Catégorie : journal

  • La dévorante manière

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    Je creuse ma douleur, mon soleil noir, ma dévorante manière. À minuit, les ombres de la forêt portent haut ma chanson. La lune est mon désespoir et mon unique lumière, mon ambition blessée d’étoile vive. Je laboure l’abattement des jours faux, je crie dans le vide dans l’obstination des mots à ne plus vouloir se taire. Mais les chiens n’aboient que pour combler l’abime.
    Et je sais qu’à la fin il n’y a rien, on finit toujours seul.


    Photo : Coucher de soleil près du Pic Saint Loup, janvier 2016

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  • Manifeste

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    L’époque est triste, qui n’a plus à donner que le baiser du vide, la rumeur du néant.

    L’homme du préalable agit avec humilité. Il empoigne le désir par les cheveux sans en reconnaître la représentation stérile. La mort des objets est pourtant le principe inférieur.
    Je fuis les signes qui rongent mon caractère, le déclin des usages qui font battre mon cœur. Le tourment manifeste de la peur contient la chance et la consécration indifférentes au monde. Ayant corrompu mon nom, je déclare l’effroi seulement dans ce que représente aux yeux des autres la pâle réalisation de soi. Je m’oppose à la poursuite des fortifications de l’âme, je m’enracine dans mon commencement. Le nécessaire passé est réparé à coup de sacrifices, je porte le linceul de ma parole révolue, l’irrévocable danger sans fondement que plus rien n’apaise.

    À mes pieds le festin déployé hante mes dispositions, j’abandonne ma volonté à ma liberté vive, je blesse mes possibilités d’artificiels, mais je sais le secret sous la montagne. Je plonge mes mains dans le chaudron inerte de la vie secondaire, je remue le remords, la valeur refoulée. Ce qui est invisible est habité, et c’est bien plus qu’une simple manifestation de ma pensée.

    L’illumination a ses avantages les soirs de tempêtes. Simplement, quand l’attention est captée par les rideaux du pouvoir, on alimente l’intime d’abstractions molles, des idées tenues par les anses, la nourriture fade des religions dégénérées qui s’occupent de remplir nos panses de brebis égarées. L’hexagramme brûle tandis que les dieux nous conduisent au véritable ennui ; on continue d’honorer toujours les mêmes pratiques, on réclame l’unité de l’opinion constituée pour faire croitre la superstructure, mais la civilisation ne saurait remédier seule aux vices cachés.

    Des inconnus nous servent la soupe et on laisse à d’autres le soin d’accueillir les vrais prophètes.

    Le pas des causes nobles s’éloigne sans qu’on y prête garde. Nous préparons sans le voir le retour des mauvais jours. Nous cultivons le fruit de notre travail de sape : voici le temps déjà de l’ordre revenu, de la déchéance de l’esprit. L’univers vient jusqu’à nos oreilles et nous ne l’entendons pas. Les heures impures s’écoulent sans qu’on y fasse rien : les peuples souffrent et on s’empresse de traverser pour se mettre à l’abri, avant de déverser sur eux nos noirs mensonges.

    La douce clarté se trouve encore dans les livres, mais on ne s’offre plus que des réseaux sociaux. On partage l’humiliation, l’enseignement fait tache, l’intelligence est en fin de distribution. On oublie la lente maturation, on ne prend plus le temps de grandir. Un pas de côté pour éviter les flammes et on ne voit pas la noblesse du feu : on a perdu le sens commun.

    Le sommeil est notre seul crime et nous le perpétuons.


    Photo : tête monumentale de moaï, sculpture de l’île de Pâques.
    Musée du Quai Branly, Paris – novembre 2014

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  • La naissance d’une étoile

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    Ce sont les étoiles, les étoiles tout là-haut qui gouvernent notre existence.— William Shakespeare (Le roi Lear)

    Je regarde la ville endormie tandis que ton corps gazeux animal fait danser les planètes autour de mon cœur d’étoile. La lune balayée par les vents est un astre noir. La nuit disparait en lambeaux arrachés à d’autres latitudes.
    Laisse-moi te raconter l’histoire de la centaine d’astronomes grecs qui s’étaient rassemblés au chevet de la naine blanche amoureuse d’un nageur mort. Ses lèvres apposées sur son enveloppe elliptique formaient des vœux célestes à la périphérie de l’hiver.
    Ton exil se fragmente en rayons d’or. Je suis un automne égaré au milieu des nuages qui tracent dans ton ciel d’été. Je me console de mon émoi dans l’accrétion des poussières en masse rose au seuil de ta constellation. Je possède ma propre lumière, et la fusion solaire contracte mon point gravitationnel afin que tu m’aimes encore.


    Photo : Menton, le cimetière marin, juillet 2015
    Une étoile : Aquila RA 20h22m30s D 02°22’42″

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  • Comment on vit aujourd’hui

    nuit

    La vie est un théâtre où tout est joué d’avance. La fin de la pièce est connue et les moments de grâce sont rares. Il y a toujours trop de pathos, les scènes tirent en longueur et il n’y a pas d’entracte. On improvise, c’est vrai, mais sur des clichés rebattus, et les acteurs pour la plupart jouent mal, figurants s’imaginant tous tenir le premier rôle. La vie, c’est du théâtre amateur, et nous sommes les intermittents d’un triste spectacle, animaux dressés, amaigris et dociles, exécutant notre petit numéro sur la piste du grand cirque sous le regard distrait d’un public qui s’ennuie.

    Nerval.fr de retour pour une nouvelle saison, très heureux d’être de l’aventure. Mon texte, Le désenchantement, est à lire ici.


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