Le voyage à Londres est fini. L’écriture est finie, vient le temps de la décantation. Des choses s’annoncent pour demain, des idées, de belles idées à deux fois quatre mains. Après, ce sera le retour au précédent projet, le retour dans l’arène du Grand Jeu.
Le Grand Jeu, je le sens qui occupe déjà les espaces laissés vides. C’est l’heure de la dévalaison. Le temps dangereux des zones troubles. Lentement, je me laisse glisser dans les eaux profondes de la mémoire, à la recherche de mon continent noir. Ici, je ne croise que des fantômes, je ne parle qu’à des ombres. Dans la voiture lancée à tombeau ouvert, avalant les ténèbres, Townes Van Zandt est le compagnon de route des nuits épaisses. Commence le long dialogue avec mes morts ; on discute toujours mieux avec les morts.
Catégorie : journal
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le long dialogue
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Une chance et un espoir (un conte de Noël)
Il y a, en littérature, une tradition du récit de Noël qui remonte au moyen-âge. Il s’agit alors d’édifier l’auditoire avec des histoires ayant trait à la nativité.
Dans sa forme moderne, le conte de Noël apparaît sous la plume de Dickens avec son Christmas Carol, publié en 1843 en Angleterre, à l’époque victorienne, et participe d’un retour à la célébration d’une fête un peu tombée en désuétude. C’est l’apparition, au même moment, du sapin décoré et des cartes de vœux.
Hans Christian Andersen, Alphonse Daudet ou Guy de Maupassant s’essaieront également à l’exercice.
Si la tradition s’est aujourd’hui un peu perdue chez nous, dans les pays anglo-saxons, il n’est pas rare de voir un auteur proposer à ses lecteurs, pour Noël, dans les pages d’un journal, une nouvelle ou un conte. J’ai pour ma part une affection toute particulière pour un texte de Paul Auster, le conte de Noël d’Augie Wren, publié le 25 décembre 1990 dans les pages du New York Times, et repris depuis en livre.
Parce que j’aime profondément ces récits, l’idée m’est venue d’écrire une nouvelle célébrant l’esprit de Noël. Ceux qui ont lu La grammaire du chaos y reconnaitront certains des personnages, mais elle se lit indépendamment du roman.
Elle est accessible en cliquant ici, et comme c’est Noël, elle est gratuite jusqu’à dimanche prochain.
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Le dernier voyage
Il est un petit volume pour lequel j’ai beaucoup de tendresse, c’est Le diable par la queue, de Paul Auster. Dans ce livre, publié en 1996, Auster revient sur ses années de vaches maigres, ses tentatives désespérées pour gagner un peu d’argent et faire, en vain, publier ses livres. Il raconte comment, sous le pseudonyme de Paul Benjamin, il écrit un roman policier, Squeeze Play (Fausse balle, en français), qui sortira éventuellement en 1982.
Je me souviens m’être dit que c’était pour moi aussi peut-être une piste à creuser, et j’ai aussitôt noirci des carnets entiers avec des idées de machinations machiavéliques et de portraits de femmes fatales en pagaille. Je me souviens surtout avoir perdu une idée comme on en a peu dans une vie d’auteur, un matin sur un quai de gare, au moment de monter dans un train. Il faisait froid, et pour tout dire, je n’étais pas vraiment réveillé. Et voilà, elle est passée, l’idée, l’idée parfaite, l’intrigue imparable, et comme j’avais froid, je l’ai laissée tourner dans ma tête, reportant à plus tard le moment de la noter. Plus tard, c’était lorsque je serai assis dans le train, qui tardait à arriver. Il tarda si bien qu’il était bondé quand je grimpais à bord, et bien sûr, pas moyen de s’asseoir, ni même de sortir mon carnet au fond de mon sac. Alors j’ai laissé l’idée se déployer à sa guise, et lorsqu’enfin j’ai pu me poser et sortir mon carnet, elle avait tant vagabondé, mon idée, que je l’avais perdue.
Je me console en me disant qu’elle n’était peut-être pas si bonne que ça, cette idée, mais la vérité, c’est que je n’en sais rien.
Quelques années plus tard, mon premier texte sérieux, Le dernier voyage, était tout naturellement un récit noir. La nouvelle est restée des années dans un tiroir, jusqu’à ce que j’entreprenne récemment de mettre un peu d’ordre dans mes dossiers.La voici, entièrement refondue, à seulement deux clics de souris.
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Donner du sens au chaos
Suivant le conseil de son ami, Adam s’était mis en tête de laisser les choses venir naturellement à lui. Il errait ainsi depuis plusieurs heures dans les rues de Paris. Le matin il s’était rendu dans le quartier de la Butte-aux-cailles, espérant qu’en revenant là, quelque chose se passerait, mais l’endroit semblait ne plus être le même. La magie du lieu qu’il avait ressentie le premier soir avait disparu.
