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  • Le café du dimanche matin – 31 août 2014

    Petite revue de presse du web du dimanche matin, un café chaud à portée de main.
    Tous les articles cités sont repris dans mon journal Flipboard.


    Peut-être avez-vous entendu parler de ce singe qui, profitant de l’inattention d’un photographe, s’est pris lui-même en photo avec son matériel. L’histoire eu un certain retentissement quand Wikipédia utilisa le selfie de l’animal, considérant qu’il était libre de droits, puisque pris par un singe. Le photographe fit procès, mais le juge donna raison à la fondation. « En rendant son verdict », nous dit Neil Jomunsi, « le gouvernement savait où il mettait les pieds. Car s’il avait donné au singe la pleine propriété — le copyright — de son selfie, alors l’engrenage (que personnellement j’ai osé à un moment espéré sans me faire d’illusion) se serait mis en marche, et une fois le doigt dedans, impossible de l’en retirer ». L’occasion pour l’auteur de nous livrer une jolie fable qui mérite vraiment qu’on si attarde.

    Jean-Noël Lafargue revient de son côté sur l’expérience menée par une chercheuse de l’université de Stavanger, en Norvège, « pour évaluer la manière dont un lecteur appréhende un texte lu sur support papier, comparativement à la manière dont est reçu le même texte lu sur liseuse Kindle ». Les journaux qui se sont fait l’écho de cette expérience ont surtout mis l’accent sur le fait qu’un lecteur mémorisait mieux une lecture papier qu’une lecture sur liseuse. En réalité, les résultats sont plus complexes : « si les études de ce type sont encore peu nombreuses, les résultats qui en émanent montrent une différence significative entre les différents types de lecture, et ces différences ne se bornent pas à opposer “papier” et “numérique”, on voit déjà que la tablette (rétroéclairée, réactive, avec une typographie bien “lissée” et dont on peut changer le corps à tout instant) et la liseuse (à encre électronique, dont l’interactivité est poussive) ne produisent pas la même lecture et, l’on peut extrapoler cette observation en supposant que chaque support numérique est distinct ».

    Il est certain, quoi qu’il en soit, que le numérique a d’ores et déjà radicalement modifié nos modes de vie et de consommation. « Si certains adolescents n’imaginent pas porter encore un jean acheté la saison dernière, un nombre grandissant d’entre eux considèrent qu’envoyer un texto à partir d’un smartphone ancienne génération est encore pire » écrivent Elisabeth Harris et Rachel Adams dans le New York Times. Ou comment les objets connectés sont devenus plus hypes que les fringues, et les problématiques que cela pose aux fripiers.

    Enfin, le virtuel peut-il sauver l’existence ? Interroge Jean-Paul Galibert. Oui, dit-il « car il est l’imaginaire réel (…) on peut créer sur internet. On peut y partager l’intime. On peut y avoir une présence éternelle. En un mot, on peut y exister ».


    • Neil Jomunsi (Page42.org) – Copyright singerie : comment le droit d’auteur libéra les animaux : http://goo.gl/OnzwxZ
    • Jean-noël Lafargue (Le dernier des blogs) – Des livres, des lecteurs, des lectures : http://goo.gl/NpnQLy
    • Elisabeth Harris et Rachel Adams (The New York Times) – Plugged-In Over Preppy: Teenagers Favor Tech Over Clothes : http://goo.gl/WFyDPR
    • Jean-Paul Galibert (Existence) – Le virtuel peut-il sauver l’existence ? : http://goo.gl/D0Sc0n

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  • Le café du dimanche matin – 24 août 2014

    Le dimanche matin, avec mon café, je lis sur tablette blogs et sites d’infos. Tous les jours, The Digital Reader propose une courte revue de presse intitulée The morning coffee. J’aime beaucoup l’idée, et si je ne me sens pas de faire une revue de presse quotidienne, je leur pique l’idée pour une déclinaison hebdomadaire !
    Tous les articles cités sont repris dans mon journal Flipboard.


    Contrairement à ce que laisse entendre un lieu commun, « Internet n’est pas un monde virtuel que nous devrions opposer au monde réel », écrit Isabelle Parente-Butterlin. « Internet est […] une région numérique de notre monde. […] Que le numérique ne soit pas concret ne signifie pas qu’il ne fait pas partie de notre monde.
    Plus loin, elle ajoute : “Pour ce qui est de l’abstraction au monde, et de la coupure avec le monde réel, j’en vois d’autres, dans notre monde, beaucoup plus manifestes qu’Internet et bien moins dénoncées : en quoi les programmes télévisés et les non-informations qu’on nous distille ne sont-elles pas des coupures avec le monde réel ? En quoi le divertissement dont nous avons parfois tous besoin mais qui nous est imposé à grande échelle, comme les événements sportifs auxquels, qu’on le veuille ou non, il est impossible d’échapper, n’est-il pas une coupure avec le monde réel et n’empêche-t-il pas de s’intéresser à ce qui devrait retenir notre attention ? Il y a des produits plus hypnotiques qu’Internet comme le sport, la télévision, et qui nous coupent davantage du monde”.

    Cette coupure du monde réel qu’engendrerait Internet, ce risque d’un digital burn-out — qui n’est que la fascination du vide —, Thierry Crouzet revient dessus dans une interview qu’il publie sur son blog. “Tout cela n’a aucun rapport avec le numérique, mais uniquement avec les autres”, explique-t-il. “Maintenant que nous vivons en permanence avec les autres, comme dans une vaste tribu, nous devons réinventer les rituels initiatiques propres aux tribus, mais en les adaptant à l’âge numérique”.

