Catégorie : voyages

  • Dans l’ascenseur du Metropol Parasol

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    Le Metropol Parasol, coût 100,6 millions d’euros, trois fois le budget annoncé par l’architecte Jürgen Mayer-Hermann. Commencée en juin 2005, la structure de bois — une surface de 11 000 m² reposant à 28 mètres au-dessus de la place de la Encarnación, à Séville — fut finalement inaugurée en mars 2011.
    En 2007, une équipe d’experts remet un rapport à la mairie : l’architecte a négligé dans son projet les tests de faisabilité et de sécurité, et il faudra deux ans et 60 millions d’euros supplémentaires pour trouver une solution pérenne. En pleine crise économique, le projet est fortement controversé, et c’est peu dire que les Sévillans ont aujourd’hui encore un sentiment mitigé vis-à-vis du monument. Pour l’architecte, le design des six parasols de bois est censé rappeler la cathédrale de Séville ; pour les habitants, ce sont six champignons disgracieux posés au cœur de leur ville.

    Samedi soir, nous allons dans le quartier Alfalfa dîner au comptoir de la Taberna Coloniales, une bodega relativement préservée des touristes. En sortant, nous marchons un peu, et nous retrouvons au pied du Metropol Parasol. 28 mètres de haut, ça n’est pas l’Empire State Building, mais ça surplombe quand même un peu la ville, et après une valse-hésitation, je me décide finalement à monter seul prendre quelques photos.
    Dans l’ascenseur, deux jeunes et un couple de vieux Québécois qui me demandent dans un espagnol aussi approximatif que le mien si nous nous dirigeons vers la terrasse. Si, claro, je réponds, assez fier d’aligner deux mots sans trop me tromper. Lorsque les portes s’ouvrent, les deux jeunes sévillans s’enquièrent de quelque chose auprès du portier, qui leur indique un escalier tout de suite à gauche en sortant. Les voilà partis, et je décide aussitôt de les suivre, m’élançant vaillamment à l’assaut de la volée de marches, les Québécois sur mes talons. Je les entends qui soufflent et déjà marquent une pause à mi-chemin. Moi, il me tarde maintenant de voir Sevilla desde el cielo, si tant est que ça se dit comme ça !
    Arrivé en haut de l’escalier en colimaçon, après un petit couloir étroit sans aucun charme, je me retrouve devant deux portes, l’une portant l’inscription caballeros, l’autre señoras : les deux garçons cherchaient les latrines.
    On est où, là ? Glisse la Québécoise à son mari au moment où je les croise à nouveau, essouflés, en haut des marches. Les toilettes ! je leur fais, tout sourire. La terrasse, c’est plus bas ! ce qui les plonge aussitôt dans une profonde perplexité.

    Pour finir, je fais le tour de la plateforme, profitant de Séville-vue-d’en-haut et by night, prenant quelques photos. Une petite demi-heure plus tard, nous sommes trois dans l’ascenseur qui descend. Le couple qui m’accompagne est improbable, une jeune femme souriante, américaine, accompagnée d’un vieux beau espagnol arrogant. Il n’en finit plus de la prendre en photo avec son portable, et lorsqu’enfin il tend son téléphone pour lui montrer les clichés, je les vise avec mon appareil et déclenche à mon tour.

    Je retrouve L. quelques minutes après et, profitant de la relative fraicheur de la nuit, nous partons pour une longue ballade dans la ville, marchant jusqu’au Paseo de Cristóbal Colón qui longe le Guadalquivir, puis, coupant à travers les petites rues, nous rejoignons finalement notre hôtel.

    Photo : Séville, Espagne — juin 2014
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  • Rêve d’Espagne

     

    Et toujours, toujours, l’envie de partir. Un sac au bras, de quoi écrire dans la poche, un billet de train ou d’avion à la main, s’en aller. Peu importe la distance, mais s’en aller vers l’inconnu.

    Et toujours, toujours, marcher dans la ville étrangère, arpenter sans fin ses ruelles, préférant les chemins de traverse aux larges avenues, marcher tout le jour et marcher aussi la nuit.
    Parfois, s’asseoir un moment sur un banc ou au comptoir d’un troquet. Ne rien faire qu’écouter. Ne faire que regarder. Le sac posé par terre, le billet froissé — aller sans retour oublié —, commander quelque chose à manger ou à boire, sortir un carnet, un stylo, et écrire. Se fondre dans la ville et écrire. S’installer dans la ville étrangère. Y créer de nouveaux rituels. Deviner les non-dits, tisser de nouveaux liens, apprendre à connaître les gens. S’installer là et y écrire un livre.

    Et toujours, toujours, le livre terminé, après une semaine, un mois, un an, le sac au bras, de quoi écrire dans la poche, un billet à la main, partir ailleurs, aller vers l’inconnu. Faire de cet ailleurs chez soi — une semaine, un mois, un an, et toujours repartir. Citoyen du monde explorant son pays.

    Ô le Pauvre amoureux des pays chimériques !
    Faut-il le mettre aux fers, le jeter à la mer,
    Ce matelot ivrogne, inventeur d’Amériques
    Dont le mirage rend le gouffre plus amer ?

    Charles Baudelaire — Le voyage.

    Licence Creative Commons

  • Courbes et déliés place Alfaro

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    Le matin tôt, à Séville, j’aimais sortir me promener dans le barrio de Santa Cruz encore désert. J’allais ainsi m’asseoir sur un banc place doña Elvira pour écrire. En chemin, je m’arrêtais saluer la statue de Don Juan place de los Refinadores, et place Alfaro je croisais plusieurs fois des chats qui semblaient vivre là.
    L’arrosage automatique avait inondé les allées, et l’un des matous avait trouvé abris dans une haie, quand l’autre, que j’avais déjà vu la veille, se tenait dans ce qui formait comme une belle cage en fer forgé, dont il s’échappa pour venir se faire caresser, sitôt qu’il me vit. Quelqu’un, tout près, avait déposé des morceaux de viande crue. Au même titre que les ruelles, les statues et les places, ces chats faisaient partie du quartier, et le quartier prenait soin d’eux.

    Séville, Espagne — juin 2014

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  • Un chien andalou (5/5)

    3 chiens et l'enfant

    Et voilà qui clôt cette série. Ici, il faut imaginer que j’étais moi-même à peu près dans la même position que l’enfant, devant le chien noir. J’avais croisé ce monsieur et ses chiens un peu plus tôt, et déjà pris quelques photos sous son œil bienveillant. Je le suivais de loin, lorsque je vis l’enfant arriver, qui lui n’avait pas encore vu les chiens. Je me suis précipité, me doutant qu’il y aurait là quelque chose d’intéressant à prendre. Dans mon empressement, je n’ai pas eu le temps de m’occuper vraiment des réglages ou du cadrage, mais le résultat me plaît assez.

    Séville, Espagne — juin 2014

    Licence Creative Commons