C’est seulement du rock’n’roll (mais j’aime ça) – #3

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Troisième épisode : Death by misadventure (à propos de la mort de Brian Jones, ou quand la rumeur fait la légende)

Partir d’une proposition d’écriture de François Bon, qui mêle Franz Kafka et Roland Barthes, pour s’interroger sur les conditions de la mort de Brian Jones, le 3 juillet 1969.

Brian Jones, de son vrai nom Lewis Brian Hopkins Jones, né le 28 février 1942 à Cheltenham, Gloucestershire, est mort noyé dans sa piscine en juillet 1969. Il avait 27 ans. Il était connu pour avoir créé les Rolling Stones. Mais il avait perdu son emprise sur le groupe au profit de Keith Richards et Mick Jagger, qui ont fini par l’exclure quelques semaines avant sa mort.

Brian Jones s’est vu signifier le 8 juin 1969 qu’il ne faisait plus partie des Rolling Stones. Dans la nuit du 2 au 3 juillet, peu après minuit, il est retrouvé inconscient dans sa piscine, à Cotchford Farm dans le Sussex. Étaient présents dans la résidence sa petite amie suédoise Anna Wohlin, son factotum, Frank Thorogood et la compagne de ce dernier, Janet Lawson. L’enquête conclura à une mort par accident.

Brian Jones avait un différend avec son factotum, qui portait sur une malversation financière. Les deux hommes avaient bu, et puis se sont baignés dans la piscine. Une rumeur courut un temps : Frank Thorogood aurait cherché à humilier Brian Jones en lui maintenant à plusieurs reprises la tête sous l’eau. Bien des années plus tard, sur son lit de mort, Thorogood aurait confié : c’est moi qui l’ai fait.

En 2008, Scott Jones, journaliste d’investigation pour le Mail on Sunday, prétendit avoir retrouvé la trace de personnes présentes chez Brian Jones le soir de sa mort, et découvert dans les archives de la police des éléments nouveaux. L’enquête fut à nouveau examinée en août 2009, mais les experts estimèrent que ces éléments ne contredisaient pas la thèse d’une mort par accident. Restait l’inexplicable : musicien hors pair, Brian Jones était aussi un nageur émérite.


Partir d’une chanson, d’un évènement, d’une photo ou d’un objet et raconter ses impressions : C’est seulement du rock’n’roll (mais j’aime ça) est une promenade aléatoire et subjective dans mes souvenirs musicaux. Pas de contrainte de publication, ça vient comme ça peut, mais ces textes courts, publiés en ligne, sont néanmoins appelés à former un ensemble cohérent.

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C’EST SEULEMENT DU ROCK’N’ROLL (MAIS J’AIME ÇA) – #2

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DEUXIÈME ÉPISODE : LE JOUR OÙ J’AI CROISÉ PAUL MCCARTNEY

Il s’agit, à partir d’un évènement somme toute anodin — la venue de McCartney à Montpellier pour l’inauguration d’une exposition —, de dire ce que ça remue en soi de croiser la route d’un type dont la musique vous accompagne au plus près, depuis l’adolescence. Aussi, j’avais le souvenir du livre de François Pachet, Comment je n’ai pas rencontré Paul McCartney, dont on trouvera ici des échos.

Du 21 février au 4 mai 2014 se tient à Montpellier une rétrospective Linda McCartney. Au fil des mois, des entrefilets dans la presse locale se sont régulièrement fait l’écho de l’implication de son mari et de ses enfants dans la mise en œuvre de cette exposition, mais le 15 février, c’est une brève du Midi Libre qui lance véritablement la rumeur. On pouvait lire ceci : Paul McCartney, l’ex-Beatles, pourrait être présent jeudi pour le vernissage d’une exposition de photos de son ex-épouse Linda. Aucune confirmation officielle pour l’instant.

C’est à lire sur nerval.fr

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Partir d’une chanson, d’un évènement, d’une photo ou d’un objet et raconter ses impressions : C’est seulement du rock’n’roll (mais j’aime ça) est une promenade aléatoire et subjective dans mes souvenirs musicaux. Pas de contrainte de publication, ça vient comme ça peut, mais ces textes courts, publiés en ligne, sont néanmoins appelés à former un ensemble cohérent.

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C’est seulement du rock’n’roll (mais j’aime ça) – #1

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Premier épisode : I get around – The Beach Boys

Où il est question de Stevenson et de traumatismes de l’enfance, et comment Gérard Palaprat, contre toute attente, peut conduire à la découverte de la perfection pop.

Enfant, j’avais un tourne-disque sur lequel j’écoutais des histoires lues enregistrées sur des 33T aux belles pochettes illustrées. Ma favorite était une adaptation édulcorée de l’île au trésor de Stevenson que je me repassais en boucle, et comme j’aimais alors les bruits de la mer, les chaînes et les grincements du bateau qui accompagnaient le récit !