Il était presque 15 heures Il n’avait cessé de marcher depuis le matin, il se sentait fatigué et il avait faim. Ses pas l’avaient conduit près du centre Beaubourg. La foule était dense, et il se fit bousculer à plusieurs reprises. Il repensa aux signes et réalisa que jusque-là il n’en avait vu aucun. Il s’arrêta un instant et laissa son regard errer dans le vague. Une affiche capta soudain son attention. Il s’approcha pour mieux la lire. Dessus était écrit : Le monde est plus magique que vous ne le pensez. Un sourire se dessina sur son visage.
« C’est fort, hein ?
— Pardon ?
— L’affiche. Ce qu’elle dit. C’est ça que vous cherchiez, non ?»
Parfois, lorsque j’étais enfant, il me semblait que le monde qui m’entourait me cachait quelque chose d’essentiel. Je regardais autour de moi, et les passants inoffensifs croisés quelques minutes auparavant devenaient tout à coup menaçants. Un visage se tournait vers moi, et je croyais l’avoir déjà vu plus tôt, mais sur une autre personne. Il n’y avait pas six milliards d’habitants sur la planète, mais une poignée seulement, quelques centaines tout au plus, changeant constamment de costumes et d’identités pour me donner le change. Mais je n’étais pas dupe : j’étais la victime d’une expérimentation, seulement j’en ignorai le but. Et si j’étais le cobaye, alors tous les autres étaient mes bourreaux. Comme David Vincent dans le feuilleton Les envahisseurs, je réalisais bientôt que je ne pouvais faire confiance à personne. Parfois, je voulais bien admettre que mes amis étaient comme moi des victimes. Mais quoi penser de mes parents ? pouvaient-ils ne pas savoir ?
Je n’ai jamais rien dit à personne, et j’ai surmonté seul cette peur panique qui me prenait parfois. On peut mettre ça sur le compte des blessures profondes de la tendre enfance, une manière un peu tordue d’exorciser mes démons, une étape de la construction par laquelle nous passons tous à un degré ou un autre : avec les années, j’ai découvert que de nombreuses personnes se sont un jour posé ces mêmes questions.Depuis, toutefois, je n’ai jamais cessé de m’interroger sur le monde, sur les choses cachées derrière les choses, et le sens qu’il y a à être là, sur cette petite planète bleue perdue au milieu d’un espace qu’on dit infini.
Je ne crois pas aux théories du complot. Je crois à la révélation. Je crois que nous ne voyons pas parce que nos yeux sont fermés, parce que notre cerveau ne sait pas interpréter ce qu’il y a devant nous et préfère l’ignorer. Nous sommes des fourmis qui s’agitent autour de leur fourmilière sans voir l’enfant penché au-dessus qui s’amuse de nous regarder faire.
Mon livre La grammaire du chaos se classe dans la catégorie « roman ». C’est une œuvre de fiction. Si l’on voulait, on pourrait parler à son propos de fantasy urbaine : il y est question de forces obscures, on y croise des magiciens, une rock star qu’on croyait morte depuis longtemps, et une jeune femme que rien ne préparait à recevoir un pouvoir proprement extraordinaire.
C’est une fantasy, et pourtant on n’y croise pas d’elfes ni de nains, et peu de créatures féériques.
C’est une fantasy, et pourtant tout est vrai. Métaphoriquement, peut-être, mais tout est vrai. Il y a sept ans, j’ai vécu une expérience difficile, mais alors que je croyais toucher le fond, quelque chose s’est ouvert en moi ; le monde s’est ouvert à moi, et j’ai écrit ce livre. C’était mon premier, et il était sans doute maladroit. En le reprenant il y a quelques mois, j’ai eu l’étrange impression de lire un message qui m’était adressé d’un ailleurs que je ne voyais plus. J’y ai lu des réponses à mes peurs d’enfant, et j’ai ressenti le besoin de le retravailler.Il parait qu’il ne faut pas être trop long sur internet, au risque de perdre son lecteur. Si tel est le cas, alors nul doute que j’ai déjà dû perdre la plupart d’entre vous, aussi je m’arrêterais là.
Pour ceux qui en voudraient plus, je les renvoie au livre. N’oubliez pas, tout est vrai dans ce récit initiatique, pour qui sait lire entre les lignes.Mais si vous voulez, allez, c’est une fantasy urbaine.
Si vous souhaitez acheter le livre, il ne coûte que 2,99€ et il est disponible là.



