Auteur : Philippe Castelneau

  • Motel Valparaiso

    Mon roman Motel Valparaiso sortira le 3 mars prochain aux éditions Asphalte. Je suis très, très heureux de voir mon livre au catalogue de cette belle maison.Merci à Estelle Durand et Claire Duvivier pour leur confiance, leur écoute et nos échanges qui ont conduit à ce livre.

    🌵Le 3 mars en librairie 🌵

    Au cours d’un road trip, un homme décide sur un coup de tête de s’arrêter à Cevola, étrange ville au milieu du désert de Sonora. Entouré de sable, plombé par la chaleur, il s’installe au Motel Valparaiso et entreprend d’explorer les lieux. Un rêve éveillé nourri d’American way of life et de grands espaces, un premier roman sur lequel plane « une voix de sable mêlée de vent ».

    Les éditions Asphalte sont diffusées et distribuées en librairie par Harmonia Mundi. Vous devriez sans trop de difficultés trouver Motel Valparaiso sur les tables de votre libraire préféré !

  • Fabrice Colin — Tu réclamais le soir (Calmann-Lévy, 2022)

    Tu réclamais le soir est le roman d’une génération perdue, au tournant des années 90. Les fumeroles de l’adolescence, aux relents de soufre, planent au-dessus des jeunes corps incandescents qui ne se résignent pas encore à rentrer dans l’âge adulte.

    Habitée par un romantisme capiteux et morbide, cette jeunesse croit se reconnaître dans quelques personnages tutélaires de ces années maudites, tels Hervé Guibert ou Daniel Darc, dont surgissent au gré des pages les fantômes ou les ombres, ou certaines grandes figures du siècle passé, Nerval, Barbey d’Aurevilly, Oscar Wilde. C’est le temps des amours et des substances interdites, des premiers émois et premiers mauvais choix, à l’heure où le SIDA décime sans compter.

    On se cherche et parfois c’est un autre que l’on trouve. Les lendemains déchantent, on le sait par avance, alors on danse jusqu’à l’extase, on s’oublie dans les bras les uns des autres au mépris du danger.

    L’âge des possibles et des amours impossibles achevé, quand au petit matin vient la gueule de bois et le recensement des morts, pour certains tout n’aura été que posture et paraître ; on s’est abîmé, usé avant l’âge, par provocation, plaisir du jeu, du je, ou par simple abandon, fuite en avant pour échapper à un avenir sans avenir : école de commerce, une femme, des enfants, RER B, un appartement en banlieue et les sorties au centre commercial le samedi, cafétéria et cinéma.

    Tu réclamais le soir est le livre passionné de cette jeunesse désabusée, mais il y a plus que ça dans ce grand roman de Fabrice Colin : il y a un style, une écriture somptueuse, et il y a un écrivain dans la pleine maitrise de son talent.


    Les premières lignes du livre :

    Le soir où j’ai rencontré Iago avait des allures de dernière chance. Janvier engendrait des crépuscules d’une clémence inhabituelle et je m’enfonçais dans le brouillard, le long de la rue des Blancs-Manteaux.
    Un fin jeune homme aux boucles de jais, chemise noire, veste croisée, long trench noir aussi, venait de descendre sur la chaussée, se détachant du bras de la fille qui le soutenait.
    Il a besoin d’air, me souviens-je avoir pensé, et jamais je n’ai pu ôter cette image de mon esprit : on aurait dit qu’une sentence avait été prononcée et que, tout espoir anéanti, il tenait désormais à mourir libre.
    Il a levé les yeux au ciel puis, des deux mains, a lissé l’ample masse de sa chevelure en arrière, sa bouche figée autour d’un cri muet, et il s’est effondré.
    La fille a crié. Je me suis précipité. Une main sous la nuque, genou sur le trottoir, j’ai essayé de le redresser. Lui dans mes bras, mol abandon, paupières papillonneuses. Confusément, et en dépit de la douleur qui déformait ses traits, j’avais le sentiment qu’il s’amusait de ma détresse.
    Mais, comme à mon habitude, je me suis senti coupable. Cet éclair invisible qui l’avait abattu, c’était moi qu’il aurait dû frapper.

