Étiquette : François Bon

  • Portrait-robot

    Partir à l’aventure, carnet du jour
    Disparaître immobile
    Réchauffer un moment les frissons sur la peau

    Reste la route de nuit
    Le voyage qui avale l’obsession
    Photo classée, quelques notes et il faut partir
    Remplacer le marteau par un souffle

    Le matin compte encore
    Le temps finira par finir
    Le bleu, parfois le blues
    La musique déserte quelques souvenirs portables

    Besoin de vieux récits
    Quatre Stones et risque maximum
    Toujours quatre démons tranchants
    Ébauches d’épisodes avalés

    Je veux déjà noter les rêves
    Je veux juste une messe, un abri
    L’enfer est fait de ces textes qui viennent du cœur


    J’aime les jeux d’écriture (pas comptable, mais littéraire), les cut-ups, l’écriture automatique, les libres associations d’idées. Je pensais à cela en lisant hier soir la proposition d’écriture à partir d’un texte de Jacques Roubaud que donne François Bon sur son site (les ateliers d’écriture sont des expériences magiques, les propositions de François Bon sur tiers livre sont un trésor), et je me suis souvenu avoir noté l’autre jour des bouts de phrases qui me venaient en regardant le Wordle généré à partir de l’url de mon blog.
    Simplement mis en forme (arbitrairement en vers non rimés, mais il ne s’agit pas nécessairement d’un poème), et en supprimant quelques redondances, le texte, qui m’a paru s’écrire seul, brosse pourtant un portrait qui pourrait être le mien, comme un portrait-robot.

    Une photo par jour : 319 Robots – mars 2014 / Projet 52 épisode 18

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  • publie.net, version 2

    badge-02-noirPublie.net, c’est une maison d’édition — au départ 100 % numérique —, fondée en 2008 par François Bon, avec une exigence rare. Au fils des années, la maison a évolué, les collections se sont diversifiées, et les éditions papier sont venues compléter l’offre, sans jamais rien perdre de la qualité affichée dès le début.
    Il y a quelques mois, François Bon a souhaité passer la main, et la nouvelle version du site a été lancée aujourd’hui par l’équipe désormais aux commandes. Pas de révolution, mais une évolution bienvenue, et des projets alléchants.
    Il y a deux ans, après quelques valses-hésitations et l’achat de deux ou trois titres à l’unité, je me suis abonné à publie.net, ce qui me donne un accès intégral à l’ensemble des 800 titres du catalogue, en téléchargement et en lecture en ligne. C’est un choix que je ne regrette pas, tant l’offre est déjà riche et diversifiée, et je vous invite, à l’occasion de cette nouvelle étape pour publie.net, d’aller y jeter un œil et de vous offrir quelques titres… avant peut-être de souscrire vous aussi un abonnement annuel !

    J’ai écris pour mon blog quelques articles sur certains de ces livres, en voici les liens :
    – FABIEN CLOUETTE – UNE ÉPIDÉMIE
    – IT’S ONLY ROCK ‘N’ ROLL (BUT I LIKE IT) – À PROPOS DE QUELQUES TITRES DE LA COLLECTION PUBLIE.ROCK
    – J’AI ÉTÉ ROBERT SMITH – DANIEL BOURRION

  • Une photo qui n’existe pas ailleurs qu’en moi

    Ça commence comme ça, avec un texte de François Bon qu’on lit au petit matin, assis dans l’obscurité, le jour naissant, le café chaud et noir dans la tasse qui réchauffe les mains. Il fait froid dans la cuisine, le chauffage est cassé. Par la fenêtre sale, le jour se pointe, il a plu toute la nuit et il pleuvra encore tout le jour, mais à cet instant il ne pleut plus. À cet instant le temps est suspendu aux mots et au café, à la fatigue accumulée, et on hésite encore entre trouver la force de continuer ou aller se recoucher. On regarde l’arbre dehors où est le nid de frelons que les oiseaux découpent depuis des semaines, on l’observe se transformer en ruine, Babylone de rien des insectes prédateurs, on prend une photo, vite fait, une photo de rien, pareil, une photo qui ne veut rien dire en soi, une photo pour soi, une photo qu’on regarde plus tard, après la route, une photo du soir qui nous ramène loin en arrière, une photo qui vaut pour ce qu’elle porte d’une image cachée, la photo de l’hiver 67, une photo de Zimmerman à Woodstock pour un disque enregistré à Nashville le mois où l’on est né, la photo qui n’existe pas de l’hiver 85 à Topeka, on a tout juste 18 ans, assis sur le porche d’une maison en bois, jean et t-shirt et une cigarette contre le froid, une photo de l’hiver 1988 à lire Lennon au coin d’une cheminée, plongé dans une torpeur induite par la fumée, une photo, encore, qui n’existe pas ailleurs qu’en moi, qui n’existe pas ailleurs que là, sur la feuille blanche de l’écran noircie par l’encre électronique pulsée par mes doigts qui courent sur le clavier.

    Une photo par jour : 248 / Projet 52 : épisode 12 – janvier 2014

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  • Chicago skyline

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    Dimanche 27 octobre 8 h. Dernier jour à Chicago. Deux crises d’angoisse cette nuit. La première, qui m’a réveillé à 2 h du matin, je l’ai domptée sans trop de mal et j’ai réussi à me rendormir rapidement. La seconde, peu avant 4 h, est beaucoup plus violente. C’est quelque chose qui vient de loin, quelque chose de profond, comme une peur d’enfant, irrationnelle et terrifiante. Je pense me lever et sortir faire un tour, mais je sais qu’il fait sacrément froid dehors, et je ne veux pas laisser L., ni la réveiller. J’essaie de lire un peu, rien n’y fait. Mon cœur est lourd et mes mains tremblent. Je prend mon smartphone et j’essaie les infos, je lis mes mails, je consulte les réseaux sociaux. Finalement, je dois à François Bon d’avoir trouvé une sorte d’apaisement, grâce à un texte qu’il vient de publier sur Le tiers livre. Dans son récit, il imagine les corps des morts d’une grande mégapole semblable à Chicago non plus enterrés, mais simplement déposés sur les toits, confiés à la charge du vent et du soleil, fantômes veillant sur les vivants. C’est un très chouette conte de saison, une très belle idée, et j’imagine mentalement une suite, où chaque année, le 31 octobre, pour Halloween, les morts descendraient se mêler aux vivants pour s’assurer discrètement qu’ils vont bien. Et je pense à mon père, comme je pensais à lui hier soir en prenant les photos — les dernières — du skyline de Chicago, imaginant quel aurait été son émerveillement devant ces gratte-ciel majestueux.

    Le texte de François m’a ramené à lui, j’ai imaginé mon père quelque part là-haut, son corps redevenu poussière balayé par les vents, et au bout du compte c’est peut-être là que je le laisserai en partant, après l’avoir porté en moi tout du long de ce voyage.

    Une photo par jour : 216 — Downtown Chicago
    Fragments d’un voyage : Chicago, octobre 2013

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