Catégorie : journal

  • Rêve d’Espagne

     

    Et toujours, toujours, l’envie de partir. Un sac au bras, de quoi écrire dans la poche, un billet de train ou d’avion à la main, s’en aller. Peu importe la distance, mais s’en aller vers l’inconnu.

    Et toujours, toujours, marcher dans la ville étrangère, arpenter sans fin ses ruelles, préférant les chemins de traverse aux larges avenues, marcher tout le jour et marcher aussi la nuit.
    Parfois, s’asseoir un moment sur un banc ou au comptoir d’un troquet. Ne rien faire qu’écouter. Ne faire que regarder. Le sac posé par terre, le billet froissé — aller sans retour oublié —, commander quelque chose à manger ou à boire, sortir un carnet, un stylo, et écrire. Se fondre dans la ville et écrire. S’installer dans la ville étrangère. Y créer de nouveaux rituels. Deviner les non-dits, tisser de nouveaux liens, apprendre à connaître les gens. S’installer là et y écrire un livre.

    Et toujours, toujours, le livre terminé, après une semaine, un mois, un an, le sac au bras, de quoi écrire dans la poche, un billet à la main, partir ailleurs, aller vers l’inconnu. Faire de cet ailleurs chez soi — une semaine, un mois, un an, et toujours repartir. Citoyen du monde explorant son pays.

    Ô le Pauvre amoureux des pays chimériques !
    Faut-il le mettre aux fers, le jeter à la mer,
    Ce matelot ivrogne, inventeur d’Amériques
    Dont le mirage rend le gouffre plus amer ?

    Charles Baudelaire — Le voyage.

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  • Sortir de sa zone de confort

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    Faut-il innover plutôt qu’inventer ? C’était le thème de l’émission Du grain à moudre sur France Culture hier soir, et plus largement, la discussion a porté sur l’impact de la révolution numérique sur nos modes de travail.

    Tout cela m’intéresse beaucoup, d’abord parce que cela vient me bousculer dans ma vie professionnelle : on le sait, les librairies sont menacées à la fois par l’expansion d’Amazon et par l’arrivée du livre numérique. Pourtant, alors que certains de mes confrères s’inquiètent de leur avenir, je reste confiant et optimiste. Non pas du fait d’une fascination béate pour une technologie nouvelle, mais parce que nous sommes à la naissance d’un bouleversement, qui certes ne sera pas sans conséquence, mais qui implique aussi de tout réinventer. Et plutôt que de m’arcbouter sur des acquis et des méthodes devenus obsolètes, je préfère être dans l’innovation.

    Cela m’intéresse aussi parce que je sens profondément qu’il y a quelque chose à bâtir, qui mêle à la fois l’invention et la création : le contenant à besoin de contenus, mais je crois qu’il reste à imaginer une façon de créer ensemble. Je suis attentif à ces incubateurs de start-up que l’on voit fleurir aujourd’hui, qui permettent à de jeunes entrepreneurs de travailler côte à côte. Il me semble que ce modèle peut très bien intégrer la création artistique, et produire des projets inédits, capable de « réenchanter le monde », pour reprendre une expression entendue dans l’émission de France Culture.
    Dans les années 90, l’émergence des nouvelles technologies à conduit au développement de nouvelles formes managériales regroupées sous l’appellation Lean, d’abord appliquées dans le cadre de l’organisation de la production, puis, par contamination, à tous les services de l’entreprise. Développement de la valeur ajoutée, mise en commun des talents, remise en cause des vieux principes hiérarchiques, veille technologique : c’est ce qu’on appelle l’entreprise agile.
    Agiles, nous devons l’être aussi, sans arrêt sur la brèche, à l’écoute du monde, capable de nous regrouper ponctuellement pour développer un projet, tout en gardant notre autonomie, notre liberté d’action.
    Oui, le monde qui vient porte en lui de réelles menaces, et des entreprises tentaculaires tentent de prendre le pouvoir et se mènent une lutte sans merci dont nous sommes les victimes collatérales. À notre échelle pourtant, nous sommes libres, libres d’entreprendre et de créer, libres même de reprendre à notre compte les armes du système pour les retourner contre lui. Mais pour cela, il nous faut apprendre à nager entre les mailles du filet : voler comme le papillon et piquer comme l’abeille, disait Mohammed Ali.

    J’entends combien tout cela peut-être sources d’inquiétudes, et même proprement anxiogène. Mais c’est aussi riche de belles perspectives.
    Aujourd’hui, le crowdfounding a montré qu’il est possible de financer un projet en se passant des intermédiaires habituels. Les outils numériques nous ouvrent des possibilités de création et de diffusion inimaginables il y a encore quelques années.
    Il n’appartient qu’à nous d’en tirer enfin profit.

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    Photo : Gare de Barcelone-Sants, juin 2014

  • Avancer, un pas après l’autre

    En 1968, Jean-Luc Godard, pour son film One + One, filme en studio les Rolling Stones tandis que ceux-ci construisent de toutes pièces la chanson Sympathy for the devil. On les voit partir d’une simple idée, un riff de guitare, un embryon de mélodie, qu’ils creusent jusqu’à presque l’épuiser. Ils la développent, cette idée, tentent des arrangements, ajoutent, soustraient, se perdent plusieurs fois en route pour ensuite tout reprendre à zéro, avant d’aboutir au morceau fini, qui compte comme l’un des chefs d’œuvres du rock.
    L’atelier d’été de François Bon me fait penser à ce film, au processus de création expérimenté par le groupe et fixé par Godard. L’idée de départ, c’est la nôtre, toujours, mais François nous donne les outils pour l’explorer, l’interroger et sortir de la matière brute des mots qui se bousculent sur la page un texte qu’on ne soupçonnait pas porter en nous. C’est extrêmement stimulant, et cela nourrit tout mon travail, No direction home en particulier, qui reviendra pointer son nez ici même avant la fin de la semaine. Cette fois, on ira faire un tour dans le Tennessee !

    Chaque jour, je me lève tôt et j’écris, parfois deux heures, parfois plus si je ne travaille pas ensuite. C’est un travail dont on ne voit que l’écume, des jours et des jours sur une page, une phrase, un simple mot ; un travail dont je suis le seul acteur, et le seul témoin. Un travail qui me permet d’avancer. Un pas après l’autre.
    Aujourd’hui, j’ai échangé par mail avec mon éditrice chez Numeriklivres : la date de parution de mon prochain bouquin est fixée au 11 juillet, sauf contretemps, soit un peu moins d’un an après le premier. Et ainsi, avancer, un pas après l’autre.

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  • Pur vintage

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    En marge du festival Images Singulières, qui se tient à Sète jusqu’à la fin de la semaine, une belle 2CV garée devant l’une des salles d’exposition.

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