Catégorie : instantanés

  • S’enfoncer dans la brume

  • Genèse

    Comme j’écrivais mes larmes une à une, les poches vides et les poings crevés, du sang coula sur la page. La difficulté initiale résidait dans le silence. L’aventure s’entreprend la nuit : la nuit, tout est mouvement.

  • Pousser la porte, prendre le large

    La grande pièce sombre est vide, sinon pour deux plantes vertes et un tapis de type persan, posés près de l’entrée. Par les fenêtres et les ailes vitrées de la porte-tambour glisse doucement à l’intérieur la lumière triste et grise du jour qui se lève à grand-peine. Deux marches, et je pousse la porte pour […]

  • San Remo, mai 2015

    Immersion dans les eaux profondes de l’écriture ces temps-ci, travail au long court, et c’est trop tôt pour en donner des extraits ou même un aperçu. Étrange paradoxe : je suis trop pris par l’écriture pour pouvoir donner ici à lire. Du coup, je donne à voir : La vie, seulement la vie, la forme humaine […]

  • Face à la mer

    La mer, depuis ma fenêtre, me manque parfois. Elle n’est pas loin de là où je suis habituellement, la mer, mais ça n’est pas comme s’endormir bercé par ses vagues, et rien ne vaut le café du matin, quand, face à la fenêtre ouverte, l’horizon où l’eau et le ciel se mélangent, l’esprit encore endormi […]

  • Pensée pour mon père

    Le 2 mai 2015, mon père aurait eu 91 ans. À San Remo, face à la mer, je regarde l’horizon. En face, invisibles à l’œil nu, il y a ces pays qui l’ont vu grandir. On les appelait les pays du Levant. Aujourd’hui le soleil se lève sur des ruines, les hommes là-bas se déchirent, […]

  • Are, bure, boke

    L’image par elle-même n’est pas une pensée. Elle ne possède pas la complétude d’un concept. Elle n’est pas non plus un code interchangeable comme l’est le langage. Pourtant, sa matérialité irréversible — ce morceau de réalité qui est figée par l’appareil-photo — constitue l’envers de la langue, et pour cette raison, parfois, il stimule le […]

  • L’espoir

    L’APPAREIL EST TENU HORIZONTALEMENT : maintenir l’appareil fermement. L’index de la main droite actionne le bouton de déclenchement. La première phalange du doigt appuie progressivement et produit un déclenchement sans secousse. L’appareil en mode manuel, fermer les yeux et voir. Oublier la couleur, se concentrer sur les formes, observer la lumière. Laisser l’image venir à soi. […]

  • Walkin’ the dog

    Je sens alors, pourvu que je ne me hâte, que je ne cesserai jamais d’être. Lorsque je suis tombé la première fois sur cette phrase de Rilke, dans mon empressement, j’ai sauté la négation première et j’ai lu « pourvu que je me hâte ». C’est qu’un sentiment d’urgence me poussait alors — il me pousse toujours, […]

  • Ummagumma

    Association d’idées et faux effet d’abyme, cette photo en appelle une autre, celle de la pochette du quatrième album de Pink Floyd, qui donne son titre à ce billet. Plongée verticale en eaux profondes ces temps-ci, exposition théorique aux techniques argentiques, dans l’attente du révélateur, avant le bain d’arrêt aux sels d’argent qui fixera le […]

  • Depuis la fenêtre arrière

    Ces temps-ci, j’ai l’impression de vivre dans ma voiture, toujours sur la route. La route, parfois ce sont des moments de joie, souvent des moments de replis nécessaires, mais d’autres fois, la route de nuit, c’est l’angoisse au ventre, l’histoire qui se répète et l’indicible douleur au bout. Il faut bien faire face, pourtant. Et […]

  • L’île singulière (la littérature à l’époque de sa reproductibilité numérique)

    Nous voilà avec notre corps debout dans le soleil comme un palais plein de merveilles, mais, vous qui cherchez la vérité, ô âmes graves et nobles, descendez sous les fondations, de caves en caves.Melville – Moby Dick N’en déplaise aux cassandres qui prédisent régulièrement sa fin, le livre, sous sa forme communément admise, continue d’exister. […]

  • S’éloigner du rivage, gagner la haute mer

      Beaucoup d’envies ces temps-ci, pas toujours conciliables avec l’emploi du temps. Le temps est relatif, croit-on savoir, on essaie de le plier à sa volonté, et tant pis pour la fatigue. Le temps, on voudrait justement l’employer autrement, sortir du banal, du répétitif, de l’habituel, de l’ordinaire. On voudrait un quotidien exceptionnel, surprenant, inédit. […]

  • Fenêtre sur cour

    Sonné, voilà. On est sonné, KO debout. On sait qu’il faudrait publier quelque chose, écrire, mais écrire quoi ? Écrire au moins pour soi, parce qu’on est vivant ; même si on ne sait pas quoi ni pourquoi, écrire quand même. Dans les premières heures, on ne peut pas, mais les jours qui suivent, oui, les mots […]

  • Agité du bocal

    À la mi-décembre j’ai terminé un texte ayant Londres pour prétexte, un texte intime et personnel — bien plus que je ne l’aurais cru —, et c’est chaque fois pareil : lorsque s’inscrit sur l’écran le point final, à l’euphorie de l’écriture succède le vide que vient très vite remplir le doute. Alors on repart, et […]

  • Baby, you can drive my car !

    Moi, le froid, l’hiver, j’aime ça. Ma voiture un peu moins, elle s’enrhume, tousse, rien n’y fait, et voilà, hier matin, elle ne démarre plus. Un coup de pinces, et c’est assez pour relancer la machine et rouler jusqu’au garage, mais guère plus loin. Le 31 décembre, le garagiste, lui, ne chôme pas. Il me […]