La noche en Barcelona

Barcelona

Retour de Barcelone. Deux jours pour marcher dans la ville, chercher (en vain) à se perdre dans le Barri Gótic. Faire le vide. Déguster des tapas. Montrer Gaudi aux enfants. Faire des photos. Au détour d’une rue, la nuit, capturer l’instant furtif. Hasard objectif ?


photo : Barcelone, février 2015.


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La photo est un souvenir échoué

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La photo est un souvenir échoué, balayé par les vents contraires de ma mémoire subjective. Sept ans ont passé, je suis à Londres et je me souviens de Tokyo. Cette photo-là n’a rien à voir, et pourtant. Je ferme les yeux. Einstein on the Beach. La musique de Philip Glass, le rêve se poursuit. La nuit à Londres rappelle la nuit à Tokyo. À Tokyo je sors de l’hôtel, les taxis vert bouteille alignés ont leurs moteurs qui tournent, les chauffeurs aux gants blancs fument en attendant le client, imperturbables. À Londres les taxis sont noirs, ils passent en silence. À Tokyo je marche jusqu’à épuiser la nuit. Je traverse Roppongi, je cours dans la nuit pour rejoindre la tour de Tokyo. En chemin, les vieux qui vont se coucher dans les parcs, les buildings, les lumières, le bruit des pachinkos les néons des combinis la ville de métal et de verre : la nuit à Tokyo, ça n’existe pas, le noir complet n’existe pas, c’est un voile qui tombe sur la ville les vieux s’endorment le voile tombe quelque chose se lève qui occupe la ville, quelque chose autre qui vient occuper la nuit. Tout le voyage, mon appareil photo n’a pris que des photos floues, souvenirs imprécis d’un rêve incertain, photos presque effacées, ombres fondues, images vagues d’un songe vaporeux. Dans la nuit le monorail Yurikamome traverse la baie pour rejoindre l’île d’Odaiba. Je suis debout dans le wagon vide au-dessus du Rainbow bridge le visage collé à la vitre la pluie fine les gouttes glissent sur ma joue de l’autre côté. À Londres il pleut aussi, je marche d’un pas rapide, Londres ou Tokyo, c’est pareil, toujours la nuit je marche. Je cours encore, toujours je cours. Je cours pour me retrouver, mais c’est chaque fois trop tard.


Photo : Londres, octobre 2014
Texte extrait d’un projet en cours d’écriture, provisoirement intitulé L’appel de Londres.


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Waterloo Station (journal de bord)

Waterloo Station

Les Basement tapes de Dylan sont ressorties ces jours-ci en version intégrale, et les bandes tournent en boucle chez moi et dans ma voiture sur le trajet du travail et retour.
Fascination pour cette époque dans la vie de Dylan, période transitoire des années Woodstock (le lieu, pas le festival), de 66 à 69, grosso modo, et par lesquelles, peut-être, je reprendrais dans quelques semaines le No Direction Home, sous une forme déjà évoquée dans l’atelier de François Bon cet été.

Sortie également en France cette semaine des carnets de Ian Curtis, dont il est brièvement question dans L’appel de Londres. Trop d’idées toujours en suspens qui sont venues se greffer au projet pour terminer aujourd’hui le chantier, ça se poursuivra encore quelques jours. Après, un temps de pause pour laisser monter la pâte, et ce sera la relecture, avant l’étape suivante : pas de publication en ligne dans l’immédiat, mais l’envie d’essayer d’autres choses avant d’aller plus loin.

De passage à Paris en début de mois, j’ai encore toutes les photos prises au Père-Lachaise à trier. Manque de temps, et ça ne va pas s’arranger avec le mois de décembre dans le viseur : en librairie, Noël, ça laisse peu de répit pour autre chose.
Deux livres, tiens, en ce moment sur ma table de nuit, qu’on ferait bien de poser au pied du sapin cette année : Fragments du dedans, de François Bon, chez Grasset : son cosmos du dedans en 154 fragments, dit la quatrième de couverture. Un extrait, au hasard, à la lettre R, Rouler : « Ce qu’il y a de bien dans conduire une voiture, c’est que l’immédiat remplace la destination. Sinon on s’ennuierait. Ça vaut probablement pour bien d’autres pratiques, voire même la composition d’un livre. » Moi, ça me parle fort. L’autre livre, c’est La longue route de sable, de Pasolini, qui ressort, illustré des photographies de Philippe Séclier, aux éditions Xavier Barral. Superbe carnet de voyage à travers l’Italie des années 50.

Du temps, cela dit, j’en trouve, en n’allant peu ou pas sur les réseaux sociaux ces dernières semaines, fatigué de ce cirque un peu vain, et pourtant, seul lien possible avec des amis autrefois perdus de vue, et des rencontres précieuses qui n’ont pu se faire que là. D’avance, pardon à ceux-là, et tant pis pour les autres. Je ne dirais pas, pour reprendre le titre d’un livre du camarade Crouzet, que j’ai débranché, mais à tout le moins, j’ai décroché.

Photo : Londres, octobre 2014


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