Catégorie : journal

  • Disparition de l’autrice Joan Didion

    « J’écris pour savoir ce que je pense, ce que je regarde, ce que je vois et ce que cela signifie », déclare Joan Didion lors d’une conférence donnée à l’Université de Berkeley en 1975 (…) « Nous interprétons ce que nous voyons, sélectionnons parmi les choix multiples celui qui nous arrange le plus. Nous vivons entièrement, surtout si nous sommes écrivains, à travers l’imposition d’une trame narrative sur des images disparates, à travers les “idées” avec lesquelles nous avons appris à figer ce tissu mouvant de fantasmagories qu’est notre expérience réelle », écrit-elle dans L’Album blanc, l’un des reportages au long cours qui ont assis sa réputation.

    (…) Les romans de Joan Didion ne sont guère épais. Styliste obsessionnelle, celle-ci souhaitait, en effet, qu’ils soient lus d’une traite, afin d’éprouver la prosodie qu’elle leur insufflait par son tempo. « J’ai toujours eu le sentiment que le sens même des choses résidait dans le rythme des mots, des phrases, des paragraphes, j’ai développé une technique pour tenir à distance toutes mes pensées, toutes mes croyances, en les recouvrant d’un vernis de plus en plus impénétrable », écrit-elle dans L’Année de la pensée magique.(Macha Séry — Le Monde)

    Joan Didion est morte hier, à 87 ans.

  • Libraires et auteurs face à la crise qui secoue MDS

    MDS, distributeur de très nombreux éditeurs, se trouve depuis plusieurs semaines dans l’incapacité de livrer dans des délais corrects les librairies (15 jours minimum !).

    La solution trouvée pour améliorer la cadence est surréaliste : toute commande inférieure à 3 exemplaires pour un titre donné ne sera pas servie. Une situation intenable pour les libraires (impossibilité de prendre la moindre commande client dans ces conditions), mais aussi pour beaucoup d’auteurs et d’éditeurs indépendants.

    Une lettre ouverte des autrices et auteurs de bande dessinée à la société MDS, au SLF et aux pouvoirs publics, est à lire sur le site Actualitté. Quelques extraits :

    Les retards de livraison se sont accumulés, au point que le 23 novembre, l’entreprise a informé les libraires, brutalement et par courrier, de son incapacité à honorer les commandes de moins de trois exemplaires d’un même livre. Condamnant par là même les petites librairies possédant beaucoup de références d’ouvrages en un seul exemplaire, interdisant les commandes de clients ou les ventes de livres en médiathèques à l’unité.

    Le Syndicat de la Librairie française (SLF) a naturellement répliqué que ces conditions étaient scandaleuses. (…)

    S’il y a évidemment un fort risque que certains clients se dirigent plutôt vers une plateforme en ligne déjà citée, gageons que les libraires sauront se tirer de ce mauvais pas, conseillant à leurs clients d’autres ouvrages pour les livres les moins vendus, commandant trois exemplaires des ventes plus conséquentes. Les petits éditeurs distribués par MDS risquent, en revanche, d’en subir les conséquences.

    Mais derrière eux, déjà fragiles et n’ayant aucun moyen d’action, otages complets de la situation, les autrices et les auteurs dont la présence en librairie est rarement supérieure à deux ouvrages, vont à coup sûr payer le prix fort de ce pugilat entre Librairie, Édition et Distribution.

    Contrairement à ce qui est écrit dans cette lettre ouverte, je ne suis pas certain que « les libraires sauront se tirer de ce mauvais pas » sans casse. Bien sûr que le conseil permet d’orienter les lecteurs vers d’autres ouvrages, mais pour ceux qui par exemple veulent compléter une collection (MDS distribue beaucoup d’éditeurs BD et jeunesse), ou dont le choix est arrêté, la tentation d’aller voir en ligne est grande.

  • Art Spiegelman et le roman graphique

    Une interview de Spiegelman dans Le Monde, à lire ici. On peut étendre sa remarque à toute la littérature de genre, SFF ou polar.

    Je suis mal à l’aise quand on parle de « roman graphique », un terme très marketing. Je préfère dire que je suis un artiste de bande dessinée. Je ne vois personnellement rien de mal dans la bande dessinée, qui fait partie des plus grandes réalisations de l’humanité. Pourquoi s’embarrasser d’un euphémisme ? C’est comme si l’on avait voulu mélanger la bande dessinée à quelque chose de respectable, le roman, alors que le roman n’a pas toujours été respectable, par exemple au XVIIIsiècle. Un jour, mon ami le scénariste britannique Neil Gaiman se rend à une soirée pleine de gens importants qui l’ignorent parce qu’il s’est présenté comme auteur de bande dessinée. Quand ils ont appris qu’il était le créateur de Sandman, les mêmes se sont alors dirigés vers lui sur l’air de : « Désolé, on ne savait pas que vous étiez un romancier graphique. » Comme il s’en amuse lui-même, il est arrivé dans cette soirée dans la peau d’une « prostituée » et en est ressorti dans celle d’une « dame de la nuit ». C’est ainsi. La bande dessinée reste associée à la notion d’humour, ce qui est regrettable.