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  • Flagstaff, Arizona

    Flagstaff

    Après Las Vegas, c’est un long trajet en voiture dans le désert, à travers le territoire indien, principalement Navajo. On quitte le Nevada pour l’Arizona, croisant à plusieurs reprises la route 66, sans jamais vraiment l’emprunter. Partis à midi, nous arrivons à Flagstaff à 18 h 30, alors que la nuit commence de tomber. Située à 2300 mètres d’altitude, au pied du mont Elden, Flagstaff offre un sacré contraste avec le désert que nous avons côtoyé toute la journée. Nous quittons les plaines arides pour une région montagneuse recouverte de forêts immenses, gagnons une heure du fait du décalage horaire, et perdons au passage 20°, passant de 27° à 7° en seulement quelques heures !
    Nous sommes vendredi, Flagstaff se prépare pour son homecoming weekend, fête annuelle des anciens élèves. Tous les hôtels de la ville sont pleins, mais nous nous trouvons un motel plutôt bien situé, à deux ou trois blocs du centre-ville, et nous en profitons pour nous y promener et profiter de l’ambiance festive qui y règne déjà. Nous prenons un verre dans un pub, avant d’aller diner japonais. Je prends des Mister Maggo, sorte de California rolls épicés au homard, qui sont tout simplement délicieux.
    Flagstaff est un lieu particulièrement attachant, petite ville étudiante à l’architecture typique avec ses maisons anciennes en briques, dont certains murs ont gardé les anciennes publicités peintes qui lui donnent un joli cachet rétro.
    C’est la deuxième fois que je viens là, et à chaque fois je tombe sous le charme de l’endroit, sans malheureusement pouvoir y rester plus d’une nuit, et je sais qu’il me faudra y revenir.
    En sortant, une troupe de percussionnistes donne un concert impromptu dans la rue, et nous les écoutons jusqu’au bout, avant de regagner dans le froid mordant notre motel. La température est tombée à 0°, il est minuit et nous devons repartir au petit matin.

    Une photo par jour : 196 — Ancienne publicité peinte sur un mur de brique, Flagstaff, Az
    Fragments d’un voyage : De Las Vegas au Nouveau Mexique, octobre 2013

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  • Las Vegas parano

    Treasure Hotel

    Dehors, le jour est levé, je regarde le Strip depuis la baie vitrée du salon, et le Strip bouge encore. Face à moi, depuis la façade du Mirage hotel sur laquelle leurs visages sont exposés, Paul me regarde en biais, John, George et Ringo semblent contempler le désert au loin. Il est temps de se préparer et de suivre la direction qu’ils indiquent, de traverser l’Arizona pour rejoindre le Nouveau-Mexique.

    Nous quittons l’hôtel en milieu de matinée, et roulons un moment dans les rues de la ville, un peu au hasard, nous éloignant délibérément du Strip, traversant des quartiers huppés et d’autres très pauvres, roulant sans autre but que de découvrir l’autre visage de cette ville fascinante. Une sorte de dérive situationniste en somme, mais à l’Américaine : en bagnole !

    Déjouant son tracé rectiligne, nous traçons des cercles concentriques dans la ville, et si l’on veut voir ici l’enfer de Dante, alors le strip en serait les limbes, et nous arriverions bientôt, en roulant vers le Nord, dans le huitième des neufs cercles, Malebolge, où sont les séducteurs, les flatteurs, les voleurs, les fraudeurs, les hypocrites, les simulateurs, les alchimistes et les faux monnayeurs : ce sont là de longs boulevards proposant hôtels et casinos miteux, machine à sous au rabais et boutiques de prêteurs sur gages. Ici Las Vegas redevient Sin City, la ville du pêché, où l’on vous fait croire qu’il est toujours possible de se refaire, même quand tout semble perdu.

    À l’entrée de la boutique Beatles au Mirage hotel, il y a dans une vitrine la basse de McCartney. « It’s not the real thing », m’a dit hier soir un type à côté de moi. « Regardez les cordes, il me fait. Paul jouait d’une basse de droitier dont il avait inversé les cordes. Ça n’est pas sa guitare, et pourtant elle y ressemble sacrément. »
    « Je sais », je lui dis. « On est à Vegas, et à Vegas tout est faux… Tout est faux, mais suffisamment proche quand même de la réalité pour qu’on en ait le frisson. »

    Une photo par jour : 195 — Devant le Treasure Hotel, à Las Vegas
    Fragments d’un voyage : Las Vegas, octobre 2013

