Étiquette : couple

  • Chaque jour qui passe

    Chaque jour qui passe, vous regardez la personne avec qui vous vivez et vous remerciez le ciel de l’avoir mis sur votre route. Chaque jour, cette personne, vous la trouvez plus belle, chaque jour il vous semble l’aimer un peu plus.
    Les jours passent, les mois, les années, et c’est un miracle sans cesse renouvelé, et vous vous prenez parfois à vous dire que peut-être vous ne la méritez pas, cette personne ; qu’elle est trop parfaite et vous pas assez bien. Mais vous chassez aussitôt cette pensée qui vous brise le coeur, jusqu’au jour où c’est elle qui vous le dit, elle qui vous dit que c’est fini. Que c’est fini depuis longtemps même, qu’elle ne savait pas comment vous l’annoncer, qu’elle avait peur de vous faire trop de mal, mais là, aujourd’hui, elle n’en peut plus de faire semblant, elle en crève de ne pas vous désirer et oui, vraiment, maintenant, c’est terminé.
    Elle s’en va. Elle s’en va, et il vous semble que lorsque l’amour s’en va ainsi, il ne vous reste plus alors qu’à vous allonger sur le sol et mourir.

    (fragment d’un texte en cours d’écriture)

  • L’amour infini qui passe

    Depuis toujours, depuis la première fois où j’ai levé les yeux pour rencontrer ceux de ma mère, c’est toi que je cherchais, une envie d’amour fou, une passion qui emporterait tout, un volcan en éruption, une tempête qui nous aurait entrainés jusqu’au bout de la route, jusqu’à nous jeter à terre pour finir, vieux et usés, fatigués mais heureux, prêts pour le grand voyage, la mort enfin là devant nous, s’inclinant sur notre passage, l’amour infini qui passe et que rien ne peut atteindre.

    Souviens-toi de mon romantisme de pacotille, de mes poèmes maladroits, c’est pour toi que je les écrivais, pour dire le feu qui brûlait en moi, la passion gauche d’un amour couvant depuis l’enfance.

    As-tu jamais compris mon amour ? As-tu jamais vu qu’il était pur comme l’étincelle dans les yeux d’un gamin, un joyaux taillé pour toi dans la roche d’une vie et que tu as préféré jeter sans même te retourner ?

    (fragment d’un texte en cours d’écriture)

  • Danae

    S’il te semble que l’apre vérité du monde ne s’affiche pas au grand jour, mais se cache dans quelque recoin obscur, qu’elle s’enfante le plus souvent dans la souffrance et la mort, tu n’en ignores pas la lumineuse volupté.

    N’es-tu pas sensible au crissement du gravier sous tes pas, alors que tu pousses la grille qui conduit au parc ? Et tu prends plaisir à écouter peser, lourd, le ciel sur la ville. Tu souffres avec l’oiseau qui chante son amour éperdu pour la jeune femme et que la jeune femme n’entend pas, assise à quelques pas de là. Mais tu n’es pas l’oiseau, et à toi, elle sourit.

    La nuit a passé. Elle repose nue, encore endormie sur le lit défait. Les draps, agités après l’amour, ne forment plus que de rares vagues qui s’échouent, languissantes, sur la délicate soie de sa peau rose thé. Son corps est comme un rocher qui retient ses algues cheveux, et ses lèvres sont d’écorces de fruits amers.

    Le soleil qui jusqu’alors paressait au pied du lit, se levant enfin, baigne bientôt son visage, l’obligeant à ouvrir les yeux. Son regard, d’abord perdu dans la blancheur matinale (elle cligne rapidement plusieurs fois des paupières, lissant ses longs cils roux contre la lumière), quitte la lucarne pour se déplacer obliquement le long du mur blanc, s’attarde sur la chaise en bois clair à sa gauche — ses vêtements, dessus, jetés à la hâte (elle se souvient à cet instant qu’elle est nue, elle sent son corps gonflé, usé par le tien) —, et se tourne enfin pour se poser sur toi.

    Elle se redresse doucement et timidement te sourit. Puis elle se lève, s’enroule dans le drap et, nonchalante, vient se blottir dans tes bras.

    Et vous restez ainsi, longtemps, l’un contre l’autre.

    Le bonheur, ce sont ces instants d’éternité volés à la mort.

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    Gustave Klimt – Danae (1907)