Le salut pour muraille et rempart

 

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Paris, place de la Nation

Pour donner un sens à tout ça il faut affronter les ténèbres, se coltiner les marges et les limites, se jeter nu dans le chaudron brûlant, le brasier des origines, se mêler au désordre et revenir guéris. Il faut sans cesse rêver les ombres et creuser le chaos.
Comme tout doit finir, faisons tomber dès aujourd’hui les murs des châteaux de cartes qui nous retiennent prisonniers. Quand viendra le sacre du printemps, soyons à la fois l’archet et la corde tendue, l’arc bandé, la flèche, l’image volée, la note de musique.
Nous sommes des grains d’atome balayés par les vents sidéraux, corps célestes perdus dans l’infini de l’espace, poussières d’étoiles, enveloppes fragiles destinées à pourrir sous terre, sacs d’os rongés par les chiens, peut-être, mais sauvés par l’éclair vif, la fulgurance d’une idée fixe.
Des expériences ont lieu et nous n’en savons rien. L’esprit absolu nait du renversement des ciels de traîne dans le crime de la pensée magique : Dieu est cet autre mot pour dire Nous.


Photo : Paris – février 2016

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Au bord du Rio Grande

Rio Grande

Hier, dimanche, levé tôt et petit déjeuner américain en famille. Bacon de dinde, œufs, toasts, beagles, café et thé à volonté.
Nous sommes ensuite partis pour une longue promenade au bord du Rio Grande, à la recherche de pierres et de fragments de bijoux que les Indiens jettent parfois à la rivière, selon certains rituels.
À un moment, je me suis retrouvé seul avec Bob. Tout en marchant, nous avons parlé longuement de mes enfants et de mon père, disparu l’an dernier. Puis il m’a parlé de sa foi nouvelle en Dieu, qui a fait suite à son cancer, il y a sept ans. Il m’a parlé du voyage qu’il a fait peu après en Israël, et de son baptême dans les eaux du Jourdain. Il m’a demandé si j’avais la foi, mais il connaissait déjà la réponse. Il m’a parlé ensuite d’une école qu’il était parti construire au Mexique avec sa congrégation, et d’autres choses encore.
Nous étions seuls, au bord du Rio Grande, et nous n’étions pas seuls. La montagne devant nous se parait de reflets bleutés. Le fleuve à nos pieds charriait des récits de conquêtes et de territoires, des histoires de guerres, de cowboys et d’Indiens ; il charriait des morts et des drames, charriait des mythes et des rites ancestraux.
Nous n’étions pas seuls : avec nous, dans la lumière, marchaient des fantômes.

Une photo par jour : 200 — Au bord du Rio Grande.
Fragments d’un voyage : Le Nouveau Mexique, octobre 2013

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Une photo par jour : #53

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Barcelone, La Sagrada Familia : porte en bronze de la façade de la passion, réalisée par le sculpteur Subirachs (détails)

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Une photo par jour : #52

La Sagrada Familia

« Quand il crée, Dieu géométrise » Pythagore

Visiter la tour, d’en haut surplomber la ville, lutter contre le vertige et le chant des sirènes, le vide qui nous appelle, s’arrêter en bas sur un détail, lever les yeux, contempler l’escalier : si l’escargot, comme le dit Jung, est la représentation de soi dans les rêves, dans quels recoins intimes nous entraine la spirale infinie ?
Exposé à mille merveilles, ne voir le mystère révélé que dans le plus infime des signes. Et se dire que si le diable est dans les détails, il n’est pas seul.

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