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  • Viva Las Vegas

    Toby Keith’s I Love This Bar & Grill

    Enfin, c’est Vegas. La nuit tombe et c’est partout une débauche de lumières. Nous roulons le long du Las Vegas boulevard, le fameux strip, et croisons les hôtels mythiques : le Caesar Palace et son architecture pseudo-romaine, le Flamingo, premier hôtel-casino construit à Las Vegas, en 1946, pour le compte du gangster Bugsy Siegel et de ses associés mafieux, le Bellagio et ses fontaines… Nous laissons notre Hyundai au voiturier à l’entrée du Treasure Island, et récupérons les clés de notre chambre à l’accueil. Nous ne sommes là que pour une nuit, et surprise, nous voilà surclassé : en fait de chambre, c’est une suite qui nous attend, au 33ème étage : salon avec baie vitrée donnant sur Las Vegas boulevard, chambre à coucher si grande que le lit king-size paraît minuscule, et deux salles de bains : douche pour monsieur, Jacuzzi pour madame.
    Le temps de poser nos affaires, et nous voilà dehors, passant du strip aux casinos. On s’arrête au Venitian, on joue un long moment, on perd et l’on gagne, un peu plus de 160 $ de bonus pour L. à la fin de la soirée, et les bières gratuites pour moi.
    Au Mirage hotel se donne le spectacle du Cirque du Soleil consacré aux Beatles. Il y a depuis la rue cette vision fascinante, onirique, des visages des quatre Beatles alignés, surmontés du nom de l’hôtel : The Mirage, et c’est l’impression que cela donne, oui, un mirage en plein désert… Trop tard pour le spectacle, mais il y a une boutique Beatles (et même un pub ! Le Beatles lounge, mais nous nous contenterons de passer devant) et je m’achète deux figurines tirées du film Yellow Submarine, renonçant finalement aux boules pour le sapin de Noël.
    En route pour notre hôtel, nous nous arrêtons un moment dans un pub appartenant à un chanteur country qui s’est diversifié dans la restauration, le Toby Keith’s I Love This Bar & Grill, où joue un groupe de country rock. Ambiance musicale très 80’s, nostalgie forcément communicative et très bons musiciens.
    Il est 1 h 37 du matin quand nous regagnons le Treasure Island.

    Une photo par jour : 194 — Toby Keith’s I Love This Bar & Grill
    Fragments d’un voyage : Las Vegas, octobre 2013

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  • California dreamin’

    Mail boxes

    Nous avons quitté San Luis Obispo tôt ce matin, peu avant huit heures, et avons rejoint rapidement par la 101 la route 58, plus pittoresque que la 46 d’abord envisagée. À peine sortis de la ville, nous nous sommes retrouvés en pleine campagne, au milieu de zones rurales, croisant au fil des miles avalés des fermes isolées, perdues au milieu de nulle part — maison en bois, enclos pour les bêtes, pick-up garé sur le côté, et personne en vue.
    Quelques dizaines de kilomètres plus loin, nous attaquons une région plus vallonnée, aux routes en mauvais état, toujours en ligne droite, mais suivant le tracé des collines, et c’est par moment comme de gigantesques dos d’âne se succédant sur des miles et des miles, et gare au vertige si l’on arrive trop vite dans la descente !

    Bien plus loin, au détour d’une route, alors que cette fois ça grimpe vraiment, et en zigzag, on nous arrête pour laisser passer un convoi exceptionnel. On attend patiemment, et pendant vingt minutes il n’y a rien, sinon Fred, le préposé qui nous a demandé d’attendre, qui discute avec le chauffeur de la voiture devant nous, puis bientôt une camionnette s’avance, avant-garde du convoi ; on nous fait signe de repartir, et nous longeons alors une vingtaine de semi-remorques proprement gigantesques et leur escorte de véhicules légers qui ouvrent et ferment la marche.
    Plus bas, dans la vallée, il y a des fermes solaires implantées un peu partout. On croise également pas mal de bétail et, au beau milieu de la route, ici une biche, là un coyote. Et puis, tout à coup, le paysage change à nouveau, et c’est un derrick, puis deux, puis trois, d’abord isolés, posés là au beau milieu de grandes plaines arides, et bientôt ce sont des champs entiers de forages à perte de vue, et soudain voilà que les routes sont refaites, fini les nids de poules et les accotements non stabilisés, et c’est un ballet incessant de camions qui nous accompagne, acheminant le brut vers les raffineries. À peine le temps de s’habituer que sans transition nous quittons les paysages désertiques pour nous retrouver au milieu des orangeraies.
    Sur la route, un immense panneau affirme que l’industrie pétrolière et l’agriculture verte peuvent travailler main dans la main : vœu pieux, ou prophétie autoréalisatrice ?

    Enfin, nous arrivons à Buttonwillow, où nous nous arrêtons pour faire le plein et avaler un copieux petit déjeuner chez Denny’s… Buttonwillow, 42 kilomètres à l’ouest de Bakersfield, population estimée à 1508 habitants, célèbre pour ses pompes à essence, ses restaurants routiers, ses fast-foods et ses trois décharges de déchets toxiques… California dreamin’

    Une photo par jour : 192 — Californie, sur la route 58
    Fragments d’un voyage : USA, octobre 2013

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