Catégorie : souffle

  • L’amour est mort

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    Il y avait fort longtemps que je désirais vous écrire, comme on croit pouvoir rattraper les années : mon âme voulait une dernière fois se tenir entre vos bras nus. Mon corps protestait ; mes genoux fatigués peinaient à me porter plus loin ; mes yeux d’avenirs mangés par les bourrèlements ne voyaient plus dans le vent que la pluie faisant rouiller les rêves ; ces rêves, où vous occupiez jadis une place à part.
    À l’aube, un téléphone sonna dans le vide sans réussir à couvrir le silence des pages blanches du livre qui n’avait pas voulu venir.
    Je m’affaissai peu à peu, m’abandonnant aux ombres. Le sommeil n’arriva jamais, mais le froid, oui, qui m’enveloppa tout à fait. Pour ne pas me perdre, j’avais jeté en chemin des pierres vives, comme autant de cailloux, et je ne pouvais même plus me tourner. Qu’importe : derrière soi, on ne laisse jamais que du vide. Tout disparait sous la neige quand arrive l’hiver.


    Photo : Paris – août 2016.

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  • L’invisible trésor

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    Le récit de nos maigres exploits, les genoux griffés de l’enfance, les visages croisés, les sourires effacés, les photos jaunies, les joies et les peines qui s’ajoutent et se soustraient sans but à mesure que s’égrènent les années, la poussière soulevée par nos pas hésitants, le presque rien de nos jours qui confère la force et l’envie d’avancer jusqu’au bout du temps donné, tout ça, c’est l’intime que l’on garde pour soi qui disparaitra avec nous, l’inestimable et invisible trésor dont on est seul à avoir la clé, le livre que personne n’écrira ; la légende de nos vies fragiles.


    Photo : Villeneuvette, avril 2016.

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  • La nuit en trompe-l’œil

    Montpellier

    La nuit est un rêve
    Le songe d’une autre vie
    Qui n’existe pas


    Photo : Reflets en trompe-l’œil, Les Halles Castellane, Montpellier, une nuit de février 2016

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  • La naissance d’une étoile

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    Ce sont les étoiles, les étoiles tout là-haut qui gouvernent notre existence.— William Shakespeare (Le roi Lear)

    Je regarde la ville endormie tandis que ton corps gazeux animal fait danser les planètes autour de mon cœur d’étoile. La lune balayée par les vents est un astre noir. La nuit disparait en lambeaux arrachés à d’autres latitudes.
    Laisse-moi te raconter l’histoire de la centaine d’astronomes grecs qui s’étaient rassemblés au chevet de la naine blanche amoureuse d’un nageur mort. Ses lèvres apposées sur son enveloppe elliptique formaient des vœux célestes à la périphérie de l’hiver.
    Ton exil se fragmente en rayons d’or. Je suis un automne égaré au milieu des nuages qui tracent dans ton ciel d’été. Je me console de mon émoi dans l’accrétion des poussières en masse rose au seuil de ta constellation. Je possède ma propre lumière, et la fusion solaire contracte mon point gravitationnel afin que tu m’aimes encore.


    Photo : Menton, le cimetière marin, juillet 2015
    Une étoile : Aquila RA 20h22m30s D 02°22’42″

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