Mon frère, de dix ans mon aîné, avait quant à lui depuis longtemps passé l’âge des rêves de folles épopées maritimes. Sa chambre jouxtait la mienne, et certainement fatigué d’entendre inlassablement les mêmes récits surjoués, il fit un jour irruption dans ce qui était devenu ma cambuse : non sans un certain sens de la dramaturgie, d’un geste brusque et catégorique, balayant du revers de la main le bras de l’électrophone posé sur le sillon, il mit fin (pour un temps au moins), aux aventures que je partageais avec Long John Silver et ses acolytes.
Cherchait-il à me signifier, d’une manière brutale et quelque peu vaine, que l’heure était venue de quitter l’ile mystérieuse de l’enfance pour aborder aux rivages escarpés de l’adolescence ? En tout cas, il décréta qu’il était temps pour moi de commencer à écouter de la «vraie» musique. Disant cela, il m’offrit un 45t de Gérard Palaprat, Pour la fin du monde, que je me mis religieusement à écouter en boucle (j’étais comme on le voit un garçon plutôt obéissant).

C’était une autre époque et si le nom de ce chanteur ou le titre de ce morceau ne vous évoque rien, alors je ne saurais trop vous conseiller d’en rester là. Il suffit d’imaginer des coeurs très « pop française » sur une orchestration minimale, pour ne pas dire simpliste, chantants des paroles mièvres bien dans l’esprit de ces années-là (le disque a été enregistré en 1971). Quant à la pochette, elle vaut son pesant d’or : imprimée en bichromie noir & blanc et bleu fadasse, elle présente notre chanteur en pantalon noir pattes d’eph à rayures, cheveux longs, barbe épaisse et veste blanche col pelle à tarte du plus bel effet, incrusté sur un décors simulant l’espace, ses pieds reposant sur la terre, avec au dessus de lui une autre image qui voit sa tête surgir de ce qui doit être la lune.
Chacun mesurera la perversion de mon ainé qui, ayant lui-même acheté ce disque quelques mois plus tôt, en avait très vite mesuré la vacuité, et m’en imposait à présent l’écoute. Mais peut-être était-ce en définitive une sorte d’épreuve initiatique, destinée à me conduire, après de longs et tortueux détours, sur le chemin du rock, à la découverte de mon saint Graal.

Si je me lassais assez vite du rêve hippie de Palaprat, il m’ouvrit pourtant de nouveaux horizons, et je cherchais bientôt par moi-même de nouvelles chansons à écouter, commençant ainsi une chasse à de nouveaux trésors. C’est à ce moment je crois que je pris conscience que mon tourne disque, un tout-en-un, proposait également un tuner me permettant de me balader sur les grandes ondes (la Fm ne viendrait pas avant plusieurs années) ainsi qu’un magnétophone pour enregistrer mes morceaux préférés.
Je dérobais à ma mère quelques cassettes sur lesquelles des années plus tôt elle nous avait enregistré, ma soeur et moi, récitant les fables de La Fontaine, et je possédais bientôt en propre plusieurs heures de musique où le début des chansons était systématiquement tronqué et précédé d’un clac sonore correspondant à la pression de mes doigts sur les touches Play et Record, enfoncées simultanément, et où les morceaux s’enchaînaient de manière abrupte, laissant parfois encore entendre pour quelques millième de seconde les voix appliquées d’enfants de trois et cinq ans.

J’avais neuf ans, et c’est à ce moment que j’ai pour la première fois consciemment croisé la route de Brian Wilson. Il y avait ce morceau déjà entendu dont le refrain m’obsédait, et je n’en connaissais ni le titre, ni le nom des interprètes, mais voilà : un jeune chanteur français venait d’en reprendre un très court extrait dans un tube qui viendrait bientôt envahir les ondes française. C’est grâce à Laurent Voulzy que j’appris que la chanson s’appelait I get around et le groupe qui la chantait, les Beach Boys. Je guettais alors des heures entières le moment où passerait Rockcollection à la radio pour n’enregistrer que ce passage-là, me constituant ainsi plusieurs minutes enchainées du célèbre refrain, certes pas l’original, ni même le morceau que je préfère, loin de là, des californiens, mais un élément fondateur ancré au plus profond de l’enfance, le début d’une mythologie en propre, qui me conduira trente-quatre ans plus tard à ne pouvoir contenir mon émotion lorsque je verrais Brian Wilson le reprendre sur la scène du Casino de Paris, alors même que j’avais su rester digne quand il avait quelques minutes plus tôt chanté God only knows et Surf’s Up.

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Partir d’une chanson, d’un évènement, d’une photo ou d’un objet et raconter ses impressions : C’est seulement du rock’n’roll (mais j’aime ça) est une promenade aléatoire et subjective dans mes souvenirs musicaux. Pas de contrainte de publication, ça vient comme ça peut, mais ces textes courts, publiés en ligne, sont néanmoins appelés à former un ensemble cohérent.

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