Coney Island Baby


 

Aww, but remember that the city is a funny place
Something like a circus or a sewer
And just remember different people have peculiar tastes
And the glory of love
The glory of love
The glory of love might see you through

— Lou Reed, « Coney Island Baby »


Photo : Coney Island, New York, août 2018.

Faites-vous votre propre Bible

Make your own Bible. Select and collect all those words and sentences that in all your reading have been to you like blasts of a trumpet out of Shakespeare, Seneca, Moses, John and Paul.
– Ralph Waldo Emerson

Toujours cette idée du commonplace book qui me trotte dans la tête. Faites-vous votre propre Bible, écrit Emerson dans son journal, en juillet 1836. Compilez pour vous-même les phrases qui, dans vos lectures, sonnent comme des fanfares, qu’elles soient tirées de Shakespeare, de Sénèque, de Moïse, ou de Jean et Paul (oui, les apôtres, et non pas John et Paul des Beatles, quoique dans mon cas…).
Un projet de livre autour de la photographie vient régulièrement me titiller, pour lequel je prends des notes depuis de longs mois. Un livre monstre, dont je commence à peine à cerner les contours, mais dont je n’ai pas encore idée de la forme. Quelque chose qui ressemblerait au S,M,L,XL de Rem Koolhaas et Bruce Mau. À la manière du Zibaldone de Leopardi, un commonplace book, un livre entièrement construit de miscellanées, de réflexions, de citations, de notes, de schémas. Un livre construit comme un morceau de hip-hop, à base de sampling (à propos de sampling en littérature, je vous renvoie sur le passionnant essai d’Emmanuel Delaplanche sur Louis-René des Forêts, Empreintes, paru récemment chez publie.net).
Enfin, tout cela vient déranger le cadre établi du roman en cours d’écriture, et je vis avec l’impression que rien n’avance (mais pourtant si, tout avance, simplement, c’est le temps long de la maturation et de l’écriture qui se confronte au quotidien).

Envie de retourner à Londres ces jours-ci, de revoir New York, de visiter Berlin. Lisbonne aussi. Il me semble que je serais toujours bien là où je ne suis pas, et cette question de déménagement en est une que je discute sans cesse avec mon âme. « Dis-moi, mon âme, pauvre âme refroidie, que penserais-tu d’habiter Lisbonne ? »
Enfin, mon âme fait explosion, et sagement elle me crie: « N’importe où! n’importe où! pourvu que ce soit hors de ce monde! »

New York, en attendant, en voici deux photographies récentes. Rien derrière et tout devant, comme toujours sur la route.


Photos : New York, août 2018
Deux citations se cachent dans l’article, saurez-vous les retrouver ? 🙂

Paris au mois d’août


Paris, août 2016

structures/espace

Organiser le chaos. Identifier les structures, les patterns. Parfois les couleurs évoquent des sons, une rythmique, le jazz.
Plongée pour quelques trop courts jours dans Paris ; expos, la claque Basquiat, ébullition d’idées, d’envies.
Envie d’un nouveau projet multimédia qui mêlerait texte, musique et vidéo. Musique, bruitage, ambiance sonore ; Brian Eno et le sampling comme influences. Vidéo ou photos, image par image ou stop motion : je pense à La Jetée de Marker, évidemment.
Écoute ces jours-ci en podcast d’épisodes de 2017 des Chemins de la philosophie consacrés à la Divine Comédie.
Le soir quand je m’allonge, ma tête laissée libre est un chaudron où se mêlent les sources. Un dialogue s’instaure entre Dante, « Il sommo poeta », et Basquiat, l’enfant radieux. Chris Marker semble filmer tout ça, au plus près. La ville chante en rythme. La ville a des ramifications multiples, infinies. Ma mémoire est saturée d’images, les murs de mon crâne tapissés d’affiches arrachées, de graffitis et de signes. La ville est mon sujet.


Photo : Fondation Louis Vuitton, Paris, novembre 2018

Mezcal y cigarrillo

 


Tony et Sue veulent savoir où j’ai appris à parler leur langue, et comme souvent les Anglais, tous deux affichent une mine contrite quand je leur parle de mon année aux États-Unis, comme si je venais de révéler avoir souffert d’une grave maladie, dont j’étais désormais guéri. Sue s’étonne que je sois si souvent venu à Londres et me demande, curieuse, ce qui m’attire ici, et je suis bien en peine de lui répondre.
C’est une chose ancienne qu’accompagne un sentiment joyeux teinté de nostalgie, comme le souvenir d’un bonheur révolu, un soleil qui perce dans un ciel obscurci de nuages sombres ; c’est un soulagement et un poids. C’est une chose qui remonte à la prime enfance, à un temps du début des temps, une chose dont l’origine est dans ma préhistoire, qui remonte au temps de mon père qui à 16 ans avec son père entend depuis Le Caire l’appel de Londres en juin 40 et s’engage aux côtés des Anglais. C’est, bien plus tard, mon père encore qui m’emmène aux Marches du Val de Marne dont il est l’un des organisateurs, une compétition sportive où se retrouvent chaque année des militaires de tous pays. Ce sont les soldats britanniques qui m’embarquent avec eux, j’ai peut-être 8 ans, et c’est sur leurs épaules que j’accomplis fièrement les derniers kilomètres de l’épreuve. C’est, dans les mêmes années, à la Maison de la radio, à une vente de charité au profit de la France Libre, le stand anglais devant lequel je reste comme interdit, fasciné par les objets proposés, mélange improbable de kitch et d’élégance, vidant mes poches pour m’offrir un petit carnet rouge et or, que je garderai longtemps passé le temps de l’enfance. Ce sont les livres, l’apprentissage de la lecture et ce souvenir ébloui que je porte encore du premier texte, à six ans, lu seul de bout en bout, un texte anodin et peut-être sans qualité, sinon celle merveilleuse d’avoir allumé une flamme qui plus jamais ne s’éteindra. Le livre raconte les aventures d’un petit pantin de bois au costume coloré et à la voiture jaune, et après Oui-Oui, ce sera le clan des sept, le club des cinq et bientôt les aventures de Benett et de son ami Mortimer au sein d’un pensionnat anglais, toutes des séries des bibliothèques rose et verte, signées Enid Blyton ou Anthony Buckeridge. Ce sont les disques des Beatles, enfin, oubliés par mes frères depuis longtemps partis, que j’écoute en silence pour me rapprocher d’eux, les pochettes scrutées des heures durant, recherchant dans ces images une innocence perdue, reconstruisant par bribes la mémoire d’un temps heureux, un temps qui précède mes dix ans, l’ébranlement intime qui viendra tout détruire ; un temps d’avant le divorce de mes parents.

(Un extrait de L’appel de Londres, éd. publie.net)


Photo : Londres, Borough market, janvier 2018

Un pub, quelque part dans Londres, un soir de janvier 2018

inspiration

Parfois je me réveille au milieu de la nuit et j’ouvre un livre de Matisse, Cézanne ou Sôatsu… » — Saul Leiter

Snow, New York, circa 1960 © Saul Leiter / courtesy Howard Greenberg Gallery, New York