Viva Las Vegas


Las Vegas, 9 août 2018. Soleil de plomb. À midi, il n’y a plus personne dans les rues. Arrive cet homme. Le feu passe au rouge. Je porte l’appareil à mon oeil. Clic-clac. Une seule photo. Parfois, les choses se mettent en place sans effort. Viva Las Vegas !

Las Vegas parano

Treasure Hotel

Dehors, le jour est levé, je regarde le Strip depuis la baie vitrée du salon, et le Strip bouge encore. Face à moi, depuis la façade du Mirage hotel sur laquelle leurs visages sont exposés, Paul me regarde en biais, John, George et Ringo semblent contempler le désert au loin. Il est temps de se préparer et de suivre la direction qu’ils indiquent, de traverser l’Arizona pour rejoindre le Nouveau-Mexique.

Nous quittons l’hôtel en milieu de matinée, et roulons un moment dans les rues de la ville, un peu au hasard, nous éloignant délibérément du Strip, traversant des quartiers huppés et d’autres très pauvres, roulant sans autre but que de découvrir l’autre visage de cette ville fascinante. Une sorte de dérive situationniste en somme, mais à l’Américaine : en bagnole !

Déjouant son tracé rectiligne, nous traçons des cercles concentriques dans la ville, et si l’on veut voir ici l’enfer de Dante, alors le strip en serait les limbes, et nous arriverions bientôt, en roulant vers le Nord, dans le huitième des neufs cercles, Malebolge, où sont les séducteurs, les flatteurs, les voleurs, les fraudeurs, les hypocrites, les simulateurs, les alchimistes et les faux monnayeurs : ce sont là de longs boulevards proposant hôtels et casinos miteux, machine à sous au rabais et boutiques de prêteurs sur gages. Ici Las Vegas redevient Sin City, la ville du pêché, où l’on vous fait croire qu’il est toujours possible de se refaire, même quand tout semble perdu.

À l’entrée de la boutique Beatles au Mirage hotel, il y a dans une vitrine la basse de McCartney. « It’s not the real thing », m’a dit hier soir un type à côté de moi. « Regardez les cordes, il me fait. Paul jouait d’une basse de droitier dont il avait inversé les cordes. Ça n’est pas sa guitare, et pourtant elle y ressemble sacrément. »
« Je sais », je lui dis. « On est à Vegas, et à Vegas tout est faux… Tout est faux, mais suffisamment proche quand même de la réalité pour qu’on en ait le frisson. »

Une photo par jour : 195 — Devant le Treasure Hotel, à Las Vegas
Fragments d’un voyage : Las Vegas, octobre 2013

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Viva Las Vegas

Toby Keith’s I Love This Bar & Grill

Enfin, c’est Vegas. La nuit tombe et c’est partout une débauche de lumières. Nous roulons le long du Las Vegas boulevard, le fameux strip, et croisons les hôtels mythiques : le Caesar Palace et son architecture pseudo-romaine, le Flamingo, premier hôtel-casino construit à Las Vegas, en 1946, pour le compte du gangster Bugsy Siegel et de ses associés mafieux, le Bellagio et ses fontaines… Nous laissons notre Hyundai au voiturier à l’entrée du Treasure Island, et récupérons les clés de notre chambre à l’accueil. Nous ne sommes là que pour une nuit, et surprise, nous voilà surclassé : en fait de chambre, c’est une suite qui nous attend, au 33ème étage : salon avec baie vitrée donnant sur Las Vegas boulevard, chambre à coucher si grande que le lit king-size paraît minuscule, et deux salles de bains : douche pour monsieur, Jacuzzi pour madame.
Le temps de poser nos affaires, et nous voilà dehors, passant du strip aux casinos. On s’arrête au Venitian, on joue un long moment, on perd et l’on gagne, un peu plus de 160 $ de bonus pour L. à la fin de la soirée, et les bières gratuites pour moi.
Au Mirage hotel se donne le spectacle du Cirque du Soleil consacré aux Beatles. Il y a depuis la rue cette vision fascinante, onirique, des visages des quatre Beatles alignés, surmontés du nom de l’hôtel : The Mirage, et c’est l’impression que cela donne, oui, un mirage en plein désert… Trop tard pour le spectacle, mais il y a une boutique Beatles (et même un pub ! Le Beatles lounge, mais nous nous contenterons de passer devant) et je m’achète deux figurines tirées du film Yellow Submarine, renonçant finalement aux boules pour le sapin de Noël.
En route pour notre hôtel, nous nous arrêtons un moment dans un pub appartenant à un chanteur country qui s’est diversifié dans la restauration, le Toby Keith’s I Love This Bar & Grill, où joue un groupe de country rock. Ambiance musicale très 80’s, nostalgie forcément communicative et très bons musiciens.
Il est 1 h 37 du matin quand nous regagnons le Treasure Island.

Une photo par jour : 194 — Toby Keith’s I Love This Bar & Grill
Fragments d’un voyage : Las Vegas, octobre 2013

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Un désert climatisé

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Drôle de désert que ce désert des Mojaves : 40 000 km² de plaines arides et de massifs rocheux qui recouvrent la Californie et empiètent sur l’Utah, le Nevada et l’Arizona ; c’est le plus sec des déserts du continent, célèbre pour sa vallée de la mort, un yucca nommé Joshua tree, et une ville fondée par les mormons en 1855, avec une population aujourd’hui estimée à 1 777 539 personnes et la plus grande capacité hôtelière au monde : Las Vegas.
Peu après Barstow, on quitte la Californie pour le Nevada, et on roule encore 240 km sur l’interstate 15. On est en plein désert, mais c’est un désert traversé par une autoroute qui transporte jour et nuit des milliers de véhicules. Ici la highway patrol veille à faire respecter la loi, zero tolerance s’affiche sur certains panneaux et à intervalles réguliers on voit débouler des voitures, surgissants de nulle part, sirènes et gyrophares allumés, derrière ceux qui se risquent à rouler à plus de 70 miles à l’heure.
C’est un désert, oui, mais un désert climatisé, en quelque sorte.

Une photo par jour : 193 — Désert des Mojaves
Fragments d’un voyage : USA, octobre 2013

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