Catégorie : textes

  • les jours de pluie

    – Ce n’est qu’après des jours de pluie
    Que doit surgir, en un tableau,
    Le printemps verdissant et rose,
    Comme une nymphe fraîche éclose
    Qui, souriante, sort de l’eau.


    Poème : Nerval (extrait de Avril)
    Photo : Paris, mars 2018

  • vers un écrire film, #04 | enquête avec Modiano

    On vit à côté de quelqu’un et on découvre trop tard qu’on ne savait rien de lui. Alors oui, il y a les histoires mille fois entendues, mais les a t-on jamais vraiment écoutées ? Enfant, on préfère la geste des années folles des frères aînés racontée par la mère, Teppaz, Beatles et Rolling Stones, aux souvenirs du père, une vie passée dans ce qui ressemble à un autre monde vu de là où on est : les années 30 en Égypte, Le Caire, Port-Saïd, le canal de Suez, l’insouciance et l’opulence d’une jeunesse dorée dans un monde d’avant le chaos et la guerre. Trop loin, trop abstrait ; trop tôt, peut-être, pour l’entendre. Et puis on a bientôt son propre chaos — la famille recomposée tout à coup décomposée, la confiance atomisée —, à hauteur d’enfant, un divorce c’est aussi le monde qui s’écroule.
    Après on n’y pense plus. On croit savoir, c’est comme une petite musique, ces souvenirs. Seulement on se souvient de l’air, mais on n’a jamais vraiment su ni les paroles, ni su lire la partition.
    Et voilà que c’est trop tard. Trop tard, vraiment ? Il y a les objets qu’on se partage après le décès, les livres, les vieilles photos, les papiers.

    Après le temps du deuil viennent les interrogations. On tire un fil et il y a tant et tant de choses qui ressortent, des portes s’ouvrent et toujours plus de questions en suspens. Les documents s’accumulent. Papiers militaires : livret individuel, ministère de la guerre, classe 1942, engagé volontaire le 9 juillet 42 dans les FFL… La guerre du désert, le Levant : le Levant… À la lecture de ce nom reviennent à ma mémoire les évocations de la Libye, de la Syrie, du Liban. Dans le livret, des dates, des ratures, une écriture souvent illisible…

    Campagnes : Égypte contre Allemagne du 9/7/42 au 29/10/43 ; Levant contre Allemagne du 30/10/43 au 30/06/45 ; Levant du 30/06/45 au 6/7/46 ; En mer du 7/6/46 au 18/7/46 ; France du 19/7/46 au 22/1/47 ; En mer du 22/1/47 au 28/1/47 ; Égypte (C.F.C.) du 29/1/47 au 4/6/47 ; France C.F.C. du 9/6/47 au 15.6.47…

    Plus loin : affecté à Carcassonne le 26/11/47, arrivée au centre d’instruction de Rivesaltes le 22.04.48, obtient une permission de 30 jours valable du 26.7.48 au 24 août 1948… Obtient un congé sans solde de 2 mois valable du 1er septembre au 30 octobre 1948 inclus… Libéré du service actif le 20.10.48. Déclare se retirer à Paris. 44 avenue des Gobelins. 13e. Promu au grade de S/Lieutenant par décret du 9/7/51 à compter du 1/10/50.

    Dans la marge, d’une écriture serrée : permis de conduire n° 2814 délivré le 28 août 1944 (V.L. Camions. Bren carrier).

    Puis le retour à la vie civile, le Paris des années 50. Deux plaques de cuivre servant à l’impression de cartes de visite : La première, Pierre C., conseil juridique, 10 rue Chauchat. Paris 9e. Sur l’autre, sous le nom, une profession (assureur conseil), une adresse au 59 rue de Rivoli (aujourd’hui un atelier d’artistes : mon frère Jean-Pierre, de 18 ans mon aîné, en allant le visiter a reconnu le bureau de papa où il allait le retrouver lorsqu’il était enfant), deux numéros : Gut. 37-61 — Cen. 11-41.

    Jean-Pierre a lui le souvenir de ces années-là. Nous convenons d’une date, une belle matinée de février, je mets en route le dictaphone :
    — On peut peut-être commencer par la généalogie, les parents et grands-parents de papa ?
    — D’accord… OK. Alors… donc… Ce que je te disais hier, papa, il est né en 1924. Le 2 mai 1924 à Nîmes…


    Ce texte a été écrit dans le cadre de l’atelier d’écriture proposé par François Bon sur le tiers-livre (et toujours les vidéos sur ses chaines youtube et Vimeo).

  • La rue comme terrain de jeu

    « La photographie de rue, c’est du jazz », la phrase est de Joel Meyerowitz, et elle dit tout ce qu’il faut savoir. Elle dit la spontanéité et l’exigence, le jeu, le swing, la liberté et la maîtrise. La photo de rue, c’est partir au hasard et improviser dans l’instant. La rue comme terrain de jeu, improviser, sans toutefois perdre de vue quelques règles élémentaires ; improviser tout en sachant utiliser ses connaissances techniques, sans en être prisonnier. Maîtriser les bases pour mieux s’en affranchir. Le photographe de rue se doit toujours d’avoir un temps d’avance, tout en se ménageant une place pour l’imprévu.

    Si vous êtes sur place ce samedi, à 15h, j’animerai un atelier autour de la photographie de rue à la Galerie Z’, 6 rue des soeurs noires, à Montpellier (inscription obligatoire).
    À partir d’aujourd’hui et jusqu’à dimanche 18 mars, la Galerie Z’ accueille en effet la revue La Piscine : une exposition de photos et de peintures, des ateliers d’écriture et artistiques, des rencontres avec les contributeurs et des lectures de textes parus dans la revue sont au programme.

    Toutes les informations sont à retrouver ici ou sur Facebook.

    La Galerie Z’ est un magnifique petit espace dédié à l’art contemporain, situé en plein coeur historique de Montpellier. Y sont exposés verre d’art, céramique, sculpture, peinture, bijoux de créateurs et parfois de la photo, choisis avec goût et éclectisme par Nathalie, la galeriste. N’hésitez pas à y faire une halte !
    (La galerie est ouverte du mercredi au samedi, de 10h30 à 12h30 et de 14h30 à 19h – plus d’info ici).


    Photo : Barcelone, 2015

  • trois figures


    Londres, Tate modern, janvier 2018