nuit
    Le voyage qui avale l’obsession
    Photo classée, quelques notes et il faut partir
    Remplacer le marteau par un souffle

    Le matin compte encore
    Le temps finira par finir
    Le bleu, parfois le blues
    La musique déserte quelques souvenirs portables

    Besoin de vieux récits
    Quatre Stones et risque maximum
    Toujours quatre démons tranchants
    Ébauches d’épisodes avalés

    Je veux déjà noter les rêves
    Je veux juste une messe, un abri
    L’enfer est fait de ces textes qui viennent du cœur


    J’aime les jeux d’écriture (pas comptable, mais littéraire), les cut-ups, l’écriture automatique, les libres associations d’idées. Je pensais à cela en lisant hier soir la proposition d’écriture à partir d’un texte de Jacques Roubaud que donne François Bon sur son site (les ateliers d’écriture sont des expériences magiques, les propositions de François Bon sur tiers livre sont un trésor), et je me suis souvenu avoir noté l’autre jour des bouts de phrases qui me venaient en regardant le Wordle généré à partir de l’url de mon blog.
    Simplement mis en forme (arbitrairement en vers non rimés, mais il ne s’agit pas nécessairement d’un poème), et en supprimant quelques redondances, le texte, qui m’a paru s’écrire seul, brosse pourtant un portrait qui pourrait être le mien, comme un portrait-robot.

    Une photo par jour : 319 Robots – mars 2014 / Projet 52 épisode 18

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