Lendemains de fête (publie.net)

lendemains-03« Photographier en riant », c’est ainsi que Bernard Plossu défini sa pratique de la photographie avec des appareils-jouets, Agfamatic et autres Instamatic. Je ne sais pas si un iPhone peut être considéré comme un jouet — en tant qu’appareil photo, il a quelque chose du polaroid, et on parle maintenant de phonéographie pour en désigner la pratique —, c’est en tout cas un outil ludique, toujours disponible au fond de ma poche.

Partant de la nouvelle de Richard Brautigan « Qu’est-ce que tu vas faire de 390 photos d’arbres de Noël ? », Gaétane Laurent-Darbon et Pierre Ménard, via publie.net, ont lancé un appel à photographier des sapins de Noël abandonnés dans la rue au lendemain des fêtes de fin d’année. C’est un soir, en janvier dernier, que j’ai pris la photo de « mon » sapin, et je n’avais pour le faire que mon téléphone portable sous la main. C’est une photo de rien, la photographie d’un instant « non décisif », pour citer encore Plossu, et je trouve amusant que cette photo soit ma première photo publiée.
Il y a quelques jours est sorti Lendemains de fête, un ouvrage collectif reprenant un certain nombre de ces photos (dont la mienne), en regard de contributions de plusieurs auteurs (François Bon, Mathieu Brosseau, Mitch Cullin, Jean-Marc Flahaut, Arnaud Maïsetti, Pierre Ménard, Eric Pessan, Thomas B. Reverdy, Joachim Séné, Pascal Simon, Lucien Suel, et Thomas Vinau).

Un tumblr reprenant toutes les photographies est accessible ici, le livre, disponible au format numérique, est téléchargeable et ne coûte que 3,99€.

Une nuit à l’opéra

night at the opera


photo : Opéra de Montpellier, février 2015.


Licence Creative Commons
Flattr this

Baby, you can drive my car !

15968285190_fe5ff38970_o.jpg

15969520949_e3595be514_o.jpg

16129793796_f66a0ab149_o.jpg

Moi, le froid, l’hiver, j’aime ça. Ma voiture un peu moins, elle s’enrhume, tousse, rien n’y fait, et voilà, hier matin, elle ne démarre plus. Un coup de pinces, et c’est assez pour relancer la machine et rouler jusqu’au garage, mais guère plus loin. Le 31 décembre, le garagiste, lui, ne chôme pas. Il me dit de l’attendre, il revient, une autre intervention, je reste dans le garage, je tourne et prends quelques photos. Le chien me connaît, depuis le temps. Il se frotte avant de s’éloigner doucement. Le vieux B. est là aussi, il me dit qu’il préfère laisser faire son fils, ma voiture il faut régler l’ordinateur, je ne sais pas si c’est un ordinateur, mais pour lui c’est pareil, c’est de l’électronique pareil, et c’est la bonne vieille mécanique qu’il aime. Un autre de son âge s’amène, un vieux paysan d’origine marocaine et ces deux-là se connaissent bien, bientôt ils sont tous les deux jusqu’au cou dans un moteur, pour le plaisir. Ils parlent, tantôt ils rient, tantôt ils sont graves. Le vieux Gérard est mort hier soir, ils disent. Il laisse deux tracteurs. C’est triste, deux bonnes machines et personne pour les reprendre.
Le fils revient, s’affaire sur ma voiture. Le diagnostic est sans appel. Rapport de test, batterie HS. Le dernier jour de l’année, la batterie est à plat. Je le sentais ces derniers jours, j’avais du mal à l’allumage. Mais moi, les pièces peuvent être hors d’usage, on ne les trouve plus. La voiture, on déleste le compte en banque et ça repart. S’alléger pour mieux repartir, mû par une énergie nouvelle : finir l’année avec une fable moraliste.

Le vieux marocain nous salue et s’éloigne. Ma voiture roule, je repars à regret. Je n’y connais rien en mécanique, rien de rien, vraiment, mais j’aime l’ambiance des vieux garages, les bidons d’huile, les carcasses ouvertes des vieilles bagnoles, l’odeur d’essence et les mains plongées dans le cambouis. J’aurais pu être écrivain mécano comme on est prêtre ouvrier, ou bien agriculteur, dès l’aube dans le champ à remuer la terre, vivre ma foi de l’écriture à l’épreuve du feu, être au plus près des hommes. J’ai choisi autre chose, plus dans mes cordes, croyais-je. Mais quand je partirais, je laisserais quoi ? Peut-être pas même l’équivalent de deux tracteurs.


photo : Sauteyrargues, décembre 2014.


Licence Creative Commons
Flattr this