Catégorie : textes

  • Alors quoi, Sarah ?… Vous croyiez la connaître ?…

    Alors quoi, Sarah ?… Vous croyiez la connaître ?… C’est son maquillage, sa peau diaphane barbouillée de couleurs qui vous retournait le sang ?… Le rouge un peu trop rouge sur ses lèvres… le khôl sur ses yeux… Tout, trop appuyé… « Elle avait en elle une maladresse presque enfantine »… Vous êtes sérieux ?… Non, mais, écoutez-vous !… Vous dites : « pour elle, la vie était un jeu »… Ah ça, oui, d’accord, elle jouait : elle se jouait de vous, vraiment !… Elle était fragile, vous dites… Ah oui, fragile !… Regardez-vous, regardez bien : c’est vous qu’elle a brisé, non ?… Une enfant ? Elle était plus femme que bien des femmes, vous pouvez me croire… Et puis, elle avait mon âge, Sarah… Vous l’ignoriez ?… Si vous saviez comme elle se riait de vous… Comme on riait tous les deux… Elle me disait tout… Ah ! ça, vous pensiez lui en apprendre, hein ?… La musique savante, les arts… Des heures, vous lui parliez et vous étiez convaincu qu’elle buvait vos paroles… Enfin, étiez-vous aveugle à ce point ?… Et toutes ces choses vulgaires qu’elle aimait, vous en faisiez quoi ?… Elle était comme toutes ces jeunes filles qui jouent avec le sens des images, oies blanches plaintives à l’inspiration chétive… Quoi ?… Vous en voulez encore ?… Ça vous plaît, hein, qu’on remue comme ça la fange ?… Pardon ? Mais si elle était un ange, vous étiez quoi, vous ?… Elle n’était pas naïve, elle, ça non… Creusons… Creusons encore… Jusque sous les cicatrices… Jusqu’aux articulations… Creusons à l’os… Ce qu’il y a dessous n’est pas beau à voir… Ni vous d’ailleurs : vous n’êtes pas beau à voir, qui vous mourez de ce mal mystérieux qu’on appelle la culpabilité… Secouez-vous, bon sang !… C’est elle qui était corrompue !… Elle qui jouait l’équilibriste avec la mort… Elle était belle, dites-vous ? C’est que vous ne l’avez jamais vu grimacer… Parce que si vous l’aviez vue telle qu’elle était vraiment, vous en auriez eu la nausée… Vous ne pouvez pas savoir comme elle se moquait de vous… Vos mots coulaient sur elle et elle faisait mine de vous écouter, mais elle n’écoutait pas… Elle était toujours ailleurs… Elle avait toujours un temps d’avance… Manipulatrice… Cette fille n’était qu’illusions… Partout où elle allait, elle portait la destruction… Et vous, vous ressentiez quoi ? Un imperceptible trouble… Un fluide poétique, dites-vous ?… Votre esprit anémique est encore ébloui par les nuits passées avec elle… Décidément, vous faites peine à voir… Oh, mais rassurez-vous !… Demain, vous dormirez tranquille… Le tribunal prononcera sa sentence, je serais le coupable… Oui, allez si vous voulez, le coupable c’est moi… Mais la victime, c’est moi aussi… Et c’est vous, et tous ceux qui ont croisé sa route… Vous ignoriez qu’il y en avait eu d’autres ?… Vous voulez que j’arrête ?… Je vous torture ?… Pardon ? La décence ?… Quoi ?… La morale ?… Ah, elle a bon dos, la morale !… Mais allez, vous avez raison, ça suffit : il convient désormais de faire place au silence.


    Ce texte a été écrit dans le cadre de l’atelier d’écriture proposé par François Bon sur le tiers-livre.

    Licence Creative Commons

  • Une soirée entre amis : chronique des temps modernes

    Imaginez-vous la scène : un soir de la semaine, vous décidez de retrouver des amis dans un lieu familier. Rien n’est prévu, mais vous savez qu’en général ils trainent par là. Vous poussez la porte, il y a du monde, et vous apercevez tout de suite des visages connus. Vous voici bientôt attablé avec Pierre, qui vous parle de sa journée, et Christian, qui vous montre ses dernières photos de famille. Florence était en train de vous dire quelque chose, mais elle disparait soudain, et à sa place, un type, au demeurant sympathique, engage la conversation avec vous. Très vite, il vous précise qu’avant d’aller plus loin, il a besoin de vos coordonnées bancaires. Du côté de Pierre, qui est assis à votre droite, un brouhaha monte : un attroupement s’est formé sans que vous vous en rendiez compte, et chacun maintenant semble avoir son mot à dire sur votre discussion. Le ton est vif et les insultes fusent. Les plus virulents, étrangement, portent des masques et refusent de dire leurs noms. Pierre voudrait mettre fin à l’échange, mais rien n’y fait. Vous décidez de changer de table et alors que vous reprenez votre discussion là où vous l’aviez laissée, un type surgit qui vous insulte avant de disparaitre aussitôt. Sans plus de manière, une jeune femme s’assoit à votre gauche et vous demande si vous accepteriez de lui accorder 5 minutes pour évaluer votre expérience client concernant la boisson que vous aviez commandée en arrivant. Il suffit de répondre à quelques questions, et si elle note vos nom, prénom et adresse mail, elle vous assure que votre anonymat sera préservé.
    Vous vous tournez vers vos amis. « La prochaine fois, vous leur dites, choisissons un lieu moins fréquenté. » « Google+ ? » propose Pierre, sans conviction. « Twitter ? », tente Christian.
    « En tout cas, plus Facebook », dites-vous, et vous sortez sans prendre la peine de dire au revoir.


    Photo : à la santé du fantôme, Londres, un soir d’octobre 2014.

  • De l’autre côté du miroir


    Photo : Séville, juin 2014

  • (photo coming soon)

    Social network automatic poetry

    I’m Ready Now
    I saw it in the sky
    Yours are the brightest eyes
    I love all the details : it’s absolutely beautiful !
    (photo coming soon)

    Are you looking for a starter?
    it’s another beautiful weekend
    today is the day you will fall in love
    I hope to see you
    please stop by

    Are you looking for a smooth closing?
    Woke up at 5 AM this morning
    I drove through the neighborhood,
    and look what I found sitting on the front porch?
    Oh Lord, let me be the one who helps you


    poésie automatique à partir d’un réseau social

    Recette :
    1. balayer distraitement, sur le réseau social de votre choix, les pages de personnes inconnues
    2. prélever ça et là des mots ou des expressions toutes faites
    3. délayer grossièrement
    4. saupoudrer le tout sur une page vierge de votre traitement de texte
    5. c’est prêt !