    Daniel Bourrion lui s’interroge sur la nécessité aujourd’hui de regrouper les différents fragments qui constituent un texte dans un support livre : “le texte me résiste et je ne parviens plus à le ‘fermer’, à le penser comme terminé”, écrit-il. “Je ne ressens plus intimement la nécessité de cette étape” (la publication, NDR).

    Un sentiment qui rejoint des idées déjà développées par François Bon, sur lesquelles il revient cette semaine : “oui, le web est notre médiation langage au monde, et la littérature, qui est la part réflexive de cette médiation, inclut le web dans son champ. Comme toutes les autres disciplines et le concept d’e-inclusion, il n’y a plus besoin d’un concept de littérature numérique. On exerce la littérature sans autre qualificatif, comme depuis son origine orale ou dans toutes les étapes de l’écrit, depuis cette médiation du mental au monde par le langage qui interroge cette relation, et se met au travail dans cette relation en même temps qu’il la renouvelle.”
    Un bel article, tout à la fois bilan et prospective, sur un sujet qui m’intéresse tout particulièrement.


    • Isabelle Parente-Butterlin (aux bords des mondes) – Disjonction : du numérique, du concret, et de l’hypnose : http://goo.gl/UCDtkG
    • Thierry Crouzet – Digital burn-out : le problème, c’est les autres : http://goo.gl/Or12rH
    • Daniel Bourrion (Face Écrans) – De la question de la publication : http://goo.gl/DbhGO6
    • François Bon (le tiers livre) – Du livre et du pantalon : http://goo.gl/rfBNO7

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  • Sortir de sa zone de confort

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    Faut-il innover plutôt qu’inventer ? C’était le thème de l’émission Du grain à moudre sur France Culture hier soir, et plus largement, la discussion a porté sur l’impact de la révolution numérique sur nos modes de travail.

    Tout cela m’intéresse beaucoup, d’abord parce que cela vient me bousculer dans ma vie professionnelle : on le sait, les librairies sont menacées à la fois par l’expansion d’Amazon et par l’arrivée du livre numérique. Pourtant, alors que certains de mes confrères s’inquiètent de leur avenir, je reste confiant et optimiste. Non pas du fait d’une fascination béate pour une technologie nouvelle, mais parce que nous sommes à la naissance d’un bouleversement, qui certes ne sera pas sans conséquence, mais qui implique aussi de tout réinventer. Et plutôt que de m’arcbouter sur des acquis et des méthodes devenus obsolètes, je préfère être dans l’innovation.

    Cela m’intéresse aussi parce que je sens profondément qu’il y a quelque chose à bâtir, qui mêle à la fois l’invention et la création : le contenant à besoin de contenus, mais je crois qu’il reste à imaginer une façon de créer ensemble. Je suis attentif à ces incubateurs de start-up que l’on voit fleurir aujourd’hui, qui permettent à de jeunes entrepreneurs de travailler côte à côte. Il me semble que ce modèle peut très bien intégrer la création artistique, et produire des projets inédits, capable de « réenchanter le monde », pour reprendre une expression entendue dans l’émission de France Culture.
    Dans les années 90, l’émergence des nouvelles technologies à conduit au développement de nouvelles formes managériales regroupées sous l’appellation Lean, d’abord appliquées dans le cadre de l’organisation de la production, puis, par contamination, à tous les services de l’entreprise. Développement de la valeur ajoutée, mise en commun des talents, remise en cause des vieux principes hiérarchiques, veille technologique : c’est ce qu’on appelle l’entreprise agile.
    Agiles, nous devons l’être aussi, sans arrêt sur la brèche, à l’écoute du monde, capable de nous regrouper ponctuellement pour développer un projet, tout en gardant notre autonomie, notre liberté d’action.
    Oui, le monde qui vient porte en lui de réelles menaces, et des entreprises tentaculaires tentent de prendre le pouvoir et se mènent une lutte sans merci dont nous sommes les victimes collatérales. À notre échelle pourtant, nous sommes libres, libres d’entreprendre et de créer, libres même de reprendre à notre compte les armes du système pour les retourner contre lui. Mais pour cela, il nous faut apprendre à nager entre les mailles du filet : voler comme le papillon et piquer comme l’abeille, disait Mohammed Ali.

    J’entends combien tout cela peut-être sources d’inquiétudes, et même proprement anxiogène. Mais c’est aussi riche de belles perspectives.
    Aujourd’hui, le crowdfounding a montré qu’il est possible de financer un projet en se passant des intermédiaires habituels. Les outils numériques nous ouvrent des possibilités de création et de diffusion inimaginables il y a encore quelques années.
    Il n’appartient qu’à nous d’en tirer enfin profit.

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    Photo : Gare de Barcelone-Sants, juin 2014

  • Derrière la porte, le ciel bleu

    Parfois, ce ciel bleu que je vois le matin par la fenêtre me semble inaccessible. Parfois, je crois avoir perdu la clé du cadenas qui ouvrirait en grand les portes de ma pensée, libérant les mots qui rempliraient la page.

    J’écris, pourtant. Chaque jour, j’écris. Deux heures, le matin, consacrées à l’écriture.
    Levé tôt, le café fort, noir, sans sucre. Concentration maximum, seul face à la page blanche. J’écris, j’efface, je réécris. Parfois, deux heures, c’est une phrase. Une seule phrase, chaque mot pesé dix fois. Les jours se suivent, le texte avance, le texte gonfle. Je me prends à rêver d’un flot continu, inépuisable. Je me prends à rêver au temps qui viendrait à ne plus manquer.

    No direction home, peut-être, mais un but vers lequel tendre : rien de plus cette semaine, mais, dans les jours qui vont suivre, un retour à Harlem, et une évocation de Gordon Parks.

    Et aussi, une participation à une expérience d’écriture partagée, proposée par François Bon à ses abonnés, autour de Kafka et Roland Barthes.

    Chaque jour, écrire.

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