  • Catherine Leroux — L’avenir (éditions Asphalte)

    Couverture

    Il y a quelque chose du Peter Pan de J.M. Barrie dans ce beau livre. Quelque chose aussi de Station Eleven, le roman d’Emily St. John Mandel. Il y a surtout le talent de Catherine Leroux, qui s’est attachée à bâtir dans un univers de fin du monde, une ville, Fort Détroit, décalque presque à l’identique de Detroit, mais faisant partie de l’Ontario et non plus des États-Unis. Tout le génie de l’autrice est dans ce presque, dans les marges, les lignes de divergences avec la réalité qui rendent L’avenir si fascinant à lire.
    Catherine Leroux s’est également attelée à modeler une langue inédite pour faire parler ses personnages. Les adultes et les enfants ont chacun leurs niveaux de langage, employant des tournures qui empruntent aux différents français, de ceux parlés en Amérique du Nord, au Québec, à Toronto, avec peut-être un soupçon de cajun, le tout mâtiné d’anglicismes. Une langue aux reliefs étranges, vivante et pourtant fictive, à la syntaxe heurtée, mais parfaitement lisible. Cette langue n’existe pas ailleurs que dans ce livre, et pourtant elle nous semble crédible, presque familière.

    Le récit commence avec Gloria, qui vient à Fort Detroit pour comprendre ce qui est arrivé à sa fille disparue brutalement, et tenter de retrouver ses deux petites filles, qu’elle connaît à peine. La ville est à l’abandon. Les voisins se serrent les coudes tant bien que mal pour s’en sortir. Quelque part, près du fleuve, des enfants se sont regroupés en communauté, loin des adultes. Deux mondes qui vivent en marge l’un de l’autre ; des deux côtés, des êtres brisés par la vie.
    Dans cet univers urbain désolé, en proie aux incendies, à la violence, à une faune et une flore sauvages qui reprennent leurs droits, L’avenir donne à voir une humanité qui se relève et tente de se racheter, après avoir sacrifié les biens les plus précieux qui lui étaient donnés : la nature et ses propres enfants. Un roman d’espoir, qui résonne fort aujourd’hui.


    Précision : L’avenir de Catherine Leroux paraît aux éditions Asphalte, qui publiera en mars prochain mon roman, Motel Valparaiso.

  • Disparition de l’autrice Joan Didion

    « J’écris pour savoir ce que je pense, ce que je regarde, ce que je vois et ce que cela signifie », déclare Joan Didion lors d’une conférence donnée à l’Université de Berkeley en 1975 (…) « Nous interprétons ce que nous voyons, sélectionnons parmi les choix multiples celui qui nous arrange le plus. Nous vivons entièrement, surtout si nous sommes écrivains, à travers l’imposition d’une trame narrative sur des images disparates, à travers les “idées” avec lesquelles nous avons appris à figer ce tissu mouvant de fantasmagories qu’est notre expérience réelle », écrit-elle dans L’Album blanc, l’un des reportages au long cours qui ont assis sa réputation.

    (…) Les romans de Joan Didion ne sont guère épais. Styliste obsessionnelle, celle-ci souhaitait, en effet, qu’ils soient lus d’une traite, afin d’éprouver la prosodie qu’elle leur insufflait par son tempo. « J’ai toujours eu le sentiment que le sens même des choses résidait dans le rythme des mots, des phrases, des paragraphes, j’ai développé une technique pour tenir à distance toutes mes pensées, toutes mes croyances, en les recouvrant d’un vernis de plus en plus impénétrable », écrit-elle dans L’Année de la pensée magique.(Macha Séry — Le Monde)

    Joan Didion est morte hier, à 87 ans.